Partager l'article ! Dixon – Live at Robert Johnson Vol.8: Sortie : septembre 2011 Label : Live at Robert Johnson Genre : Deep house N ...
Sortie : septembre 2011
Label : Live at Robert Johnson
Genre : Deep house
Note : 8,5/10
Huitième et dernier volume annoncé de la série mixée des Live at Robert Johnson, dernier mix également de Dixon qui, si l’on en croit ses dires, ne veut plus se consacrer à ce genre d’exercice. Il flotte un parfum de fin du monde sur ce mix, ainsi qu’une
odeur de sainteté. On connait Dixon, favori du label Innervisions, pour son Grandfather Paradox avec Âme et Henrik Schwarz (chroniqué
ici), ou pour son Temporary Secretary (ici) en solo, c’est-à-dire pour le génie de sa deep-house moderne, classieuse, mélancolique,
affranchie de la prostitution sonore de Chicago et dédaigneuse des mondanités arty new-yorkaises. Que nous réserve notre berlinois dans cette conjoncture ?
Joyau de quatorze facettes pour autant de morceaux sur la tracklist, ce mix présente une sélection racée, alternant morceaux pointus, remixes et edits, avec des références plus attendues dans ce
style (Agoria, Mark E, Roman Flugel, Osunlade). Le voyage est pensé comme une mise en orbite progressive, et pour une fois
prédomine le sentiment que ce mix n’est pas qu’un set live grossièrement raccourci au format LP : il se suffit parfaitement à lui-même, ne manquant de rien ni ne souffrant d’aucun excès.
Seul fil conducteur, cette deep-house lumineuse, légère et chatoyante, estampillée Innervisions, teintée d’une nostalgie mélancolique et sereine comme un regard tourné vers l’horizon d’où l’on
vient, et où l’on ne se rendra plus qu’au moyen des brumes de ses souvenirs.
Tout commence sur un edit de Dixon de P. Eladan, pour une intro tout en nappes planantes de synthés, qui rappellent le blues électronique délicat de Vangelis sur
la BO de Blade Runner. La transition avec le 2 Ton d’Ursula Bogner témoigne déjà d’une subtilité dans les transitions entre tracks qui ne se démentira pas une
fois le long du mix. Mais c’est avec le He said de Dominique, coup de génie en forme de balade housy désabusée, que Dixon émerveille une première fois grâce à ce track
pulsé par quelques notes de guitare, suspendu à un spoken word grave et désespéré sur fond de violoncelle. Les morceaux d’Hauschka et de Barnt enchaînent
harmonieusement avec une electro-pop entêtante aux accents warpiens de Boards of Canada.
Il faut donc attendre le sixième track, le For one hour d’Agoria, pour voir apparaître les premières lignes de basse groovy ainsi que le premier kick du mix, moelleux et lascif, appuyant
un violon déchirant, le tout s’alliant pour la première grosse mise à feu dancefloor du mix. Les morceaux de Hatikvah et Kenton Slash Demon installent une
deep-house classique et classieuse, toujours emprunte de cette tristesse nostalgique qui jalonne tout le voyage. Le ton se durcit un peu avec Cologne Tape qui, prenant un départ
quasi shoegaze, finit par clouer l’auditeur avec une magnifique envolée de basses, pour déboucher sur le bel edit du Call me de Mark E par Dixon, et son piano vaporeux qui rappelle avec
bonheur celui de Badalamenti sur la BO de Twin Peaks. Roman Flugel prend la suite avec une tech-house aux contours trance qui assure la transition tout en faisant
chauffer un peu plus le dancefloor, mouvement prolongé par Bruno Gauthier, dont la tech-house sombre s’emmitoufle dans des boucles de synthés aux accents kraftwerkiens mornes et
aériens. Dernier gros moment du mix, l’Envision d’Osunlade remixé par Âme et édité par Dixon, bombe deep-house dont la vulgarité légère est contrebalancée par sa capacité à retourner
n’importe quel dancefloor en quelques notes. Le voyage s’achève avec Todd Terje, sur un morceau à la rythmique fiévreuse et à la ligne de basse rappelant celle du Behind the
Wheel de Depeche Mode, prolongé jusqu’à l’extinction du kick et du mix avec lui.
La série de mixes Live at Robert Johnson a souvent frappé juste (Chloé, Prins Thomas, Arto Mwambe), parfois avec un peu de maladresse
(Ivan Smagghe, Roman Flugel, Ata) ; mais ce dernier volume la couronne comme l’une des plus importantes des années 2000. Le travail d’orfèvre de Dixon est
exempt de tout reproche, tant sa deep-house est à la fois sensible, mélancolique, classieuse, tout simplement un cran au-dessus de ses contemporains. Interdiction de passer à côté !
par Pingouin Anonyme