Sortie : septembre 2011
Label : Hibernate
Genre : Experimental, Drone, Guitar, Abstract, Post-Rock
Note : 8/10
Le britannique Ben Chatwin est un guitariste de grand talent. Il a composé en tant que Talvihorros un album (Some Ambulance) sorti sur le regretté Benbecula, sur Rural Colours (division charmante de Hibernate). Son Music In Four Movements de 2010, déjà paru chez Hibernate, avait attiré les éloges et déterminé un changement de cap dans sa manière de composer. Avant la sortie cette année d'un opus live, nous nous devions de revenir sur son Descent Into Delta.
C'est incroyable ce qu'on peut faire avec des guitares et des pédales d'effets. Il y a bien sur également quelques agréments que l'oreille avertie reconnaîtra.
Descent Into Delta est une oeuvre magnifique, qui peut faire penser aux premiers albums d' A Silver Mount Zion, avec certes une démarche expérimentale bien plus poussée. C'est aussi un album qui a le don d'affoler un amplificateur et les schémas classiques des courbes et de l'analyse spectrale. Chargé d'effets, d'échos et parfois même de dissonances, il est cousu d'ondes pénétrantes dévoilant des paysages sonores en clair-obscur. Idéal pour se croire allongé aux abords d'une baie déserte et sauvage, pour contempler la lumière perforer la brume, et finalement dévoiler un étrange ballet d'oiseaux migrateurs.
Il est rare qu'une musique avec autant de facettes que d'influences (en terme de genres) déploie un aussi large spectre émotionnel.
Descent Into Delta est un hommage aux cordes (électriques ou acoustiques). Celles auxquelles on se raccroche plus qu'on ne se pend. Même parmi les vagues graves imposantes et écorchées, la pureté revigorante de la guitare vient se parer de textures définitivement naturelles. Doté d'un mix intelligent et aéré, l'album brille de par ses trajectoires ambivalentes, où l'auditeur naviguera entre contemplation béate et inquiétude vivace. Si Beta et Alpha ont mon abstraite préférence, l'intervention de la viole de Anais Lalange sur Delta apportera volupté et humanité à cette musique potentiellement abrupte.
Descent into Delta est un album dense et profond. Encore une fois plus que recommandé à un auditoire ouvert. L'album laisse augurer du meilleur en ce qui concerne le dimension live. Hibernate est définitivement un des labels que je vais le plus surveiller cette année. Il reste d'ailleurs une petite quantité de versions physiques disponibles auprès du label. A bon entendeur, salut.
par Ed Loxapac
Sortie : Janvier 2012
Label : Oilworks
Genre : Glitch-hop, breakbeat
Note : 8/10
Vous l'aurez deviné, cet album provient tout droit du pays du Soleil levant. L'album est
signé chez Oilworks, un label qui nous révèle une scène abstract hip-hop japonaise
novatrice (phrase qui sous-entend que ce n'est pas ma dernière chronique sur le sujet).
Himuro Yoshiteru, c'est un nom guimauve qui sonne comme un personnage de jeu de baston, et qui pourrait notamment envoyer deux ou trois tatanes à
Prefuse 73, histoire de lui dire que ce dernier a trouvé des remplaçants bien moins chiants depuis quelques années.
Il y a des albums qui nous happent après 5 secondes d’aperçu et qui se dessinent comme
une carte au trésor. Mais c'est uniquement après d’incalculables onomatopées lancées à
imiter les caisses claires de l'album, que je me sens enfin capable d'esquisser mon
ressenti sur la fourmilière à idées que nous propose ce disque. C'est funky et barré tel
que l'illustre la pochette. J'ai la tête toute retournée, comme une terrible migraine
causée par des samples à la précision chirurgicale. Les morceaux se révèlent vastes comme
un mind game. Chaque track illustre un nouveau délire du maître japonais. Himuro est
encore un de ces artistes influencés par les dessins animés diffusés à l'heure du goûter.
Je suis intrigué par tant de génie, proposant des morceaux de breakbeat improbables au
samples de voix décalées et aux rythmiques triturées qui laissent penser qu'aucune
seconde d'un même morceau ne soit similaire. J'ai commencé avec le morceau REM Sleep
devant lequel je m'imagine toujours Autechre jouant de la guitare. Ensuite je me suis
baladé entre du hip-hop plus old-school et ses scratches et synthés bien 80's tel que dans
SLCT., et les influences beat' n bass de The Angle. Enfin bref, j'en ai marre des
artistes sachant faire de tout, et bien. Je reproche à l'album de ne pas être assez
constitué comme un puzzle, les morceaux sont trop indépendants les uns des autres et ne
s'assemblent malheureusement pas. Cela reste tout de même homogène, dégageant une richesse impressionnante dans l'univers. Mes impressions sont comparables avec le Trademark Ribbons
of Gold de VHS Head sorti en 2010 avec lequel je lui trouve plein de points communs, notamment à travers le travail des samples ou dans une appellation personnelle que je
qualifierai d'IDM-funk. Je suis jaloux devant une telle démonstration, qui transpire tout de même d'émotions mélancoliques et enfantines. J'attendais un OVNI hip- hop comme celui-ci depuis
longtemps, et cela se ressent dans ma note. C'est un véritable bazar musical, explorant toutes les formes de hip-hop déjà établies, comparable à un mélange entre le duo franco-chilien Del
Wire et l'américain Eskmo. Himuro s'empare du passé, pour nous proposer une forme rarement aussi bien aboutie en matière de hip-hop ces dernières années.
Il y a du fantastique dans cet album, un mystère qui se révélera après plusieurs écoutes
aguerries. La minutie de la production nous noie dans un univers profond et typiquement
japonais. J'ai toujours était fasciné par ces albums sachant mélanger la sauvagerie de
l'outil électronique et la délicatesse de mélodies voluptueuses et rêveuses. Je suis un
paon et mon plumage te charme de ses couleurs hypnotisantes. Comme un Pneu , il te roule
dessus.
par Pneu Rouillé
Sortie : novembre 2011
Label : Formik Records
Genre : IDM, Dark Ambient, Downtempo, Illbient
Note : 8/10
Depuis 1994, le belge Geoffroy Sallustin se produisait comme DJ techno, acid et industriel sous le blaze de S-Virus. Niveau collaborations, l'homme a travaillé sur plusieurs bandes son de court-métrage, d'un livre et d'une pièce de théâtre (L'hypothèse du chaos de la Troupe du Possible). Par volonté d'étendre ses perspectives sonores, il s'invente un nouveau projet en 2005, Neptunian8, avec lequel il s'adonne à des symbioses flippantes d'IDM et de dark ambient. Sortie initiale du label Formik Records, Scyphozoa est son premier album.
Bienvenu dans un univers où des fissures anxiogènes lézardent les murs, où l'incertitude colle à la peau et où des méduses hantent les couloirs du métro. Une plongée dans Scyphozoa s'apparente à une journée d'errance au coeur d'un tunnel sans but. L'oppression, tapie derrière chaque zone d'ombre, ne vous lâchera pas la gorge une seule demi-seconde. La bande sonore d'une apocalypse de la création, plutôt que de la destruction, nous dit son auteur. Comme si une bouche d'aération accordait brièvement un souffle d'air moins vicié, certains instants de cette glauque pérégrination se voient éclairés d'une beauté absurde, de la grâce des situations irréelles. Entre deux néons blafards la distance pourtant est infinie. Sous son enrobage sombrement contemplatif et ses textures hallucinantes – à situer entre des crissements à même ton crâne et du malaxage pneumatique - la musique de Neptunian8 mêle mille influences. A côté de titres de dark ambient évoquant un Kreng qui se serait pris d'affection pour l'indus, les phases rythmiques versent dans une froideur clinique, dans la répétition d'un bug aliéné, dont la persistance downtempo est une pierre de plus à l'édifice rampant et torturé que façonne Sallustin. L'introductif Portal Of Elements illustrera ainsi le lent parcours d'un objet mutant sur une chaîne de montage. Les saccades ne sont point proscrites pour autant. La suite immédiate, La Dernière Ligne, balafre les beats et le glitch de bruts riffs de guitare, avant que les coulées de brume ne vous ravalent, désormais seul face à des nuées de bestioles qui vous courent sur la nuque. Des résurgences (mais du futur) de dub industriel, ayant lui-même muté au travers de plusieurs matrice font leur apparition sur C2H2-7A et Exhaust. Scyzophoa est un album ébouriffant, dont la précision du sound-design n'a d'égale que l'intensité des ambiances. Le détail ultime, qui vient sublimer l'ensemble, réside dans les morceaux Red Room et Light Across Window, seuls reliquats d'un monde encore joli, pas complètement déshumanisé. Les seuls également qui laissent échapper les notes d'un piano et dont les nappes hésitent entre mélancolie pâle, espoir et pur spleen. Le beat lui, joui de ces structures oxygénées qui caractérisent les productions psychill. Light Across Window en particulier, ferme l'album sur une tonalité d'exquise ambivalence.
Scyphozoa est une perle oubliée de 2011. Récit d'une fuite fébrile vers des tréfonds dont on ne sait rien, ce premier album de Neptunian8 expose un talent remarquable, tant pour les atmosphères que pour les déroutes complexes du beat. Scyphozoa n'est pas réconfortant, mais il est bénéfique de s'y plonger.
Sortie : 30 janvier 2012
Label : Kompakt
Genre : Ambient
Note : 7/10
Ce qui va suivre est une chronique purement factuelle de Pop Ambient 2012, dernière édition en date de la série de chez Kompakt, pour la simple et bonne raison que ça me soûle de pondre tous les ans le même discours concernant l’histoire de ces compils. Pour cela, vous passerez par la case « rétro » en allant vous alimenter auprès des chroniques des précédentes éditions (2011 ici et 2010 ici).
Les bons élèves :
- Mohn (aka Jörg Burger et Wolfgang Voigt) avec un Manifesto massif, un bloc sonore brut et grésillant dont les réverbérations s’inscrivent dans la durée.
- Marsen Jules dont le Swans Reflecting Elephants s’offre une incursion jazz pour le moins déstabilisante mais brillamment maitrisé.
- Triola avec un Richmodis cinématographique installant un climat de suspicion.
- Wolfgang Voigt dont le Rückverzauberung 5 est sans conteste le meilleur morceau de cette édition. On fait face à une ambient audacieuse, proche d’un collage surréaliste avec ses instruments s’enchaînant sans logique tout en étant fédéré par une étrange nappe. Si vous pensiez que l’abstract ambient ne verrait jamais le jour, vous vous étiez planté.
Les mauvais élèves :
- Morek, Magazine et Simon Scott qui font dans l’ambient à papa. On s’y ennuie fermement et on attend gentiment que leurs morceaux se finissent.
Les autres :
- Bvdub fait du bvdub, mais en même temps c’est ce que l’on attend de lui. Son Your Loyalty Lies Long Forgotten est beau à chialer mais malheureusement bien trop court. Décidément, le mec est bon uniquement sur le format 20 minutes.
- Superpitcher qui se révèle poétique et vaporeux avec son Jackson lentement immersif.
- Loops Of Your Heart (aka The Field en version instrumentale) idéalement placé en fin d’album. Bien que trop répétitif, ce petit écart mélancolique, uniquement relevé par quelques notes de guitares, donne l’impression de vivre un été sans fin.
Cette fournée est à l’image de celle de 2011, un brin paresseuse (le comble pour de l’ambient !) tout en restant sporadiquement fascinante. On est tout de même loin de ce que peut offrir le meilleur de l’ambient actuelle. Kompakt ne démérite pas totalement mais semble avoir un léger train de retard.
par B2B
Sortie : Janvier 2012
Label : Self-release
Genre : Piu-Piu, Beat & Bass, Electro-Hip-Hop surgelé
Note : 7,5/10
Piou Piou ? Définissons ce genre musicale, qui emprunte son nom d'une blague francophone référant aux sons des lasers de Star Wars. Revenons brièvement à Los Angeles, où le manifeste s'écrit aux
alentours de 2003, par le prophète Flying Lotus et ses apôtres tels que Dibiase ou les beatmakers du label Stone Throw. Naît alors sur la Côte
Ouest américaine, une alternative au G-Funk, un Hip-Hop relativement plus frais et aérien qui empreinte au jazz ses structures et à l'éléctro ses timbres, accompagné de kicks-bass qui saturent la
mélodie en arrière plan. En Europe, on parlera de musique Lo-Fi avec ses sons 8-bit et d'une musique rythmiquement proche du Dubstep. Flying Lotus utilisera un terme plus sérieux : « Beat &
Bass », terme un peu barbare affilié à son label Brainfeeder. Le Piu Piu manifesto est complet ici.
C'est à Montreal dans les soirées Artbeat que le thème « Piou Piou » est inventé par Vlooper, beatmaker occasionnel pour Alaclair Ensemble,
collectif revendiquant le style appelé aussi post-rigodon ou shroom-rap. Le collectif réunit trois rappeurs Eman, Maybe Watson et
KenLo, aussi aux instrus accompagné de Mash, avec parfois Claude Bégin au chant. Ses 6 membres aux allures de Fluos Kids dépravés, sortent cette
année leur 3ème LP uniquement instrumental hormis le track Dest En Nouess.
On s'imagine, dès les premiers morceaux, en été, une glace à l'eau dans la main, illustrant un paradoxe entre un album d'hiver et l’apparition des premiers rayons de soleil faisant fondre les
glaces éternelles des monts canadiens. L'album se révèle entre un fake du lotus volant dont ils reprennent plusieurs gimmicks, et une perle d'humour québécois orné de simplicité et de décalage :
la basse du morceau Brother Jacques reprend comme indiqué la mélodie de Frère Jacques, et des extraits audio parsemés d'absurde (j'en ai appris ainsi plus sur la localisation des
Colibris au Canada). L'album est homogène et coule comme un long fleuve tranquille, point aussi positif que négatif, ayant toujours reproché moi même au Hip-Hop d'être parfois trop linéaire. Le
tout se révèle assez jouissif, oscillant entre beats bien fats et grassouillets, comme le morceau Hustle Tard ou Shuffle (qui est pour moi le meilleur morceau de l'album), et
des morceaux plus soul, rétro et purement Piou Piou, aboutissant dans Post-Rigodon. Les synthés rétros dignes de ton jeu préféré des années 80, te rendront nostalgique. Un petit côté
noisy et crade se révèle, contrastant le côté « trop » plastique des timbres.
La tête bat la mesure, la construction de l'album est très soignée et ses 45 minutes passent rapidement, nous donnant envie de réécouter immédiatement leurs bonbons glacés fondre dans la gorge.
C'est lumineux et coloré, teinté de cynisme. Un album qui se rattache a une facette du hip-hop actuel, prônant les libertés et l'amour du quotidien. On l'écoute dans le bus, en regardant
mélancoliquement les paysages urbains qui défilent. Le manque de profondeur artistique provoquera probablement dans moins d'un mois l'oubli général. Mais au moins j'aurais consumé un plaisir
éphémère. Il faut bien commencer l'année avec une première chronique, elle est d'une neige réchauffante provenant tout droit du pays des Caribous (à suivre avec attention à l'avenir en matière de
rap).
Etant tout de même assez accessible, l'album ennuiera comme à son habitude les réfractaires à la Los Angeles touch, les instrus étant finalement purement typique. Mais l'exercice de style est
réussi, convaincant avec des productions efficaces et légères laissant de marbre les moins novices, et à mettre au même niveau que les plus grands beatmakers californiens. Cerise sur le gâteau
l'album est disponible gratuitement ici.
par Pneu Rouillé
Sortie : octobre 2011
Label : Hibernate
Genre : Drone, Ambient, Abstract
Note : 8/10
Les observateurs de la scène drone/ambient commencent à savoir qui est Spheruleus. De son vrai nom Harry Towell, il participe à l'exposition de cette scène en dirigeant l'excellent netlabel Audiogourmet. Il a sorti ces deux dernières années un nombre conséquent de travaux, dont certains avec un artiste bien représenté dans nos lignes : Pleq. Il fallait bien qu'un label exigeant et pointu décide un jour de publier un de ces albums. Hibernate est une référence britannique, touchant aussi bien au drone qu'au post-rock en passant par les compositions électro-acoustiques. Citons parmi les pensionnaires de cet excellente maison : Field Rotation, Offthesky, Wil Bolton ou Talvihorros. Le label ne néglige jamais la qualité de ses packagings. Ses séries de postcards et de 3" sont aussi tout à fait remarquables. Voyage est déjà sorti il y a quelques mois, mais mérite bien qu'on s'y attarde.
Ce Voyage illustre en musique le dernier périple d'un bateau. Ni paquebot ni coque de noix, on ne connaît pas ce qui a provoqué l'avarie ce navire anonyme. Pas de sémaphore, pas de radio pour implorer une quelconque assistance. Le vaisseau des mers connaît l'issue de son funeste destin. Le capitaine s'est jeté à la mer, juste après que le gouvernail n'éclate, ne souhaitant pas assister à la progressive désintégration de son embarcation.
C'est sur une mer d'huile que ce dernier voyage se déroule. Avec l'infinie immensité pour seul compagne. Aucune tempête ni même une hypothétique corne de brume ne viendra bouleverser cette ultime épopée. Il y a bien comme une sensation lente de roulis. La lanterne muette tangue de bord en bords en attendant la salvatrice ultime embardée. La coque, percée en son coeur, laissera s'engouffrer l'invincible liquide. Le mat a partiellement rompu, et flirte désormais avec l'écume. On croirait même entendre, lors de Liquid Rust, des spectres envahir les abords des voiles déchirées pour mieux tracer la trajectoire vers un idyllique cimetière maritime. Car le navire ne connaîtra jamais le repos des profondeurs éternelles. Il viendra s'échouer sur les côtes d'une péninsule déserte, où son bois poreux tentera de fertiliser les récifs.
Les amateurs de ce glorieux genre de musiques trouveront peut-être en Voyage un certain classicisme et une évolution plus que lente. Mais c'est définitivement toute la force du concept. Ce voyage dont on devine la triste fin à la vue du splendide artwork, se vie plus qu'il ne s'écoute. Ses échos et les ondes qu'il dégage envahissent plus qu'agréablement. Allongé, les yeux fermés et accompagné d'une tasse de thé. C'est ainsi que l'oeuvre offrira ses trésors et s'impliquera plus fortement sur l'émotion et le ressenti. Ponctué à deux reprises (Clouds Swarm et le sublime She Sinks) par le piano du russe Alex Tiuniaev, Voyage est bien l'oeuvre d'un musicien (multi-instrumentiste) de talent, bien loin des travaux drone froids qui pullulent dans les ornières de la redondance.
Il est sans doute question ici de l'oeuvre la plus aboutie de Spheruleus. Un matériel d'écoute digne de ce nom ainsi qu'un "imaginaire" bien développé sont indispensables pour en saisir toute la substance. Même si il est réservé à un public ouvert et averti, cet album est bel et bien un des efforts les plus remarquables de cette année passée. Nous pouvons d'ores et déjà vous annoncer que nous allons suivre cette année avec la plus grande attention les sorties venues de chez Hibernate. Pour ce qui est de Spheruleus, nous vous invitons à a parcourir le catalogue d'Audio Gourmet. Notre cher Pingouin Anonyme, livrera très bientôt la chronique de la collaboration entre Pleq et lui : A Silent Swaying Breath.
par Ed Loxapac
Sortie : 16 janvier 2012
Label : Smalltown Supersound
Genre : Nu-disco, house
Note : 7,5/10
Ce n’est pas parce que l’on pas encore parlé de Todd Terje sur Chroniques Electroniques qu’on ne garde pas un œil sur le
norvégien et sur ses récentes sorties dûment acclamées. L’excellent EP Ragysh, sorti en 2011, n’avait pas trouvé place dans nos lignes alors que cela aurait pourtant été largement
mérité. Un morceau de la trempe de Snooze 4 Love, c’est du petit lait. 2011 aura d’ailleurs vu l’explosion de Todd Terje, son style nu-disco typiquement scandinave ayant enfin trouvé son
public. On aura d’ailleurs pu constater, lors des dernières Transmusicales de Rennes (ici), à quel point un set du mec est chargé d’une folle intensité sexuelle.
It’s The Arps est le dernier EP en date de Terje. Entièrement composé à partir du synthé des 70’s, l’Arp 2600, ce format court n’est pourtant pas l’hommage vintage
redouté. Loin de là.
Todd Terje a la particularité d’offrir des morceaux échappant aux carcans d’une rythmique 4*4 frontale. Il préfère nous narrer des histoires plutôt que de s’enliser dans des constructions
prémachées. Ainsi, en à peine 4 morceaux, on pénètre dans un univers lumineux, flirtant parfois avec le kitsch, mais réussissant à ne jamais franchir la frontière du mauvais goût. C’est autant
prenant qu’euphorisant, ça donne envie de pousser les meubles et de danser avec un sourire béat aux lèvres. C’est le remède le plus efficace possible à l’hiver.
Inspector Norse donne dans la nu-disco ludique et groovy. Le morceau fait monter la pression avant un finish orgasmique. Swing Star (pt.1) offre une progression imparable, un
décollage dans l’espace brillamment mené et reposant sur une boite à rythme cheap au possible. Une fois l’ambiance posé, il ne reste plus qu’à Swing Star (pt.2) de dérouler son ambiance
d’after désincarnée.
It’s The Arps est un EP scintillant, une parenthèse d’un rare optimisme. Todd Terje n’en finit plus de poursuivre son ascension amplement méritée.
par B2B
Sortie : janvier 2012
Label : Warp
Genre : IDM, Experimental
Note : 8/10
Juste avant l'avènement de la révolution islamique d'Iran, la jeune Leila Arab paye cher les liens qui unissent sa famille au dernier Shah. Son exil britannique va la convertir définitivement à une autre révolution : celle que connaît la musique électronique. Remarquée pour ses talents de Dj, c'est pourtant auprès de Bjork (elle joua des claviers sur les premiers albums de l'islandaise) qu'elle va trouver en premier lieu la reconnaissance de son grand talent. La naine hurlante lui présentera plus tard un certain Aphex Twin. C'est le début d'une longue complicité qui acouchera d'un album brillant et surprenant pour l'époque : Like Weather, sur Rephlex. Que ceux qui ne furent pas parcourus de frissons lors de l'introduction vocale du ténébreux Luca Santucci sur Something se mettent à bouffer du gravier.
Le très lynchien Courtesy Of Choice paraîtra en 2000 sur le label XL Recordings. Encore aujourd'hui, le choix de ce label pour un tel disque demeure difficilement compréhensible. Lassée du music buseness et en perte d'inspiration après la mort de ses deux parents, Leila se tiendra éloignée des charts jusqu'en 2008, année où sort le somptueux Blood, Looms and Blooms, belle oeuvre de pop synthétique moderne qui rassemblera des vocalistes comme Martina Topley-Bird (ex-Tricky), Terry Hall (ex-The Specials) ou encore sa soeur Roya (qui posa sa voix sur Londinium, unique chef d'oeuvre d'Archive). Leila a un caractère bien trempé. Certains disent même qu'elle est ingérable. Ceux qui ont assisté à sa performance au Festival Factory il y a quelques années se souviennent forcément de la soufflante qu'elle infligea à Terry Hall lorsqu'il se manqua sur Time To Blow. Il a d'ailleurs dû remballé sa fierté et recommencer sa partie. Un peu plus tard, on remarqua de grossiers gestes d'agacement à l'endroit de ses machines mais surtout de l'ingénieur du son.
Pourtant, la jeune fille au vélo est encore plus exigeante envers elle même que vis à vis de ses collaborateurs, refusant de sortir des disques peu élaborés. C'est donc cette fois-ci avec Mt. Sims, chanteur, compositeur et compère de The Knife qu'elle a composé ce quatrième album, simplement baptisé U & I. L'album sort aujourd'hui, chez Warp, la critique est à l'affût.
Le dossier de presse dit que l'auteur de Ultrasex et Leila se sont rencontrés en 2006 lors d'une soirée costumée. Monsieur s'était grimé en unité centrale et s'est présenté comme un fan. Des vestiges de cette rencontre du hasard transpirent sur l'artwork mais surtout sur la carte mère de cet album. Car au delà du traitement très haché et définitivement industriel du beat, il règne sur Activate I, All Of This, Welcome To Your Life et surtout Colony Collapse Disorder des parfums de pogroms viraux et numériques dans les circuits. Une atmosphère froide et malsaine, digne d'une backroom pour geek sadomasochistes. Voilà qui donne envie hein, bande de coquins.
Si cet album a bien été écrit à quatre mains, les deux artistes n'ont pas renié leurs univers propres. Ils interviennent en périphérie, mais en complémentarité, au service du concept. Mt Sims aime bien ce genre de projets de toute façon. Son chant robotique ou son spoken word nonchalant se marie très bien avec ce magma numérique et ses écorchures digitales. L'exemple le plus digne est probablement le tubesque, et choisi en premier extrait (Disapointted Cloud) Anyway. Leila rappelle quand à elle sur le court (peut-être trop) Interlace qu'elle fut ingénieur du son et qu'elle affectionne particulièrement les improvisations et la spontanéité que lui offrent ses machines.
Pourtant, c'est sans le geek ultrasexué que la princesse Leila va offrir le plus beau et le plus vénéneux joyau de cet opus. Tout en grooves vicieux, en basses abyssales et en claviers Rephlexiens, Boudica agit comme un scalpel sur les synapses et provoque des convulsions irréversibles de la nuque. Il y a de la violence à revendre chez l'iranienne, même si elle n'en dévoile que trop rarement les preuves depuis ses premiers amours de rave.
Quelques mots à propos du songwriting, mystérieux et ambigu, à l'image de Mount Sims. Voici qui ne fera pas chavirer les hipsters et les weirdos férus de tropicalisme mais ça a franchement le mérite de susciter l'émotion et la curiosité. Malgré cette grande froideur et ce léger soupçon d'hermétisme, Leila ravive néanmoins le sens mélodique de la texture enfantine dont elle a le secret, comme sur Eight ou In Motion Slow. C'est probablement ça U & I, un album à la croisée des chemins entre l'humain et la machine.
Dépassant son simple concept, ce nouvel album est une véritable réussite. Il est peut-être un peu trop abrupt et rugueux pour ceux qui voudraient poser un premier pied dans l'univers de Leila. Ceux qui l'observent et l'encensent depuis ses débuts seront surpris mais adhéreront facilement. Sa philosophie du "vivons mieux, vivons cachés" réussit plutôt bien à sa musique. Elle qu'on accusait de ne pas se renouveler à l'époque de Courtesy of Choice a démontré que le grand écart ne lui faisait pas peur. Ce dernier est aux antipodes du précédent mais est maculé du même talent et de la même intelligence. Warp peut définitivement compter sur les vaches sacrées de l'IDM pour maintenir un tant soit peu l'attention des auditeurs les plus exigeants.
par Ed Loxapac
Sortie : 20 Janvier 2012
Label : Monkey Moods
Genre : Glitch-hop, 8-bit, bleep, électronica
Note : 7/10
C’est par l’entremise d’un concert au Cri de la Mouette à Toulouse en 2006 que j’ai pris une remarquable claque. Il ne s’agit pas seulement de musique stricto sensu mais plutôt
de la décharge que peut parfois (trop rarement d’ailleurs) imposer un concert à un organisme. 9th Cloud m’avait alors cloué sur place avec son live
électronica, son apparente humilité et le fait de tout donner alors qu’il n’y avait pas plus de 9 personnes à ce concert. Ce genre de moment, ça vous marque durablement.
A l’époque, 9th Cloud sortait Delicate Sound, son deuxième album. Bien que n’étant pas exempt de défauts, je l’écoute encore régulièrement. Et là, je reçois un nouvel EP du bonhomme,
43 Sunsets, alors que je pensais qu’il s’était définitivement éloigné de ses escapades solitaires pour mieux se concentrer sur son duo Half A Rainbow, formé avec
Vompleud.
9th Cloud a évolué, son hip-hop-électronica sage et planant s’est désormais transformé en glitch-hop bleepé malaxant les neurones telle une bourrasque de Free The Robots. 43
Sunsets déploie 10000 idées en à peine 5 morceaux pour 20 minutes et autant dire que le père 9th Cloud en a des choses à nous narrer. Tout va vite, très vite, parfois trop vite d’ailleurs.
Le morceau éponyme est de loin la plus grande réussite de ce court format. Cette micro-odyssée n’en finit plus de s’imposer, de bouffer tout l’espace sonore. La rythmique syncopée et les bouffées
de bleeps ne sont qu’un principe. On devine derrière un travail minutieux des textures sonores. Car là où la musique 8-bits se révèle épuisante dans ses errances aigües, 9th Cloud a la malice de
proposer une ossature plus sombre. Ainsi, potentiellement, un titre du niveau de You’ll Do The Day aurait du m’exaspérer en moins de 30 secondes alors que non, que dalle, puisque les
idées fourmillent, les sonorités sont modulées et alors même que tout semble partir en vrille, il maintient avec fermeté son édifice.
Bien que manquant tout de même d’originalité, 9th Cloud évite de tomber dans l’exercice technique superfétatoire et l’étalage de styles vain. 43 Sunsets se révèle être maîtrisé et
réussi. 9th Cloud demeure un artiste français injustement méconnu et c’est fort regrettable.
par B2B
Sortie : décembre 2011
Label : Ultimae
Genre : Ambient, Downtempo
Note : 9/10
Avec neuf albums parus chez Ultimae, le multi-instrumentiste suédois Magnus Birgersson est un des piliers de la maison lyonnaise. Ajoutons à cela les sorties de sa collaboration avec Aes Dana pour le projet H.U.V.A Network. Solar Fields est probablement un des artistes qui pousse le concept de M.A.O le plus en avant. Son studio, ou plutôt sa station, se nomme Studio Jupiter. Et pour avoir vu quelques photos de l'endroit, je dois avouer n'avoir jamais vu un tel arsenal technologique. Voilà qui aide légèrement à produire un son unique. Pourtant, on est même plus surpris par la sortie d'un nouvel album du scandinave. C'est devenu presque un acquis annuel. Sans être dénuées de tout intérêt, ses dernières sorties m'avaient un peu laissé sur ma faim. Jetons donc une oreille au dernier né.
Inutile de le rappeler, Solar Fields a le matériel pour planter des décors aux potentiels immersifs importants. Il a pour habitude de laisser ses strates sonores progresser paisiblement, pour ensuite mieux délayer ses tableaux mouvants. Until We Meet The Sky ne déroge pas à cette classique application. On retrouve ce sentiment de plénitude et de communion solennelle avec les éléments. Dés les premières minutes de From The Next End, nous voilà transportés face à un bijou de l'aéronautique. La rampe de lancement du phallus spatial n'attend qu'un seul passager. L'auditeur. C'est pourtant vers des zones tout à fait organiques que s'avance notre périple. Vers de verts pâturages et des eaux cristallines. La contemplation et la volupté sont de mise jusqu'à After Midnight, They Speak.
En bon observateur de l'environnement, le suédois sait que Dame Nature est fragile et que ses dérèglements sont imprévisibles. Les batteries font donc leur divine apparition dès When The Worlds Collide, où le ciel semble s'assombrir à mesure que le beat se glitche. Même sensations à la fin du sublime Dialogue With A River, ou tout d'un coup les eaux pures entament une inaltérable mutation.
A en croire les supports vidéos associés à ses lives, on peut supposer que malgré son souci de la sauvegarde de l'environnement, le sieur Magnus est probablement également intéressé par l'architecture et l'urbanisme. Pas d'étonnement donc quand, lancés comme un papillon exotique perdu dans un désert d'asphalte, nous assistons à l'étrange et inexorable ballet des voix rapides d'une mégalopole anonyme (Night Traffic City).
Mais voilà, même si les pauvres mortels que nous sommes l'en avions toujours su capable, Solar Fields parvient en fin d'album à pousser à son paroxysme sa démarche divine de spatialisation du son. Les oscillations de la puissance et de l'intensité ont quelque chose de littéralement bouleversant. Last Step In Vacuum et Until We Meet The Sky (et ses sublimes guitares qui se tendent comme un cheval se cabre) sont les idéals passeports pour qui veut se convertir à la haute fidélité. Il est inutile d'en dire plus. C'est sans aucun doute cela, le mastering parfait.
Ultimae a été sage en 2011 concernant son nombre de sorties. Si Perimeters d'Aes Dana (ici) et la compilation Ambrosia (ici) nous avait déjà pleinement convaincus, ce nouvel album de Solar Fields touche au sacré (probablement son meilleur). A force de vouloir rencontrer le ciel, on pourrait même y voir se dévoiler le visage de Dieu.
par Ed Loxapac
Sortie : novembre 2011
Label : Mille Plateaux Organics
Genre : B.O d'un film inexistant
Note : 8/10
Certains défricheurs connaissaient déjà Ross Mc Lean sous son pseudonyme de Mawglee, à l'époque où il sévissait sur le label de Brighton Tru Toughts. C'est lui qui se cache derrière ce nouveau projet : The Lawless. Voilà une occasion pour la crémerie allemande Mille Plateaux de donner naissance à une énième sous-division, simplement nommée Mille Plateaux Organic. Marcus Gabler (le boss), dit que c'est une des oeuvres les plus surprenantes et passionnantes qu'il ai sorti. Tentons donc de voir si le ramage est à la hauteur du plumage de cet oiseau de bonne augure.
Électronique ? Modern Classical ? Folk ? Il est impossible d'étiqueter cet album d'un genre bien précis. Ou alors il faut accepter de tous les lui conférer. Au delà de la considérable somme d'instruments naturels qu'il contient, la véritable force de Habit Forming est de parvenir à narrer les tribulations de personnages aussi improbables que les paysages vers lesquels l'auditeur est transporté. Ceux qui penseront voir des hobbits courir derrière une diligence en plein milieu du Sahara ne sont pas fous. Rassurons les donc. Les superbes mélodies de cet opus renvoient aussi bien au western, aux aventures de Don Quichotte qu'aux intrigues en costumes des cours royales.
Habit Forming, ou comment transposer un saloon fleurant bon le pubis et le whisky bon marché à Versailles. The Lawless, ou l'incongrue rencontre entre Serge Gainsbourg et Ennio Morricone.
Il est rare qu'un producteur électronique n'étale autant de talents d'orchestrations sans excéder dans la surcharge. Rien ne dépasse malgré la richesse et la luxuriance. Même les quelques accents kitsch de Italian Type et son accordéon (oui oui) ne parviendront pas à ôter le sourire surpris qu'arbore notre visage.
Les cordes sautillent tandis que les murmures de Shona Foster et de Fifi Dewey virevoltent comme des feuilles mortes libres dans le vent. L'utilisation des crins et des cordes (surtout les guitares) est admirable mais la vraie surprise survient lors du constat de l'apport des cuivres (trombone, tuba, trompette), administrant une dimension onirique à un scénario déjà bien captivant. Les titres New Habits, Lines Upon Lines, Neon Dunes et The Bridge (il porte définitivement bien son nom celui-là) ont donc logiquement ma préférence.
Ceux qui avaient eu le bon goût et la bonne idée d'adorer Felt Mountain des aujourd'ui en inexorable errance Goldfrapp retrouveront peut-être ici certaines inexplicables ressemblances. Mais le film ou les tableaux proposés ici en musique n'existent pas. Du moins pas encore. Chacun peut donc y aller de sa palette de couleurs ou de son story board et ainsi vivre sa propre représentation. Ceux qui manquent d'imagination peuvent se contenter de la force et de la beauté intrinsèque de la musique. Y aussi bien moyen.
Effectivement la surprise est à la hauteur du sentiment de conquête à l'écoute de ce superbe album. Les chemins de la diversification entamés du côté de chez Mille Plateaux peuvent peut-être annoncer de jolies promesses. L'intemporel Habit Forming n'est lui pas prêt de quitter les abords de ma platine. Un des trucs les plus attachant que j'ai eu la chance d'écouter depuis longtemps. Même si des extraits ou une écoute intégrale en streaming est aisément trouvable, je ne peux que vous conseiller de l'acquérir dans sa version charnelle. Il le mérite largement.
par Ed Loxapac
Sortie : 12 janvier 2011
Label : Ici D'ailleurs
Genre : Expérimental, Dark Folk
Note : 9/10
Matt Elliott est peut-être le musicien le plus désespéré de cette génération. Originaire de Bristol, cerveau de The Third Eye Foundation depuis le milieu des années 90's, l'homme a développé avec son groupe une forme musicale qui élève des ponts entre la drum'n'bass, le noise, les orchestrations néo-classiques et les influences de musiques traditionnelles. Revenir sur l'histoire de la formation comme sur la carrière musicale de son leader serait trop long. Contentons nous de dire que The Third Eye Foundation est un immense groupe. The Dark, son infiniment dévasté et dernier album date de 2010 (chronique ici).
Seulement voilà, au début des années 2000, Matt Elliott s'est découvert des ascendances slaves et a quitté Bristol pour le Sud de la France. Deux faits qui pourraient en apparence être déconnectés mais qui ont eu une portée fondamentale sur l'évolution de sa musique. Seul - bien qu'accompagné entre autres de Chris Cole (Manyfingers) - abandonnant presque entièrement la dimension électronique, Elliott se met à composer des folk songs dont la moelle épinière devient sa voix et sa guitare. The Mess We Made est son chef-d'oeuvre, prodige absolu dans lequel toute âme mélomane et ne craignant pas la détresse se doit de s'être perdue. Drinking Songs, Falling Songs et Howling Songs ont suivi, tous sur le label français Ici D'ailleurs. C'est au tour de The Broken Man.
Dans la trilogie dark folk que contait ces trois précédents opus, le dernier, Howling Songs marquait un renouveau vocal. Les chorus, qui auréolaient sa voix d'épaisseurs spectrales avaient disparu, la révélant dans toute sa chaleur. C'est la guitare aujourd'hui, qui est le lieu du bouleversement. Il est lisible sur le web qui pullule d'éloges que son immersion dans la world music lui sied. Que ce terme est laid et tellement vide de sens pour qualifier la variation dont le jeu de son instrument fait l'objet. C'est de l'esprit de la guitare espagnole dont se sont imprégnées ses cordes, celui des accords fous et poignants de la musique andalouse. Bien que jamais, encore une fois, ses influences ne soient réductibles à une seule. Quelle ne fut pas la surprise lorsqu'à la première écoute de How We Fell s'élève une mélodie sensuelle et sombre, sur fond de bruits de clochers, aux couleurs de poussière ardente et aux odeurs d'olives et de javel des petits bourgs hispaniques. C'est alors que naît sa voix, chaude et vibrante, au creux d'un arpège. Il n'est pas humain d'avoir un timbre à tant vous arracher de larmes. Alors que les couches se densifient, que l'intensité s'enfle et que – enfin – des choeurs fantomatiques jaillissent en tourbillonnant, l'auditeur (fanatique?) soupire en se disant que Matt est malgré tout, resté un peu le même. Et qu'il ne va pas mieux. Son mal-être furibond, ses névroses magnifiques se fondent au coeur de son chant. La noirceur et la beauté pétrifiante dans lesquelles baignent ses sons vous gagnent comme le venin empoisonne le sang. C'est le poids de la tristesse du monde qui vous recouvre à l'écoute de Dust Flesh And Bones, pièce maîtresse et diamant noir qui serti The Broken Man. « This is how it feels to be alone. Just like we'll die alone ». Des sentiments les plus virulents, c'est la douleur de la perte que Matt crache, avec du miel dans la gorge, à la face de tous, lui qui menace de poignarder au visage tous ceux qui lui stipuleront qu'il vaut mieux aimer et perdre que de ne pas aimer du tout. De la l'apathie muette et permanente jusqu'à l'horizon indéfini du désespoir, tout de l'anéantissement de celui qui a perdu y est dépeint. Le piano, fugace et si vengeur, de If Anyone Tells Me..., le vide total, l'absence de rythme qui l'habitent et son errance houleuse de 13 minutes, en font une des plus sublimes pièces entendue depuis... longtemps.
Les fans auront dû avoir la tête plongée à l'intérieur depuis un mois. Car « music has no price but it has value, Mp3's have a price but no value », Matt Elliott avait mis son album en vente digitale pour 2 euros, depuis le 24 novembre. The Broken Man est sorti officiellement hier. Il est grand temps pour tous de se réveiller, allègres et conscients de leurs risques et périls. Ne restera alors que poussière, chair et os.
Sortie : Mai 2011
Label : Modern Love
Genre : Dub-house mutante
Note : 7/10
Passed Me By est un trou noir aspirant toute forme de matière. Vous voilà profondément attiré par ce néant. Le point de non-retour est sèchement atteint. Vous faites alors face à un magma sonore aux pulsations cardiaques étouffantes. Cette masse volubile indéchiffrable est un soleil noir autant angoissant qu’apaisant. Car la force de la musique d’Andy Stott se trouve là, dans cette impression que tout demeure fragile, que le temps s’efface pour laisser libre cours à la propagation des basses. S’en est tout simplement fascinant.
On pense alors au dubstep claustrophobique de Shackleton, au dub chirurgical de la clique d’Echocord, aux incantations chamaniques de Demdike Stare (tiens, Andy Stott est sur le même label, Modern Love). Il faut bien avouer qu’avec de telles références, Andy Stott se devait d’assurer. Et c’est globalement le cas même si l’album se révèle trop court et sans doute trop léger. On passera aussi sur les éloges de la presse autour de cet album. Oui, Passed Me By est un "bon" album... mais ça s'arrête là (il y a eu, au bas mot, une bonne trentaine de LP plus intéressant dans un registre vaguement expérimental en 2011). On aurait aimé plus de prises de risques, d’autant qu’un tel projet est justement taillé pour d’obscures audaces.
Non, parce que 7 morceaux pour 35 minutes, c’est bien trop court pour pouvoir totalement rentrer dans le trip narcotique. C’est d’autant plus frustrant qu’il n’y a rien à jeter dans cet ensemble caverneux même si je retiens principalement la focalisation sans concessions sur la rythmique de Dark Details et l’impression d’enfoncement inexorable dans les ténèbres d’Execution. Mais si je ne devais en garder qu’un, ce serait North To South avec sa lutte incessante entre une mélodie chancelante et de violentes taillades de serpe, le tout sous un maelström sonore enveloppant.
L’anglais Andy Stott reste relativement mystérieux, ne tentant pas de livrer les clés de son œuvre, laissant ainsi l’auditeur piégé par ses interrogations. Passed Me By est une entité impalpable, un objet sonore aux contours flous. Et, bien que s’inscrivant totalement dans la mouvance vaguement angoissante de nombres de productions actuelles, on se laisse prendre au jeu de cette house dubbée hypnotique qui regarde le monde en version monochrome, supprimant toute proposition d’un avenir optimiste, tout en refusant toute posture nihiliste. Vous êtes passif mais réceptif, il est uniquement question d’errance solitaire.
par B2B
Sortie : décembre 2011
Label : Pschent
Genre : Deep-house
Note : 5/10
Masomenos c’est cette entité ostensiblement mystérieuse distillant depuis quelques années une deep-house primaire mais sympathique. Derrière ces personnages de cartoons faussement psychédéliques se cachent les français Joan Costes et Adrien Maublanc. Bon, ne soyons pas dupes, il y a un travail marketing bien formaté derrière tout cela puisque nos deux compères ont carrément pignon sur rue via une boutique dans les beaux quartiers parisiens. Perso, j’en ai strictement rien à foutre et je ne suis pas là pour vilipender telle ou telle pratique commerciale, ce qui m’intéresse uniquement c’est le dernier album en date du duo : Technocolor.
Mais pourquoi parler de cet album alors que l'on peut trouver bien mieux actuellement ? Pour la simple et bonne raison que de temps en temps, une deep-house linéaire ne peut pas faire de mal et aussi et surtout parce qu’à ce petit jeu, Masomenos ne démérite pas tant que ça. Ok, faire de la deep-house au kilomètre c’est facile mais ce n’est pas pour autant que la magie opère et là, justement, ça fonctionne plutôt pas mal (bon, je dois aussi avouer que je peux parfois être bon public).
Technocolor compile les derniers maxis du groupe qui sont sortis courant 2011. La bonne idée de cette « compilation » est d’avoir structurer le tout sous la forme d’un mix. Le résultat est imparable et vous donnera sans nul doute envie de bouger votre cul. Joan et Adrien ne sont pas nées de la dernière pluie, ils connaissent parfaitement les arcanes du métier. Si on peut les voir sur autant de festivals et de scènes, ce n’est pas pour rien. Les bougres savent comment manier une foule, comment la contrôler, comment lui donner sa petite dose d’extase. La deep-house de Technocolor est langoureuse à souhait et suffisamment futée pour vous tenir en haleine. Comme quoi, il suffit parfois de quelques ingrédients roboratifs pour maintenir la cadence.
Parce qu’il est pourtant clair que Technocolor est un album totalement calibré pour les clubs et qu’en dehors d’une écoute destinée à danser, il n’a aucun intérêt. Tout a beau bien sonner, il n’en demeure pas moins qu’on en saisit rapidement les limites techniques et la redondance. Et ce n’est pas parce qu’il y a une tripotée de featurings (Pier Bucci, dOP,…) qu’on me fera prendre des lanternes pour des vessies. Masomenos c’est de la deep-house jolie et inoffensive, ça vous passe entre les oreilles sans même que vous vous en aperceviez.
Technocolor n’a pas vocation de vous surprendre par sa classe. Masomenos poursuit seulement son chemin, le long d’une autoroute bien tracée. Il n’en demeure pas moins que parfois, un peu de prévisibilité ne peut pas faire de mal. Ce disque possède au moins l’avantage de vous faire danser pendant 1 heure sans vous prendre pour un con et ça, c’est déjà pas mal.
par B2B
Sortie : septembre 2011
Label : Noble
Genre : Deep-techno mélancolique
Note : 6,5/10
Velveljin est un duo japonais installé à Paris. Yohei Yamakado et Mana Haraguchi ont sorti un premier album, autoproduit, l’an dernier. A part ça, on ne sait pas grand-chose étant donné la relative confidentialité du projet. Quelques lives dans des galleries d’art et basta.
Nostalghia est un album de deep-techno taillé pour l’hiver. On va de suite évincer la référence explicite à Tarkovski, dont Nostalghia emprunte le nom d’un film, pour se concentrer uniquement sur la musique. Ce LP est plutôt emmerdant pour la simple et bonne raison qu’il se révèle autant attachant que superficiel. Il ne suffit pas de vouloir faire du Pantha du Prince pour nécessairement arriver à créer des comptines mélancoliques de qualités. L’enrobage de Nostalghia est un trompe l’œil. C’est beau, ça donne envie de chialer en prenant son voisin dans les bras ou de se lover sous sa couette en écoutant la pluie tomber,… Ok, ok, c’est de la deep-techno pour les danseurs solitaires et romantiques.
Mais est-ce suffisant pour marquer les esprits ? Pas vraiment. Il manque à Velveljin la science des constructions poétiques, la fragilité d’une puissance contenue, la mise en place d’orchestrations instables. Nostalghia reste trop lisse, trop propre. Les petits sons cristallins et les clochettes de Straub n’arrivent pas à provoquer l’émoi suffisant. On aurait envie que cet album puisse sublimer le présent mais il ne fait que l’effleurer, nous laissant seul, un peu couillon. Alors soit le duo voulait seulement nous offrir une porte d’entrée vers des songes spleenien et dans ce cas, c’est réussi, soit il voulait nous offrir un voyage totale et pour le coup, on reste à la porte d’embarquement. J’aurai tout de même tendance à opter pour le premier choix quand, à l’écoute de Xoanon, je me dis que non, décidément, les trips Natures & Découvertes c’est frelatés. Mais en même temps, un titre comme Nostalghia arrive à faire jaillir quelques larmes avec son final crève-cœur. Emmerdant je vous dis.
C’est donc le cul entre deux chaises que nous laisse Velveljin avec ce Nostalghia riche en promesses. Il n’en demeure pas moins que cet album saura parfaitement s’adapter à l’hiver qui débute et arrivera sans aucun doute à en émouvoir certains. Pour les autres, on va se contenter d’attendre le prochain album car on sent que Velveljin est capable de nous sortir un album de techno mélancolique digne de ce nom.
par B2B