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  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...

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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 11:17

Sortie : 4 Juin 2012

Label : Traum Schallplatten

Genre : Deep-techno trancey

Note : 6/10

 

On pensait la techno trancey morte et enterrée depuis 2 ans et la mise en sommeil artistique de Border Community, qui n’a rien sorti de vraiment concluant depuis Holkham Drones de Luke Abbott. On a eu tort. Depuis l’an dernier, Traum Schallplatten a pris sérieusement la relève. Dominik Eulberg nous a grandement convaincu avec son luxuriant Diorama (chronique ici) et, plus récemment, Max Cooper est venu nous cueillir à froid avec son Egomodal orageux (chronique ici). C’est au tour de Ryan Davis de venir titiller notre enveloppe corporelle via un Particles of Bliss inégal mais possédant son lot d’explosions de dopamine.

 

Particles of Bliss est un album entièrement voué à la cause d’une techno trancey prompt à vous faire lever les bras au ciel, tel un hippie qui s’ignore. L’album doit énormément, si ce n’est tout, à son triptyque initial. The Enchanted Garden pose avec douceur l’ambiance sous la forme d’une légère comptine au piano. C’est inoffensif au possible afin de vous placer dans un état de réceptivité maximale. Surgit alors ce singulier moment d’apesanteur estival sur Where The Right Things Are. Une mélancolie progressive s’empare du dancefloor et vous vous prenez à rêver d’entendre ce morceau un dimanche matin, les pieds dans le sable, le soleil de face. Beluga vient enfin souffler le chaud et le froid. La docilité des nappes inaugurales laisse place, au détour d’un vulgaire kick, à une bête indomptable. Malgré l’apparente facilité de ces titres et le pouvoir d’attraction immédiat, cela reste imparable d’efficacité.

Mais la suite n’arrivera jamais à tenir la cadence. La faute à trop de garde-fous. En effet, Sebastian Waack, de son vrai nom, ne lâche jamais suffisamment ses morceaux. Alors qu’on espère atteindre le nirvana via des montées et des explosions redoutables, on doit se contenter d’un enchaînement de tracks certes loin d’être désagréables mais un peu trop prévisibles. Mais ce qui dérange le plus, c’est cette compression sonore nuisant à l’impact (au hasard : Eyes Wide Open). En effet, l’enrobage épais entourant la basse se trouve annihilé par une volonté de tout aplatir. La conséquence est sans appel puisque l’identité sonore qui émane de l’album perd vite de son potentiel d’attraction tant les morceaux ont tendance à se répéter. La lassitude finit par pointer le bout de son nez et il est désormais trop tard pour tout rattraper.

 

Particles of Bliss est un album de deep-techno trancey loin d’être indigent mais qui risque malheureusement d’être rapidement oublié. C’est regrettable tant on attendait plus de la part de Ryan Davis.

 

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par B2B

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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 01:16

Sortie : avril 2012

Label : PRSPCT RVLT

Genre : Breakcore, Drum'n bass, Hip-Hop

Note : 7/10

 

Bong-Ra, projet le plus populaire et le plus immédiat d'un homme qu'on ne présente plus à ceux qui suivent de près l'actualité des musiques électroniques viriles. Jason Köhnen, tel est son nom. Certains mélomanes avisés lui préfèrent ses interventions (pour ne pas dire son rôle de chef d'orchestre) au sein du Kilimanjaro Darkjazz Ensemble ou du Mount Fuji Doomjazz Corporation. Ses goûts vont du metal sauvage au dubstep corsé, en passant par la musique improvisée. Il n'en est pas moins une des personnalités les plus charismatiques et atypiques de la scène breakcore et drum'n bass. Monolith sort sur l'obscur label néerlandais PRSPCT RVLT, petit frère du plus assis et plus D&B label PRSPCT (tout court). Le trailer évoquait la participation moins surprenante qu'il n'y paraît du rappeur prodige d'Anticon : Sole. Plongeons dans ce qui sera à court sûr, un recueil qui sent bon la violence et la collision.

 

L'album est d'ailleurs complètement scindé dans ses moitiés. Si la version vinyle soulignera forcément plus distinctement la ligne de démarcation, le contenu est lui aussi sans la moindre équivoque.

Parler de simple participation vis à vis de la présence de Sole est particulièrement inadéquat, puisque le dur à cuire de Portland intervient sur plus de la moitié des titres. On savait depuis bien longtemps qu'aucune prod ne pouvait lui faire peur, mais sa verve hachée, associée à sa technique unique et à son art du placement, trouvent dans les fractures du breakcore de Bong-Ra une nouveau terreau aussi fertile que apocalyptique. C'est sur les titres Monolith et Pandora's Box que la macabre alchimie se fera la plus prégnante. Avant tout parce que Bong-Ra ne s'est pas contenté d'effectuer des instrus pour laisser la place à son complice du jour, mais parce qu'il y a vraiment (même si c'est super bateau dit comme ça) sur ces titres là des parallèles dans leurs univers respectifs et donc à fortiori, une vraie complémentarité. C'est un peu moins vrai sur les deux autres tracks, où chacun peine un peu à se débrider et à trouver sa place pour ne pas piétiner le taf de l'autre. Dommage. Il y avait là des odeurs d'enfants bouillis offerts en sacrifice à un Antéchrist qui fait jaillir des boules de feu de son cul. Joli programme pourtant pas brouillon pour deux ronds, mais qui aurait mérité d'être un poil (long et charnu) plus abouti.

La deuxième moitié de l'album fait la part belle au goût prononcé du Jason pour le metal qui utilise la double pédale et des riffs de guerriers défoncés à la bière discount. Autant dire qu'on lorgne plus du côté de Motorhead que de Neurosis. Qui a dit dommage ? C'est extrêmement grossier et gratuit mais c'est tellement bien fait, surtout sur l'épileptique Dawn Of the Megalomaniacs (avec Dean Rodell) et Artificial Flesh et ses solos de guitar heroes chevelus et boudinés. C'est cette fois-ci le cuir, le Jagermeister et l'huile de vidange qui prennent l'ascendant dans les odeurs. Les loops et les snares illustrent bien les cris épidermiques du supplicier quand on lui malaxe les couilles avec un tisonnier. C'est par contre plus que "too much" (pour mes fragiles esgourdes) sur les deux derniers titres (Fallen Sons et Crawlers) même si c'est probablement voulu. Bong-Ra a toujours bien aimé déranger. L'impression qu'il s'éclate complètement efface aisément ses quelque fautes de goût. Lui qui manie si bien le grand écart entre underground et sous-culture. Voici qui en fera hurler certains mais franchement, le breakcore si c'est pas ludique et dégueu, ça a définitivement pas cette saveur huileuse et âpre qu'on aime adorer ou détester. Les esthètes sont rares dans ces contrées, fort heureusement.

 

Même si certains titres sont tout à fait jubilatoires, l'album est malgré tout réservé à ceux qui aiment le breakcore qui lorgne du côté du heavy et de ses semi-clichés (du genre Full Metal Racket), et aux éternels fans inconditionnels de Bong-Ra. Et ils sont nombreux. Je retourne me branler dans mon caca devant un poster de Venetian Snares, salut.

 

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par Ed Loxapac

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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 16:24

Sortie : avril 2012

Label : Kvitnu

Genre : IDM, Indus, Noise

Note : 8,5/10

 

Il y a à boire et à manger sur le netlabel Section 27. Parmi les éternels disciples de Autechre, un tri est toujours nécessaire. Même si je suis un très grand fan de Altered:Carbon (beaucoup moins de Mitoma), j'ai toujours eu beaucoup de mal à me satisfaire de cette offre certes gratuite, mais finalement trop pléthorique pour suivre attentivement et rester captivé par toutes les sorties proposées. L'ukrainien Alexander Gladun, ou Dunaewsky69, multi-instrumentiste et presque déjà vétéran d'une confidentielle scène grindcore, fait partie de ceux qu'il ne faut absolument pas rater. Véritable bourreau de travail, il voue une passion sans bornes au jazz et à la noise music dans son ensemble. On ne compte plus ses contributions obscures et ses tracks balancées un peu partout. Alors pourquoi en parler seulement maintenant ? Parce que son dernier EP en date, Termination Voice, est présenté par Kvitnu, jeune et sérieux label qui prend une ampleur depuis deux ans qui ne semble connaître aucune limite. Leur mélange d'IDM, de noise et de techno claustrophobique commence à récolter un grand nombre de succès. Avec le duo Plaster (nan mais Platforms quoi...), dont tout le monde parle depuis un an, mais surtout depuis que les portugais de Sturqen ont reçu le Qwartz Electronic Music Award à Paris l'année dernière. C'est donc la première, et sûrement pas la dernière fois qu'on vous parle de Dunaewsky69 et du label Kvitnu. 

 

Trois titres. Pas plus. Pour se situer déjà bien au delà des promesses et du simple potentiel.

L'ukrainien emprunte des trajectoires et des schémas improbables, bien loin de ses premières sources d'influence, ne donnant à ses superpositions rythmiques et à son approche claustro de la mélodie aucune véritable logique, si ce n'est la sienne. Même si le travail autour de la rythmique (plus particulièrement ses convulsions) est ce qui heurte et impressionne en premier, la toile de fond, est aussi vertigineuse qu'elle est insondable.

L'ukrainien pourrait nous dire qu'il a enfermé le beat pendant des années dans une boite noire qu'on voudrait bien le croire, tant les réactions de ce dernier semblent sauvages et imprévisibles. Comme sur l'ouverture Termination Voice, où au milieu des boucles de batteries naturelles et de l'amoncellement des textures industrielles surgit une infime masse, habitée par la colère de l'émancipation et par l'infection caractérisée, prête à tout parasiter pour annuler la notion de code et de réaction en chaîne. Comme quand à 7'30, un probable steel drum (ou un xylo chelou) vient poindre le nez pour se foutre de nos gueules armé d'un sourire sournois, face à nous qui ne sommes obsédés que par l'évolution vers la chute logique de ce morceau apocalyptique.

L'aspect massif et le sentiment de progression infectieuse sur Catapult résonnerait presque comme convenue et anecdotique après un tel choc. Ce n'est que bien plus tard, après un nombre important d'écoutes, qu'on comprendra réellement (ou pas d'ailleurs) que les violents blasts et les effusions synthétiques préparaient la véritable fuite de plutonium.

C'est probablement sur Spatium que ce fameux beat se montrera le plus véloce, grouillant et le plus varié dans sa texture. Un peu comme un virus carnassier prêt à fondre sur tout ce qui ose vivre dans un laboratoire souterrain. La bestiole est difficile à rassasier si on en croit les couinements et les cris "harsh" des résidus organiques. Y a des moments comme ça où les lasers sont quand même bienvenus pour déchirer la nuit de cristal. On n'entame pas de révolution à l'arme blanche. C'est définitivement sur ce titre que la maîtrise de l'humain derrière les synthés et les bécanes sera la plus impressionnante. Trois titres comme ça c'est presque frustrant il faut bien l'avouer. Mais voilà qui aura le don de susciter impatience et excitation face à l'envie d'en bouffer plus.

 

Avec ce format court, Dunaewsky69 et le label Kvitnu nous rappelle que leurs sons font partie des trucs à découvrir absolument quand on s'intéresse ne serait-ce qu'un petit peu à l'IDM en 2012. Ils rappellent aussi aux néophytes en la matière (et dans toutes les autres d'ailleurs) que si la musique ne doit définitivement pas être intellectualisée, elle est à prendre au sérieux. Car ceux qui veulent apprivoiser la jungle ne voient que trop peu souvent venir les coups des grands fauves.

 

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par Ed Loxapac

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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 17:37

Sortie : Mars 2012

Label : Silent Season

Genre : Techno, ambient, field-recording

Note : 8/10

 

Il n’était presque pas utile pour Djorvin Clain de s’expliquer, sur son site, concernant Pattern Of Thought et la philosophie naturaliste qui en découle, tant on comprend, à l’écoute de son album, l’impact de la nature sur ces créations. La clé d’une telle œuvre se situe dans l’observation attentive d’un environnement vierge. Il faut se laisser pénétrer par son milieu, accepter la défaite pour enfin voir.

Djorvin Clain est belge et est issu du sérail techno. Pattern of Thought est son premier album sortant directement sous son nom puisque le mec est aussi derrière le projet drone-ambient Drone Orchestra. Djorvin Clain a enregistré son album en puisant uniquement dans la nature belge. A cette bonne grosse dose de field-recording, il y a ajouté l’enrobage électronique nécessaire pour transformer ces parenthèses botaniques en monstres technos et déambulations ambients.

Le fait de sortir cet album sur Silent Season n’est pas anodin puisque le label canadien est passé spécialiste dans le domaine des sons dits « naturels ». Il faut dire que quand on est basé du côté de la Colombie Britannique (Canada), on ne que rester humble face à une nature omnipotente. Fidèle à son habitude, le label ne sort Pattern of Thought qu’à 300 exemplaires, tout en maintenant un parti-pris écologique dans l’élaboration de l’objet physique.

Pattern of Thought ne se dévoile pas facilement. Un tel album demande une attention totale pour pouvoir être dûment apprécié. Djorvin Clain est un orfèvre, travaillant méticuleusement le moindre son, le moindre craquement, le moindre beat. Cataloguer uniquement son LP du côté de la techno serait injuste puisqu’en effet, les morceaux comprenant un beat répétitif ne sont pas majoritaires. Non, Pattern of Thought doit impérativement s’appréhender dans sa globalité. Les mélodies s’effacent pour mieux laisser parler la nature. Ainsi, l’atmosphérique Enigma doit davantage à son utilisation du field-recording (bourrasque de vent, crépitement d’un feu,…) qu’à son piano lointain. On pense alors à The Caretaker dans la façon de traiter le son pour un rendu fantomatique, laissant ainsi la musique vous filer entre les doigts. La démarche de Djorvin Clain s’avère même jusqu’au-boutiste sur un Deep Storm laissant la musique disparaitre pour faire place à 7 minutes d’orage, sans aucun artifice. Et Djorvin Clain de démontrer par l’exemple que la musique n’est pas qu’une question de notes.

D’ailleurs, aucune mélodie ne viendra vous surprendre ici. Il est plutôt question de ressenti, de tentative de vivre avec la nature. On pense alors au pionnier Alexander Von Humboldt, ce naturaliste-géographe qui voua sa vie aux explorations scientifiques. Bien qu’entièrement enregistré en Belgique, on ne peut s’empêcher de s’imaginer dans une jungle amazonienne infranchissable à l’écoute de la techno dubbée et suffocante The Untitled One ou bien du rampant et spongieux Somewhere.

Avec Pattern of Thought, Djorvin Clain signe un fascinant manuel d’exploration naturaliste. Bien qu’hermétique au premier abord, cet album se révèle être un puissant poison, sorte de curare musicale qui ne peut qu’aboutir à votre asphyxie.

 

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par B2B

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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 23:51

Sortie : Mai 2012

Label : Self Release

Genre : IDM, Glitch, Post-Rock, Ambient

Note : 7/10

 

Vous souvenez vous de Candle Nine ? Celui qui fut l'une des plus belles promesses du label Tympanik avec son premier et excellent album The Muse In The Machine (ici). Le résident de Chicago Steven Stefaniak a depuis partagé la scène avec des gens comme Millipede et certains autres artistes de la scène post-industrielle. Fan de la première heure des travaux de Gridlock ou Haujobb, il lorgne aussi du côté de la douceur et du post-rock d'un autre label américain : n5md. On l'a également aperçu sur bon nombre de compilations, accompagnés par d'autres fers de lance de cette fameuse scène, comme sur When Light's Drillin The Haze, compilée par nos soins et toujours disponible ici. De son propre aveu, le EP Both Shadow and Substance est une compilation de demos et de titres non retenus pour l'album à venir. Une indication de ne pas s'attendre à quelque chose d'extraordinaire ? Jugeons plutôt sur pièces.

 

Candle Nine a changé. Même si en lui réside encore probablement plus que des vestiges de celui qui aimait singé le dubstep dans ce qu'il a de plus avilissant et postait ensuite sur youtube la video de ses exploits wobblisés. Exit aussi le breakcore gentiment violent et gratuit de Penumbra, l'IDM hachée, véloce et poétique de Raison d'Etre et Wintermute. L'humble utilisation du piano, parfois simpliste mais définitivement entêtante qu'on avait trouvé sur Sketched On Canvas est par contre encore bien présente. Mais elle prend ici une toute autre dimension. Car si Both Shadow & Substance donne les réponses à nos questions sur ce qu'on peut attendre de son prochain album (c'est son principal intérêt, entendons nous bien), la genèse de son nouveau style se trouve dans le titre fswl, utilisé pour l'excellente compilation Nothing Left For Us du netlabel Abstrakt Reflections.

Dans les envolées de ses nappes stellaires, dans sa profondeur ambient et spatiale, mais aussi dans quelque chose de bien plus électrique. Car Steven est également un féru de guitares, dans ce qu'elles ont de plus beau dans leur tension, et parfois même de plus bruitiste. Si The Four Of Us Are Dying sera le splendide témoin de l'influence non négligeable des premières heures révélées du shoegaze (My Bloody Valentine en tête), c'est surtout à mon humble avis du côté de Lights Out Asia que l'ensemble du format court puise sa principale influence. Le trio réduit en duo depuis cette année est le véritable porte étendard de n5md, son post-rock très ambient et spatial a su s'émanciper des sensations parfois trop émotionnelles chères au label. C'est probablement sur I Am The Night - Color Me Black (et de ce fameux piano cité plus haut) que l'influence probable est la plus palpable.

Ne vous y trompez pas, Candle Nine a comme tout un chacun son lot d'influences, mais ne sombre jamais dans le copycat. Le beat et le glitch sont toujours là, dans ce qu'il ont de plus tassé et imprévisible. Tant et tellement que certains glissements rythmiques relèvent parfois du dérapage pas toujours très propre (surtout sur Number 12 Looks Just Like You). On regrettera peut-être également la trop grande simplicité (linéarité ?) rythmique d'un pourtant pas désagréable I Sing The Body Electric.

 

Mais comme dit plus haut, la principale ambition de ce EP est surtout de tracer le sentier futur. Même si effectivement, certains titres ne sont peut-être pas assez aboutis pour transcender un album, ils sont emplis de splendides promesses. Même si il est encore un peu tôt pour clamer que l'humble et atypique Candle Nine a brillamment transformé l'essai de sa mutation, on attend aujourd'hui avec la plus grande impatience la sortie de son nouvel album chez Tympanik. Pour ceux qui voudraient se faire leur propre idée, les quatre titres sont écoutables (et en vente) ici.

 

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par Ed Loxapac

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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 22:57

Sortie : avril 2012

Label : Hibernate

Genre : Drone, Ambient, Field Recordings

Note : 8/10

 

On n'en finit plus de parler de la mise en sommeil du label Boltfish de Wil Bolton, où il officie en tant que Cheju. Même si certaines releases étaient plus qu'appréciables, on ne va pas se plaindre de cette diversification, tant la musique du Sieur Bolton a pris une nouvelle ampleur depuis qu'il s'est mis au drone. Remarqué par des maisons sérieuses comme Hibernate, Time Released Sound et bientôt Home Normal, Wil ne s'est jamais montré aussi prolifique. Même si certains critiqueront le fait qu'il sort peut-être trop d'albums en si peu de temps, nous n'allons pas gâcher notre plaisir de le retrouver encore.

 

J'avais déjà été impressionné sur Quarry Blank (ici) et Time Lapse (ici), par la faculté troublante que possède le britannique pour capturer des instants beaux et statiques, et pour re-donner vie en musique à des moments qu'il a vécu ou à des paysages qu'il a contemplé. Under A Name That Hides Her, titre d'album puisé dans L'espace Littéraire de Maurice Blanchot, ne déroge pas à ce glorieux schéma qui a fait ses preuves, avec peut-être un aspect encore plus fragmenté, nostalgique et romantique que par le passé. Wil Bolton nous offre donc ici, une ballade qui trouve son chemin hors des sentiers de l'amnésie.

Sa guitare n'a probablement jamais été autant et si bien utilisée, noyée dans des field recordings de toute beauté. La saisissante impression que ses pérégrinations musicales furent suivis par les oiseaux amplifie cette dimension si contemplative et féerique. L'infusion, d'ondes et de textures en clair obscur, se diffuse dans les canaux auditifs comme un collyre réparateur.

Si ses voyages sont multiples dans leurs destinations, c'est définitivement lorsque il évoque la notion de déclin de lieux jadis splendides qui ont aujourd'hui céder au désert et à la désolation qu'il se montre le plus sensible et pertinent. Voilà pourquoi Dissolve et Passing, les deux derniers titres de l'oeuvre, revêtent des habits si particuliers et si saisissants. L'impression d'errer dans les High Lands d'Ecosse ou au milieu des ruines d'une forteresse galloise. Mais même quand il trace une tonalité peut-être moins occidentale (dans la texture du moins) sur Clearing, des lignes croisées sur le céleste et atmosphérique Skyview ou des tranchées plus contrastées et un poil plus sombres sur Blackpoint (et sa mystérieuse source éternelle), il parvient à transmettre autant de visions et de reliefs musicaux. 

Il y a dans l'approche de la musique de Wil quelque chose de divinement affectueux. Comme lorsque on constate l'humilité essentielle d'un réalisateur filmant ses acteurs dans leurs moments les plus humains, Wil évoque des sites et des lieux pour effectuer un hommage, comme un devoir de mémoire. Souvenons nous de son précédent Quarry Bank, et du regard aimant et nostalgique qu'il portait sur ce que fut l'industrie textile des West Midlands. Cette tendresse et cette nostalgie sont encore là, même si la teneur est peut-être encore plus personelle et un peu plus abstraite.

 

Avec Under A Name That Hides Her, Wil Bolton nous rappelle qu'il fut également un enfant de Liverpool dans les années 80 et pendant l'épopée des groupes à guitares. Le définitif caractère humain et charnel qu'il transmet à son drone fait de sa musique un bienfait, pour l'âme et le corps. Mais parce qu'il est pressé à 200 exemplaires par Hibernate, tout le monde ne pourra en profiter. La patience n'est donc pas toujours une vertu.

 

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par Ed Loxapac

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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 19:17

Sortie : Avril 2012

Label : Pingipung

Genre : downtempo, electronica, percussions, minimal

Note : 7,5/10

 

Orienté principalement vers l'accompagnement d'un visuel, du spectacle vivant au cinéma, l'allemand Sven Kacirek sort néanmoins son troisième album sur le label de Hamburg Pingipung. Sven travaille avec beaucoup d'instruments à percussions qu'il couple avec des sons électroniques minimalistes. Certains lecteurs avaient peut-être déjà fait un tour du côté de son modeste album Kenya Session, chroniqué ici.

 

L'album commence pourtant avec un morceau dont l'intitulé intrigue, This album is not. Et le champ lexical du mystère plane réellement tout le long de l'album, avec comme ressenti principal un thème gravitant autour de la décadence de l'enfance. Les outils musicaux sont restreints. Piano, xylophone, et percussions orientales se répondent tour à tour. L'artiste compose sa faune et sa flore, nous laissant baigné dans cette ambiance forestière où le pivert hyperactif répond à la chouette somnolente. La tension mélancolique de la musique est infuse et constante. On ressent un amour torturé, et pourtant les titres continuent à déconstruire l’œuvre, « It is not about love » se nomme le troisième morceau. Le chef d’œuvre similaire de Dictaphone est malheureusement déjà passé par là, et je pense que la comparaison à vraiment lieu d'être, bien que Sven Kacirek à l'air de composer une œuvre globale depuis son premier album, lui qui cherche toujours à repousser un peu plus loin ses compositions centrées véritablement sur les percussions. Le voyage s'arrête à un moment où à un autre, le tout se révèle simplement mignon, en manque de punch, bien que l'artiste doit revendiqué cette redondance. La véritable force du musicien réside dans ses fourmillements de sons minimalistes qui s'entrecroisent pour former un tout mélodique. Je reste sur ma fin, j'ai l'impression que l'album à encore tout à m'apporter. Pourtant cet album est assez facile d'accès, trivial mais avec une douleur de vivre. C'est peut-être un album éphémère qui est impossible à justifié, plus abstrait qu'il ne se dévoile. Attendez-vous à ne pas voir le temps passer. Ce Scarlet Pitch Dreams est un peu comme le gentil copain dont on a pitié, ceui dont l'humour ironique et léger est un bouclier qui sert à cacher son mal de vivre. Et finalement après avoir écrit cette chronique, je me rends compte que la faute est personnelle. Si tous ces mots se révélaient simplement inutiles ? Es-ce qu'il me faut écouter cet album malade en boucle pour que celui-ci me contamine ?

 

Parfois fade, parfois exceptionnelle, l'appréciation du dernier Sven Kacirek peut changer radicalement d'une écoute à une autre. On peut cependant noter la singularité des compositions et il sera toujours intéressant de revenir à la modestie de l'artiste de temps à autre. C'est tout à fait le genre d'album qui est aimé par les adorateurs de Philipp Glass, et que l'on peut commenter aisément sans prétention par cette phrase fastidieuse : « Ça c'est de la musique ». C'est bientôt l'été mais remettez vos cols roulés, l'hibernation n'est pas finie, cet album vous occupera chez vous les journées de lassitude.

 

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par Pneu

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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 13:35

Sortie : Avril 2012

Label : Mute

Genre : Transe industrielle

Note : 7,5/10

 

Plus qu’un album expérimental, Transverse est une expérience. Le corps malmené doit trouver sa voix pour espérer tenir sur la longueur. Car on n’appréhende pas un disque de Carter Tutti Void à jeun. Ce serait tout simplement une hérésie. En effet, la triplette n’est pas une simple référence dans la musique indus, c’est tout simplement LA référence, du moins pour les deux premiers.

Chris Carter et Cosey Fanni Tutti sont des monstres sacrés de la musique bruitiste, eux qui sont à l’origine de Throbbing Gristle, en compagnie du plus grand cinglé et génie vivant encore sur terre, Genesis P-Orridge. Je vais éviter de tomber dans la biographie sélective puisqu’il est impossible d’en établir une quelconque cohérence. Disons seulement que depuis 30 ans, du duo Chris and Cosey, en passant par la refondation en Carter Tutti, nos deux anglais ont sorti un nombre astronomique d’albums tout en maintenant en parallèle une multitude de projets personnels. Ces deux-là sont des sommités de la culture underground, si ce n’est de l’art en général. Et Void ? C’est la voix de Factory Floor, groupe post-industriel actuel pas déméritant.

 

Le début des travaux, entamé par V1, est un conditionnement nécessaire. Cette mise en place répond à une organisation anarchique. Ca perce, ça découpe, ça scie. Pour le moment, le beat est lointain, la pulsation cardiaque fréquentable. Cette structure aléatoire répondant à un principe de destruction/construction n’est là que pour ouvrir lentement votre cerveau aux errances noises et déflagrations industrielles à venir.

Dès V2, la machine est lancée, le beat se fait plus lourd. La transe peut alors débuter, pour ne s’achever qu’à la fin de l’album. Ce vortex vous cisaille l’esprit par la force d’onomatopées spectrales de Void, renforçant la sensation de malaise. Carter et Tutti malaxent tout ce qui peut bien tomber entre leurs mains. V3 et V4 deviennent alors de fascinantes expériences hypnotiques. Le beat se mue en un didgeridoo hostile pour une ambiance de plus en plus nocive.

Le fait d’avoir enregistré live ces 4 premiers morceaux rend l’expérience encore plus immersive. Et même si les deux derniers titres sont un poil moins attirant, ils n’en demeurent pas moins réussis. Malgré l’aspect résolument industriel de Transverse, on ne sent jamais agressé. On se contente plutôt de subir ces tâtonnements bien plus contrôlés qu’ils n’y paraissent. La seule contrainte que semble s’être imposée Carter Tutti Void est celle du temps puisque chaque morceau dure 10 minutes. Le résultat est à la hauteur du mythe tant Transverse n’en finit plus de fasciner.

 

Carter Tutti Void signe un album de transe industrielle magnétique et à danser au cœur d’un immeuble à l’abandon, le soleil venant se jouer des ouvertures, façonnant des ombres hostiles.  L’expérience totale se révèle autant transgressive que déridante.

 

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par B2B

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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 00:51

Sortie : avril 2012

Label : Hymen

Genre : Indus, Dubstep, D&B, Breakbeat

Note : 7,5/10

 

Avant d'être pendant presque dix ans une des égéries du label Ad Noiseam, Cdatakill, ou Zak Roberts, fut un activiste reconnu de la scène hardcore. C'est sans doute là qu'il a appris à pulvériser ainsi le beat, à concocter ses mixtures harsh indus bien senties. Presque dix ans après son double Paradise, il rejoint la maison Hymen, crémerie qui accueille déjà régulièrement Ginormous, Nebulo, Hecq, Lusine et Architect, et à qui ont doit déjà cette année l'excellent Pressentism de Frank Riggio (ici). L'artwork est comme souvent signé de la main de Salt. Cet ange exterminateur apparent ne semble pas habité par de bonnes intentions. Boucherie, or not ?

 

A la fin de la première écoute, on regrettera peut-être (encore) que nul ne résiste aux enrobages dubstep pour déployer vélocité, puissance et efficacité. Jonathan Davis (le chanteur abusé de Korn) avait prévenu un certain auditoire, que lui et son pote Skrillex (oui oui, que du beau linge) avaient incarné le dubstep bien avant qu'il ne soit reconnu. Si le père Davis n'en est pas à son premier excès mégalo et infondé, la précédente tirade vaut beaucoup plus cher quand on pense au cas de Cdatakill. Car on retrouvait déjà certains de ces ornements sur ses premiers albums. Voilà pourquoi les fervents donneurs d'étiquettes devraient se réjouir en qualifiant cet album de doomstep.

Je ne ferais pas grande révélation en rappelant que je conchie le dubstep presque autant que le neo metal. Pourtant, quand certains mecs avec un background musical plus large et plus sérieux s'y essaient, ça peut quand même avoir une sacrée gueule (comme Hecq avec son Avenger (ici), déjà sorti chez Hymen l'an dernier). Dans le cas précis, on peut même dire que ça surbute des ombrelles, car enfermer Cdatakill dans cette vilaine case est plus que réducteur. Ses principales forces sur Battleworn ? Faire cohabiter des sphères et des genres dont l'union évoque l'improbable.

Comme sur l'annihilateur et diablement efficace Dirty Up Your Mind, dont la drum'n bass semble avoir appris autant de la double pédale du metal que des sentiers club. Ce sera encore plus audible sur le non moins puissant The World Is Coming To Another End en fin d'album, agrémenté de riffs gras et huileux comme la moustache d'un mécanicien alsacien.

Si il abuse aussi de l'excellence pour ce qui est du mix et de la production, il n'est pas manchot dans sa manière d'intégrer les samples. Commençons tout d'abord par saluer l'apport de la régulière et spectrale apparition de cette voix féminine chaude et voilée, sur Angel Carcass, Battleworn, Scarless et I Swear. Impossible de faire l'impasse sur l'hommage, et re-lecture encore plus menaçante du God Will Cut You Down de Johnny Cash, pièce maîtresse de l'opus avec Dirty Up Your Mind.

Il y a par contre certains moments où on retrouve tous les poncifs exécrables du genre, qui raviront les fans du "plus c'est gros, plus ça passe". Dans certains enchevêtrements rythmiques, et surtout dans l'intérêt plus que discutable des remixes ajoutés. Je ne mentionnerais même pas l'intégration du skank reggae lyophilisé, les accents vaguement dub qui pullulent sur le pourtant très bon I Swear, annonciateur d'un futur massacre en cathédrale luthérienne.

 

Mais malgré les légères remontrances qui jaillissent de ma carcasse d'aigri (hater, et fier avec ça), Battleworn est un album tout à fait réussi, qui ravira les fans de la première heure de Cdatakill et ceux qui aiment qu'on vérole la bass music d'une certaine virilité. Voilà qui devrait quand même réunir un bon paquet de gens.

 

http://www.adnoiseam.net/store/images/cdatakill-battleworn.jpg

par Ed Loxapac

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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 09:33

Sortie : Mars 2012

Label : Dynamophone

Genre : Ambient, IDM, field-recording

Note : 8/10

 

Au Japon, les mégalopoles ne sont jamais loin d’une nature omnisciente. Cette dualité confronte les extrêmes, insufflant à l’homme la dose de respect nécessaire. On ne transige pas avec la nature, on apprend à vivre avec, à ne pas empiéter de manière ostensible sur son territoire. Ce profond respect de la terre est la composante essentielle de la culture nipponne.

Il existe une esthétique « nature » dans le domaine musical. Difficile à définir verbalement mais automatiquement identifiable auditivement, le genre est incontestablement poétique et lumineux, ralenti et élégiaque. Geskia!, que l’on avait connu plus urbain, notamment sur l’excellent album glitch-hop Eclipse 323, a donc décidé de suivre la voix de mère nature pour un Muon en tout point exemplaire (et disponible à un prix démocratique sur Bandcamp).

Tout en courbes, volutes et contemplation mélancolique, Muon fait partie de ces disques que l’on aime se caler au chaud, pour une écoute religieuse. Une des clés de l’album se trouve d’ailleurs dans les titres de ses morceaux puisque si l’on prend la première lettre de chacun, on obtient « I am Lonely ». Vous aurez donc compris que seul une écoute solitaire vous amènera à flirter avec l’extase.

Ode absolue à une nature bienfaitrice, on ferme alors les yeux pendant 1 heure, à la recherche du temps perdu des souvenirs enfouis. Geskia! nous invite à une ballade lente et vaporeuse, parfaite métaphore d’une rosée matinale qui n’en finit plus de prendre son temps, laissant la brume s’évaporer au rythme lent d’une source proche.

La plupart des morceaux jouissent d’une même organisation, comme pour mieux souligner l’aspect profondément structuré d’une vie. Suite à une lente mise en place d’une nappe ambient, la progression prend place. Des fines clochettes, en forme de poussière scintillante, viennent vous chatouiller pendant que la magie tenace du field-recording peut opérer. Entre paraboles aquatiques ou émergence d’un feu lointain, nous sommes bel et bien au cœur de la nature. C’est lorsqu’une nappe supplémentaire apparaît, comme rehausseur d’émotions, que le morceau prend alors vie et vient nous bousculer. De manière régulière, Geskia! ajoute une fine touche d’IDM. Mais là où cette dernière aurait pu robotiser l’ensemble, c’est l’inverse qui s’observe. L’humain trouve alors sa place dans ce puzzle, il est convié à errer dans cet espace de liberté totale avant qu’une lente descente s’opère.

Muon est un album qui fera succomber les cœurs de pierre les plus récalcitrants. Que celui qui n’éprouve aucune émotion sur Abuttal, Melamine ou encore Lachrymose, viennent immédiatement se manifester. Sincèrement, rarement un album d’ambient-IDM aura su à ce point touché ma corde sensible. A ce niveau-là, ça relève presque de l’indécence. Soit Geskia! est un pur génie de la musique électronique, soit il est un alchimiste de la poésie. Je préfère opter pour la seconde solution, me disant ainsi qu’il existe encore des magiciens capable de vous transpercer le cœur avec deux bouts de ficelles.

 

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par B2B

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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 14:19

Sortie : 21 mai 2012

Label : Dial

Genre : Krautrock, ambient

Note : 5,5/10

 

Les panthéistes sont à l’affut du moindre battement de cils de leur totem, Pantha Du Prince. Imaginez l’émulation collective lorsque ce dernier a annoncé la mise en place d’un nouveau projet. Dès lors, il ne restait plus qu’à spéculer sur l’entité Ursprung.

Quelques mois après le teasing de l’allemand, il est enfin temps d’y voir plus clair. Pour être sincère, cela fait déjà un petit moment que l’album tourne chez moi, j’ai donc eu le temps de tranquillement l’écouter et l’étudier. Et le constat est pour le moins mitigé.

 

Avant tout chose, il est nécessaire de définir les contours d’Ursprung. Il s’agit de la collaboration entre Hendrik Weber, le fameux Pantha, auteur des sublimes albums techno This Bliss et Black Noise (chronique ici), et Stephan Abry, membre du groupe électro-expérimental Workshop. Nos deux compères se fréquentent depuis quelques printemps et l’envie de mêler leurs influences s’est révélée tellement forte que la maison Dial a décidé de sortir leurs expérimentations.

Exit la techno de Pantha Du Prince et les élucubrations électroniques de Stephan Abry. Ursprung fait place à une krautrock atmosphérique. Etant moi-même plutôt réceptif à ce genre, je suis donc parti avec un apriori des plus positifs. Et d’ailleurs, ce n’est pas le morceau d’ouverture qui me contredira. Mummenschanz étale son aura sur 10 minutes élégantes. On y retrouve la basse enveloppante et si particulière de Pantha. Le morceau se structure finement, prend progressivement place en nous, grâce à la légère guitare électrique de Stephan. Et quand la basse prend l’ascendant, c’est pour mieux nous emporter dans son mélancolique sillage. Une telle ouverture ne pouvait que présager une suite élégiaque. Il n’en sera rien.

Le duo se complait directement dans un krautrock chiant et abscon, flirtant de trop près avec la branlette superfétatoire où une guitare famélique copule maladroitement avec des bidouillages électroniques anecdotiques. Une grande majorité des morceaux n’a strictement rien à raconter et ne possède aucune âme. On imagine aisément nos deux potes en train de kiffer leurs créations sans aucun recul. Même lorsque Ursprung se prend pour les séminaux Durutti Column sur le titre Lizzy, ça tombe à l’eau devant le manque d’ambition. On pense alors à un autre récent semi-caprice de star en la personne de The Field, auteur du projet instrumental indolore, Loops Of Your Heart (chronique ici).

Pourtant, Ursprung arrivera par deux fois à me sortir de ma torpeur. Premièrement avec la lente ballade plaintive de Exodus Now (joliment clipé) et ensuite avec l’immédiat et quasi-cinématographique Kalte Eiche. Est-ce suffisant pour autant ? Loin de là.

 

Pantha Du Prince et Stephan Abry, ainsi que le label Dial, déçoivent avec ce Ursprung tristement inoffensif et ne réussissant qu’à provoquer l’indifférence. C’est bien dommage surtout lorsque l’on imagine à quel point cet album aurait pu être captivant si l’on se concentre uniquement sur les quelques titres stimulateurs de rêveries désincarnées.

 

http://images.hhv.de/catalog/detail_big/00272/272168.jpg

 

par B2B

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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 01:33

Sortie : avril 2012

Label : Nomadic Kids Republic

Genre : Folk, Minimal, Ambient, Field Recordings

Note : 8,5/10

 

Avec presque un album sorti tous les ans depuis 2006, The Green Kingdom navigue dans des eaux pures mais malgré tout confidentielles. Il est amusant d'apprendre que Mike Cottone vient de Detroit, tant sa musique semble opposée à une vie citadine. Ses productions électro-acoustiques avaient jusqu'alors fait la fierté et le bonheur de labels tels que SEM, Own Records et Smallfish. Jusqu'à ce qu'un certain Ian Hawgood, à la tête de l'extraordinaire label Home Normal et de sa jeune "filiale" Nomadic Kids Republic, ne vienne lui proposer une toute nouvelle exposition. J'avais moi-même chroniqué son Twig & Twine à l'automne 2009, mais la simple et rapide lecture de cette ancienne chronique me fait trop honte pour que j'ose communiquer aujourd'hui son lien. Egress est sorti le mois dernier, les exemplaires physiques n'ont presque pas eu besoin de promotion pour pratiquement tous s'écouler. Normal vous dirais-je, Egress est dans son genre, le meilleur album que j'ai eu l'occasion d'écouter cette année.

 

Qu'est ce que le minimalisme, au delà de cette étiquette parmi les autres qui permet à l'auditeur de se repérer ? C'est pour certains artistes (des vrais) une contrainte. Celle de devoir être évocateur avec peu et de parfois se laisser aller à l'essentiel en oubliant le superflu. Si certains ont érigé le minimalisme en tête de proue d'ambitions artistiques pseudo-contemporaines, d'autres refusent d'opposer le trop et le pas assez, rappelant à tout ce beau petit monde que la musique existe avant tout pour être écoutée par un plus grand nombre de curieux.

Fin de cette parenthèse qui n'apportera, je vous l'accorde, strictement rien à la chronique, mais qui soulignera comme il se doit, le tour de force tranquille réalisé ici par The Green Kingdom. Car Egress est un album de musiques électro-acoustiques qui sait transmettre tellement avec si peu. Nul besoin d'être doté d'un background impressionnant en la matière, pour succomber face à tant d'élégance et de simplicité. Il est donc accessible au plus grand nombre. Il suffit d'avoir un coeur et une installation hi-fi ou un casque pas trop dégueu, pour en faire le compagnon idéal à emmener sur une île déserte. Les plus jusqu'au-boutistes auront peut-être envie de se la jouer retraite Into the Wild, de quitter les bureaux oppressants pour aller se reposer à l'ombre d'arbres millénaires et vivre du fruit de leur chasse et de leur pêche. Rassurons d'ores et déjà les plus sceptiques, Egress n'est pas un album qu'on écoute chez Truffaut et n'a pas été playlisté par les communicants de chez Nature et Découvertes.

Les majestueux crins de Emerald Perspective nous transportent immédiatement vers des territoires calmes at apaisants. L'ambient, comme les drones et les field recordings, participent forcément à rendre ce soundscaping si immersif. Celui qui pose les oreilles et les pieds au creux de ces sentiers accueillants sera donc attentif au moindre boulversement, enveloppé dès les premières secondes d'écoute vers un microcosme auditif où la volupté et l'enchantement sont les seuls guides. Je ne reviendrais pas sur ma pseudo-thèse au sujet du minimalisme, mais mon dieu, comment est-il possible de témoigner d'autant de richesse avec un tel simple saupoudrage.

Je vous épargnerais mes visions ô combien personnelles, de farfadets rieurs courant à travers les touffes et les bosquets, de ce sentiment d'être enfermé dans une bulle de savon tel un narrateur omniscient des secrets d'une forêt chimérique. La catharsis, dépourvue de toute substance dramatique est pourtant bien là. Cachée derrière ce pur et troublant sens de l'esthétisme.

Signalons d'ores et déjà que les titres Woolgathering et Butterstorm sont des indispensables du genre. L'enchantement est de mise, surtout quant le deuxième cité lorgne du côté d'une folktronica savoureuse et fragmentée. Sur le premier, les accords simples de la gratte, associées à ce contraste dans les textures, entre le vert clair et le vert foncé, entre l'opaque, le nébuleux et le cristallin, ravivent les sentiments déchus des années de l'enfance ou à moindre échéance, d'une période où l'insouciance était de mise. Dans un genre aussi ondulé et plein de réverbérations limpides, l'excellent Rusticlub s'en tire plus qu'à bon compte, mais son caractère plus immédiat sur le versant émotionnel l'empêchera de prétendre au même niveau d'excellence. Idem pour la courte encordée homéopatique de The Caves of Summerisle.

C'est donc avec un plaisir encore plus grand qu'on accueillera les drones plus lourds et l'atmosphère plus embrumée de l'excellent Gray Waves, avant que notre nouvelle et virtuelle clairière préférée puisse prétendre à une jachère méritée sous un tapis neigeux, lors du morceau final au titre extrêmement bien choisi.

 

The Green Kingdom livre avec Egress son album le plus abouti et le plus remarquable. Il est encore temps de se le procurer via certains mailorders. Inutile de vous rappeler tout le bien que je pense de Home Normal et de Nomadic Kids Republic. Voici un album qui apporte la paix et le repos. Conseillons le donc à ceux qui souhaiteraient soigner leur éternel sentiment d'insécurité.

 

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par Ed Loxapac

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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 00:55

Sortie : avril 2012

Label : Denovali

Genre : Doom Jazz, Experimental

Note : 8/10

 

Versant plus doom et plus expérimental du Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, The Mount Fuji Doomjazz Corporation est toujours emmené par Jason Kohnen (Bong-Ra) et son comparse Gideon Kiers. Si on ne compte plus les projets du blond dreadlocké (Wormskull, Death Storm...), on ne prend pas de grand risque en affirmant que celui qui nous occupe aujourd'hui est celui qui déchaîne le plus les passions, de par sa définitive vocation live et spontanée. Planet Mu, Ad Noiseam, puis enfin la crémerie plus que recommandable Denovali, autant de labels majeurs sur lesquels cette formation opaque et cosmopolite diffuse son free-doom-jazz narcotique. De même que pour TKDE, la place des intervenantes féminines est plus que prépondérante, même si le violoncelle de Nina Hitz est cette fois-ci absent. Avec en tête, le trombone de Hilary Jeffery, accompagné par la voix pure de Charlotte Cegarra et le violon de Sarah Anderson cher aux fans de Chrome Hoof. Enregistré en live à Moscou, le quatrième album de la formation, Egor, est disponible depuis un peu plus d'un mois chez Denovali.

 

On en connaît qui ont dû prendre sévèrement cher à Moscou. Assister à un concert comme celui-ci relève de l'expérience, sonique et psychédélique. Car ce qui impressionne toujours avant tout chez TMFDC, c'est l'état d'urgence qui s'expulse de leur musique, ainsi que cet éternel besoin de se mettre en danger, de sortir du confort du studio. Voilà pourquoi à l'heure même où j'écris ses quelques lignes, le combo continue de sillonner les routes de la Russie.

Il y a d'ailleurs dans Ergor des symboles qui ne tromperont pas la ferveur du peuple russe. Ainsi que des hommages directs à l'Europe de l'Est, dans la mélancolie des violons dignes de comptines dramatiques ashkenazes, qui auront l'intelligence et la bienséance de ne pas résonner comme des covers de Mein Yddishe Mame ou de la B.O de la Liste de Schindler.

Le groupe peut se permettre d'introduire son set en jouant à bas volume pendant près de dix minutes, plantant leur décor aussi plombant qu'orchestral. Puis, le trombone de miss Jeffery s'accentue jusqu'à affirmer la sentence, tandis que la voix de cantatrice de Dame Charlotte virevolte parmi les bidouillages hurlants de Sir Kiers. Pendant plus d'un quart d'heure, Lift Mashiny dévoilera dans toute sa progression les premiers contours de l'oeuvre.

Même si ça peut faire vomir certains puristes, la formation s'approche de plus en plus du jazz, même si l'enfermer dans cette noble mais trop hermétique case relève de la gageure. Alors oui comme dit un certain Nicolas de Berlin qui les connaît bien, "leur musique a gagné en consistance jazz ce qu'elle a perdu dans ses aspects les plus doom". Mais il y a toujours dans les fresques étalées, un reliquat post-rock, drone, ambient et même quelque chose qui vient du sound design. J'en veux pour preuve, les expérimentations toujours plus létales et franches de Gideon Kiers, qui sont définitivement avec la guitare de Eelco Bosman et les basses de Kohnen, les points d'armatures principaux de ce squelette complexe, beau et malade.

Voilà pourquoi, Stuchat' Kulakom Lestnitsa et Kosmonavt Rasputina (presque 40 minutes à eux deux) sont les pièces maîtresses de l'album. Parce qu'elles représentent cette synthèse brute et violente, aux confins de l'opéra post-rock et de la musique improvisée. La complémentarité des différents éléments est impressionnante, cette divine imbrication liante est la preuve des années passées à jouer ensemble et à écumer les scènes du monte entier. La fusion, voilà un mot qui ne veut depuis longtemps plus dire grand chose, mais qui apparaît définitivement comme le terme le plus adapté pour déterminer l'Ensemble. Ceux qui auront la bonne idée d'acquérir l'album n'auront certes pas de visuel associé, mais la retranscription du live est si bien réalisée que l'expérience psychédélique ne perdra que peu de sa substance. Et dieu sait que les albums live relèvent parfois de l'arnaque.

 

Savourons donc l'écrin ici offert (vendu en fait). Car même si le titre final connaît quelques longueurs, ses dernières mesures révèlent quelques surprises qui attestent que la musique du combo est définitivement à prendre au sérieux, même si eux ne semblent animés que par la passion et la spontanéité. Un groupe à voir en live avant ou après la mort.

 

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par Ed Loxapac

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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 13:20

Sortie : Mars 2012

Label : Exit Records

Genre : Ambient, expérimental et j’en passe

Note : 8/10

 

Dan Griober, plus connu sous l’entité Dan HabarNam, est un producteur roumain d’une trentaine d’années. Peu connu, si ce n’est totalement ignoré, dans notre contrée, le mec bosse pourtant dans la musique depuis une petite dizaine d’années et est notamment membre des duos Unu’ et Hard B.. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la sortie de sa première galette solo, From The Known, étrange et attachant objet hybride.

 

Album ouvert aux quatre vents, From The Known est un parcours initiatique dont le salut passe par l’égarement. Son apparente simplicité n’est qu’un leurre imposé par son immersion progressive. Dan HarbarNam a intelligemment agencé son album de manière circulaire, en prenant un malin plaisir à répéter certaines sonorités à l’infini. Pris au piège de ce cercle vicieux, vous faites face à un mur infranchissable. Les sonorités font échos dans votre esprit, vous obligeant à remettre à plat vos certitudes.

Difficile de catégoriser From The Known. La carapace ambient n’est là que pour mieux cacher un intérieur où se mêle musique expérimentale, post-dubstep, bass-music, techno et même, si ce n’est surtout, tout un pan du space-rock des 70’s. Une guitare omniprésente mais fuyante donne ainsi à l’album des allures d’odyssée aérienne. Mais attention, nous sommes bien loin d’un rétro-futurisme assumé, il s’agirait plutôt d’hommage contenu.

Tout semble lointain et fragile lorsque débute l’album. Record et Divided sont des pièces tremblantes, capable de s’effondrer à tout moment. Alors que vous commencez à fermer les yeux, The Known se fait plus grave et vous surprend avec ses coupes nettes à la serpe. Mais l’anesthésie locale vous protège de la douleur. La rythmique peut alors prendre l’ascendant sur un Memory volontiers plus frontal. Le trip prend alors des allures de déambulation nocturne schizophrénique sur Betray The Present avant de se muer en fuite en avant sur la techno lointaine de Becomes. S’en suit une descente progressive s’achevant sur la basse écrasante de Regeneration. La boucle est bouclée, le rêve consumé.

 

Dan HabarNam signe un superbe album d’ambient éclatée et éclatante, à la poésie reculée. From The Known rappelle en cela l’extase triste des tableaux d’Edward Hopper. Une telle œuvre doit se vivre pleinement pour mieux vivre l’abandon.

 

http://www.hypestreet.ro/wp-content/uploads/2012/04/dan-habarnam.jpeg

 

par B2B

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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 01:09

Sortie : 21 Mai 2012

Label : Warp

Genre : IDM bariolée, Drill'n bass édulcorée

Note : 4,5/10

 

Tom Jenkinson est une légende. Un de ceux qui a assis la réputation et la créativité du label Warp et de l'IDM avec Aphex Twin, Boards Of Canada, Autechre ou Plaid dans une moindre mesure. Bassiste, batteur et pianiste, Squarepusher voue un véritable culte au jazz, plus particulièrement à celui de Miles Davis, Jaco Pastorius ou Joe Zawinul. Même si ses talents de musicien naturel étaient au dessus de la moyenne, il a rapidement compris que les limites de la technique musicale pure pouvaient être dépassées, grâce aux bécanes analogiques, et au hardware encore un peu plus tard. Car franchement, il y a fort à parier que tout comme AFX, il n'en a jamais rien eu à branler de ce fameux concept qu'est l'IDM. Même si ils en sont probablement deux des plus importants artisans. Son truc à lui c'est le jazz, comme l'acid est définitivement le truc du Richard. C'est d'ailleurs ce genre, que beaucoup décrivent comme éternel, qui fait la liaison entre les deux virtuoses. De cette amitié réelle accouchera Feed Me Weird Things sur Rephlex, album mythique qui assoira définitivement la filiation naturelle entre le jazz et une certaine idée de la D&B.

C'est ensuite la période bénie, celle de l'épopée héroïque de Warp, entre 1997 et 2001. Citons donc Hard Normal Daddy et Burningn'n Tree comme deux autres indispensables de la discographie du bonhomme. Certains puristes avérés décrivent la sortie de Go Plastic comme le début de la compromission vis à vis des racines jazz. En atteste My Red Hot Car, titre dancefloor composé par Jenkinson pour se foutre un peu de la gueule d'un de ses potes, qui jugeait sa musique comme trop cérébrale. Il n'empêche que cet album contient des tueries vrillées et ludiques absolues. Tout comme le bruitiste et probablement trop en avance sur son temps Ultravisitor.

C'est ensuite que les emmerdes (et l'esbroufe ?) commencent. Avec le live "foutage de gueule" de Do You Know Squarepusher, le ludique mais trop funky Hello Everything, l'anémique et pasteurisé Just A Souvenir, la branlette de Solo Electric Bass et le projet inaudible d'infusion R&B/909 Shobaleader One. Ufabulum est annoncé comme un album qui réhabilite le son Squarepusher d'antan. Ceux qui le dise sont des gens crédibles et de bonne compagnie. Voyons voir si notre indécrottable aigritude saura taire sa bile.

 

Reconnaissons tout de suite que si Ufabulum avait été l'oeuvre d'un illustre inconnu d'Europe de l'est, nous aurions salué le potentiel technique incroyable ici étalé. Nous l'avons fait à maintes reprises, pour des gens qui n'ont d'ailleurs que trop rarement transformé l'essai. Seulement voilà, Ufabulum est l'oeuvre d'un dieu vivant. Les bleeps du plutôt pas si pourri 4001 ne feront donc que peu de temps illusion, car Ufabulum trahit un triste vide sur le plan de l'originalité et de la composition. Encore plus quand on ressort le vieux matos légendaire pour lui donner une tonalité plus cliché qu'autre chose. Je parle bien sûr de l'omniprésence de certains synthétiseurs mythiques, qui font ici certes bien joli dans le casting, mais dont le jeu n'est finalement digne que de la série B. Inutile donc après ça de s'acharner à descendre le criard et bien trop sucré Unreal Square et de tout ce qui suivra jusqu'au pauvrissime Red In Blue, qui ressemble plus à un interlude raté et étiré qu'à autre chose. Reconnaissons tout de même qu'il y a quelque chose de naïf et rafraîchissant dans Stadium Ice, quelque chose qui rappelle un peu certains titres de Hello Everything. Maigre consolation car c'est définitivement ça le principal problème de ce nouvel opus. Plusieurs tracks rappellent de loin le génie que fut Squarepusher. Parce qu'il renoue avec les sons bleepiens et une certaine déstructuration. C'est un peu le principe de la caricature, que de grossir avec excès les traits de l'original. Nous faire croire que c'est comparable, ça relève par contre de la malhonnêteté, ou à moindre échelle, à de la publicité mensongère.

Tout ce qui paraissait autrefois maîtrisé, même dans la frénésie la plus débridée, résonne ici comme des brouillons de faces B, sortis des fonds d'un disque dur pour tenter de continuer à exister. Un titre nommé The Mettalurgist méritait donc forcément mieux que cet amoncellement de régurgitations, de gargarismes digitales presque empruntés à une french touch (sans majuscules) 2.0 en errance. Voilà pourquoi Drax 2 est particulièrement réjouissant. Parce qu'il prend son temps pour installer son infection dans la cathédrale, parce qu'il est captivant et qu'il laisse planer le doute sur l'issue du morceau, à l'aide de griffures nettes et sans bavures. Ne boudons donc pas notre plaisir quand à la quatrième minute la rythmique se déchaîne enfin comme il se doit. Avec ce qu'il faut de folie dans la maîtrise pour mettre tout le monde d'accord. Mon constat à propos de Dark Steering sera plus nuancé même si in fine, il peut jouir de la même efficacité. Je n'arrive pas à avoir d'avis définitif à son propos. C'est surtout que je ne parviens pas à le détester, même si il le mériterait peut-être, avec son débarquement de beats taillés dans le laser de jedi et ces bolides du futur tunnées à la portugaise. Idem pour 303 Scopem Hard, qui même si il n'est pas plus impressionnant que ça, démontre que Jenkinson a retrouvé les modes d'emploi de l'analogique. De tels hommages se trouvent un peu partout sur l'album, 808, 909, 303, autant de modèles de bécanes des années 80 qui peuvent faire rêver quand on sait les dompter. La dédicace à une certaine acidité sur le final Ecstatic Shock, sera un brin trop convenue pour s'avérer de qualité. Dommage. J'aurais voulu y croire.

 

Vous l'aurez donc compris, il n'y a pas de temps à perdre avec ce nouvel album de Squarepusher, sauf si c'est pour se remémorer à d'épars moments la magie du passé. Pour ça, il vaut mieux investir dans ses glorieux albums précédemment cités, vendus actuellement à un prix pas trop abusif. Si Squarepusher n'en finit plus de décevoir, il demeure malgré tout un mythe. L'euphorie autour de ce nouvel album a de quoi faire sourire, ou pleurer. Vous qui nous accuser souvent de prétendre détenir une certaine vérité, autorisez nous à vous la faire partager. Cet album est quand même, un peu à chier.

 

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par Ed Loxapac

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