Partager l'article ! Air - Le voyage dans la lune: Sortie : 6 Février 2012 Label : EMI Genre : Electronica No ...
Sortie : 6 Février 2012
Label : EMI
Genre : Electronica
Note : 7,5/10
Ce n’est pas le fait que Air fasse dans l’électronica-pop un poil trop naïve qui m’énerve, c’est surtout parce que depuis 2001, le groupe n’a rien sorti d’intéressant car s’enfermant dans des schémas bien trop pantouflards. Soyons réaliste, hormis Moon Safari, la B.O. de Virgin Suicides et 10000Hz Legend, le reste n’est que broutilles et pacotilles. Alors, quand les versaillais se sont vu offrir de réinterpréter la bande originale du monument de George Méliès, « Le voyage dans la lune », j’ai, de prime abord, flippé. Comment réussir à réinventer la musique d’un film vieux de plus de 100 ans ? Comment éviter tous les écueils possibles (de l’hommage plombant à la relecture diffamatoire) ? Le pari est pour ainsi dire impossible. En effet, Air ne s’attaque pas seulement au patrimoine cinématographique mais touche aussi ici au premier film faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
Au lieu de me précipiter sur l’album, j’ai préféré prendre le projet par le bon bout de la lorgnette, en regardant d'abord cette fameuse version colorisée du film. Il faut bien comprendre qu’initialement, le père Méliès avait en tête son film en couleur. Ce n’est qu’après avoir retrouvé récemment les bandes colorisées et les avoir retravaillées pendant plus de 8 ans qu’on a enfin pu faire renaître dignement ce chef d’œuvre. Les 15 minutes du « Voyage dans la lune » prennent alors une dimension psychédélique indéniable et deviennent une sorte de trip surréaliste avant l’heure. Air en profite pour électriser l’ensemble, se permet des envolées à la limite de l’expérimentale. Il faut appréhender le travail des versaillais comme un tout indissociable. Et je dois bien avouer que le résultat est à la hauteur des espérances.
Mais le groupe ne s’arrête pas là puisque Le voyage dans la lune sort en version album. Même si l’album est court (une trentaine de minutes), il dure tout de même deux fois plus longtemps que le film. Etrange. Oui, d’autant plus que Air y inclue de nombreux morceaux ne figurant pas dans le film et en éjecte d’autres. Exit donc les tentatives d’abstractions et c’est bien dommage. Le voyage dans la lune devient ainsi un album « classique ». Malgré cela, le résultat est loin d’être indigne. Mieux, il s’agit sans aucun doute du meilleur album du groupe depuis 2001.
Air revient à son électronica-pop évidente, se basant sur la simplicité des mélodies et sur des instrumentations vintages (à bases de claviers 70’s notamment). Du très réussi Seven Stars avec son décollage en forme de compte à rebours, à Parade empruntant à l’univers des jeux vidéo, en passant par Moon Fever puisant son inspiration du côté du Japon, Le Voyage dans la lune surprend par son côté ouvertement électrique et contemporain. Air s’est émancipé avec intelligence du film de Méliès tout en respectant le travail du maître. L’aspect souvent aérien des compositions y jouant ainsi pour beaucoup. On fait face à une musique absolument pas nostalgique et on peut très bien écouter cet album sans une seule seconde penser à l’œuvre inaugurale. C’est là que Air réussit totalement son pari, dans sa relecture autant personnelle que général, faisant du Voyage dans la lune une B.O. autant qu'un album indépendant. Le pari était difficile, le groupe s’en sort avec les honneurs.
Il aura fallu attendre 10 ans pour qu’Air sorte enfin un nouvel album digne de ce nom. Situation paradoxale : c’est en imposant un cahier des charges au groupe que ce dernier a enfin pu retrouver son inspiration.
par B2B