Sortie : Février 2012
Label : Self-release
Genre : Abstract Hip-hop, Rap
Note : 7,5/10
Portsmouth abrite les cinq membres de Swampglow. Leur quatrième et ultime délire sort ce mois-ci. Cette chronique est écrite la
larme à l’œil, le cœur engourdi, à l'heure où le slogan « Le Hip-hop est mort » sert de propagande à l'Electro s’affirmant comme son successeur. Cependant, certains rappeurs continuent
à créer leur propre concept, dans des œuvres au montage cinématographique. Le rap est toujours à son apogée qualitatif avec ce genre de procédé. Il suffit de prendre toute l’œuvre de MF
DOOM, Anticon, ou récemment les novateurs d'Odd Future, pour voir que l’appellation Abstract Hip-hop est souvent liée à une forme de Rap concept
scénarisé. L'album du groupe anglais en question a pour racines une thématique autour des jeux-vidéo.
« We must teach children the difference beetween the virtual world and the real world ! » telle est la problématique fournie dès les premières secondes, se moquant
clairement des médias et de la perception même de tout l'univers geek, qui tentera d'être complétée avec dérision tout au long de l'album. Certains beats possèdent des sonorités 8 bit, sans
tomber dans le Hip-hop chiptune bien trop souvent exaspérant. Les plus anglophones apprécieront d'avantages l'absurde et l'humour des paroles de Swampglow, ainsi que les extraits audio conférant
comme toujours des entractes jouissifs scénarisant l'album d'un bout à l'autre. Un beatbox modeste et amusant ponctue quelques transitions de l'album. Jill valentine lay half naked in a large
puddle, awaiting death possède un sample classique, d'une efficacité redoutable et dont la maîtrise soulage : ils ne font pas n'importe quoi avec la musique à casquette. Une sensation
de légère variation autour du Hip-hop flotte tout au long de l'écoute, et l'univers dense et fascinant dissimule les moyens du groupes derrière une véritable singularité créative. Le flow de nos
compères s'inscrit dans la lignée du décalage de Radioinactive, Busdriver et Dose One, figures de proue de cette façon de rapper. Le si bel
accent anglais épice le tout similairement au timbre de voix de Scroobius Pip, ayant déjà surfé sur un style similaire. Nous avons affaire à plusieurs personnages, à barbes
longues et aux vêtements trop petits, skateurs et cinéphiles, à encore parler de la sortie de L'Empire contre-attaque à 40 piges comme si c'était hier. Les références sont nombreuses et
l'album a le mérite de s'écouter plusieurs fois avec plaisir. La génération Super Famicom trouvera chaussure à son pied dans helping you back to work. Avec des titres de morceaux aussi
décalés que deleting the doors on the sims et une cover aussi osée, votre second degré ne peut que être rassasié, dans un premier temps au moins.
Swampglow est un étalage de fruits divers et variés explorant tout l'exotisme du Hip-hop. Chaque morceau dévoile une trouvaille supplémentaire. Chaque auditeur trouvera un point positif et
négatif différent à l'album. L’œuvre est gratuite ici, ce qui est exceptionnel pour un album aussi
conséquent avec 20 morceaux de choix.
par Pneu Rouillé
Sortie : 13 février 2012
Label : Echocord
Genre : Dub-techno
Note : 6,5/10
Echocord ne nous a jamais totalement déçu. Depuis quelques années, le label enchaîne les sorties dub-techno de qualité. Mais on ne peut pas en dire autant de Fluxion car si le grec demeure une sommité dans le milieu, force est de constater que certaines de ses productions s’avèrent trop linéaires, à l’image de Perfused son précédent long format. Et justement, Traces, 6ème album en un peu plus de 10 ans, bien que réussissant à nous scotcher le temps de quelques morceaux, n’en demeure pas moins trop prévisible.
On a l’impression que le grec Konstantinos Soublis s’enferme dans un dub-techno trop formatée, que les prises de risques ne sont plus possibles. Pourtant, Fluxion a été éduqué à l’école Chain Reaction, sous label de Basic Channel (si je vous dis Maurizio, ça devrait vous mettre la puce à l’oreille). Le mec n’est donc pas un branleur, il sait de quoi il en retourne. D’ailleurs, s’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher à Traces, c’est son côté chirurgicale implacable. Tout y est clair, net et précis, de telle sorte que les sons semblent littéralement vous traverser le corps. Il n’y a pas à chier, la clique d’Echocord excelle dans le domaine de la masterisation. Traces n’est pas un album de dub-techno d’apparat, bien au contraire. Ici, tout est question de sobriété, de lancinance et de formes arrondies. Fluxion se focalise sur la basse, rien d’autre n’a d’importance.
Alors au début, on se prend au jeu, d’autant que l’album est bien foutu et joue la carte de l’immersion par la force d’une progression intelligente. Passé le vaporeux Motion 1, Fluxion se paie même le luxe de ressusciter Dennis Brown pour une version gonflée à la skunk de No Man is An Island. Mais malheureusement, on tient là la seule audace visible de l’album. S’en suit quelques morceaux plus frontaux, à la basse impressionnante, vous scotchant profondément. Et puis tout s’effrite sur la dernière partie du disque. La faute à une trop grande prévisibilité ? Sans doute. De Memba à Butiama, on s’ennuie devant trop de linéarité assumée. Le disque s’éternise alors (dépassant le seuil critique des 60 minutes, comme tout skeud de dub-techno l’exige) et on finit par s’échapper de cette atmosphère enfumée.
Ce disque fait penser à un voyage en train (ce n’est pas anodin si de nombreux clips dub-techno se servent de cette cadence métronomique). Au début, vous observez le paysage défiler sous vos yeux avec attention et puis, petit à petit, vos songes prennent le dessus et vous finissez par regarder sans regarder.
En même temps, et c’est paradoxale, Fluxion a tout de même réussi à nous anesthésier l’esprit et cela reste un exercice difficile. Il n’est pas aisé de maintenir l’auditeur dans une léthargie volontaire. Une solution existe donc pour profiter pleinement de cet album, il suffit de se limiter au 6 premiers morceaux. Ces 40 minutes suffiront largement à vous maintenir sous perfusion.
par B2B
Sortie : février 2012
Label : Bureau B
Genre : Electro-acoustic, Electronica, Ambient, Shoegaze
Note : 8/10
Musicien de renom, Ulrich Schnauss est un compositeur allemand qui s'est illustré par des oeuvres d'électronica éthérée, mêlant l'ambient et le shoegaze. Marqué par Cocteau Twins, Tangerine Dream et My Bloody Valentine, il commence sa carrière à milieu des années 90's sous des alias tels que View To The Future et Ethereal 77. Il est aujourd'hui à son cinquième album parus sous son vrai nom, parmi lesquels des bijoux impondérables de l'ordre de A Strangely Isolated Place, sorti sur le label City Centre Office. Mark Peters est l'une des deux têtes pensantes du groupe de dream pop shoegazée Engineers, qui compte nul autre que ledit Ulrich aux claviers. Ce dernier, après un album en collaboration avec Jonas Munk, invite Peters à la guitare et à la basse, pour un Underrated Silence très attendu, sorti chez l'hambourgeois Bureau B.
Cet album sonne comme une déclaration amoureuse à la nature, louant l'exaltation des sens que prodiguent les espaces vides et vastes, montagneux, végétaux et piquants. Il est en cela d'abord, infiniment romantique. Les premières incursions aux confins de Underrated Silence sont aussi déstabilisantes que l'odeur si fraîche de l'air lorsque l'on met plusieurs dizaines de kilomètres en soi et la ville. A titre de précision : je m'efforcerai de ne pas démultiplier dans cette chronique les métaphores botaniques, aériennes etc, probablement sans y parvenir.
Pures et hautement oxygénées, les orchestrations sont la clef de voute de l'équilibre que questionnent les deux musiciens, le temps de 54,5 minutes. Confèrent un sentiment d'urgence doucement euphorique, les cordes de Peters s'entremêlent aux stratifications mélodiques construites par son compère et les constelle de cendres chatoyantes. Les beats, ténus mais sophistiqués, semblent enrobés d'une gangue de givre. L'identité et la passionnante finesse d'Ulrich Schnauss n'est en rien voilée. Les qualités individuelles de chacun siéent admirablement à celles de l'autre. S'éloignant - un peu seulement - des tournures teintées de post-rock qui pouvaient caractériser les oeuvres de l'Allemand en solo, la musique des deux s'accorde sur des mélanges de compositions électro-acoustiques languissants, d'électronica et d'ambient charnel, teinté de nuances de pop sombre et avant-gardiste. Car les souffles qui hantent Underrated Silence ne correspondent en rien à de radieux alizés. Suggérant la mélancolie dans ce qu'elle a de plus vibrant, la douleur qui s'apaise pour l'instant d'après rejaillir, béante, mais aussi la douceur de sentiments plus humbles, le caractère émotionnel de l'album semble le premier fondement de sa nature romantique. Comment qualifier autrement l'introduction fleurant bon Boards Of Canada de Yesterday Didn't Exist, ses longues nappes absentes semées d'une grêle cristalline, et son évolution en complainte émaillée et crève-coeur ? Sans hasard, les morceaux qui m'épinglent le plus restent les plus noirs, bien que rien au sein de ce très beau disque ne semble intégralement désemparé. Les épanchements, pourtant plombés, du sublime Ekaterina se changent en lumineuse quiétude, une fois leur paroxysme atteint. Je demeure un brin moins sensible à une pièce telle que Rosen In Aspalt, qui m'évoque (argh) Beirut et consorts. Citons par ailleurs la grâce de l'intervention de Judith Beck sur Forgotten, son timbre de vestale désillusionnée et son jeu de guitare touchant et moelleux. Les mélodies d'Ulrich Schnauss et Mark Peters dégagent un je-ne-sais-quoi d'intemporel. Ainsi les dialogues instrumentaux des cordes et du piano de The Child Of The Pigeon le placent quelque part hors du temps.
S'il y a des silences sous-estimés, il y a des disques dans lesquels on ne se plongera pas assez. Ode aux espaces vides de nature humaine, Underrated Silence est un album fait de dédales organiques et d'émotions pures. La collaboration entre les deux musiciens a enfanté d'une très belle oeuvre, émouvante et recommandée.
par Manolito
Sortie : 14 Février 2012
Label : History Always Favours The Winners
Genre : Néo-classique, dark ambient, sampling
Note : 8,5/10
Difficile de suivre pleinement les incalculables sorties deLeyland Kirby. Le mec a bien dû laisser éclore 20 disques en moins de 3 ans. Cet acharnement aura eu le mérite de susciter l’attention. De plus, l’homme brouille les pistes puisqu’il opère sous de nombreuses entités tant il fourmille de projets, et ce même si on retrouve un même esthétisme sonore dans toutes ses pièces. Leyland Kirby est un érudit qui s’accomplit en puisant dans les niches intellectuelles et auditives.
Ainsi, sous l’entité de The Caretaker (dont le nom est emprunté au personnage de The Shining), il a dernièrement exhumé d’obscurs 78 tours du début du XXème, les a tronqués, samplés et a amplifié le grain pour livrer un album étrangement sombre et fragile. An Empty Bliss Beyond This World mérite qu’on s’y attarde avec précision (écoute intégrale ici).
Patience (After Sebald) est le nouveau projet de l’anglais (écoute intégrale ici). Il s’attaque à la bande son du prochain documentaire de Grant Green qui s’attardera sur la vie de l’écrivain WG Sebald. Pour cela, The Caretaker est allé fouiner dans l’œuvre de Schubert et plus précisément dans un enregistrement de 1927 de Winterreise (composé en 1827).
Le piano de Schubert est placé en retrait, semblant surgir d’un brouillard extrêmement dense. L’opacité oblige à écouter attentivement pour se sentir concerné car si le piano n’est pas le personnage principal, il n’en demeure pas moins le pivot. C’est surtout l’impressionnant magma entourant le noble instrument qui prend ici l’ascendant. Cette masse sonore indéchiffrable pousse à l’interprétation. S’agit-il du gaz que l’on a oublié d’éteindre ? D’une pluie incessante ? D’un vent continue ? Libre à chacun de jouer avec ce bruit de fond fascinant car toute la force de Patience (After Sebald) se trouve justement dans cette volonté de pousser l’auditeur à l’introspection. Au final, le mariage entre le retouchage de Schubert, pour un rendu néo-classique, et les nappes et crépitements incessants, pour l’enrobage dark-ambient, est consommé et le rendu magnétique.
Patience est un album mélancolique, pour ne pas dire dépressif. Les compositions de Schubert sont tronquées, Leyland Kirby préférant se servir de bouts de partition pour ainsi les répéter à l’envie afin de capturer l’auditeur dans une lancinance extrême provoquant la tristesse. Le pouvoir ensorcelant de ces 12 titres est sidérant et on se prend au jeu du déchiffrage. On n’est jamais réellement certain de ce que l’on écoute tant tout est fantomatique. Est-on sûr d’entendre une mélodie en arrière fond de Approaching the outer limits of our solar system ? Ne sommes-nous pas en train de rêver ? Patience (After Sebald) nous oblige à tâtonner, à avancer à l’aveugle dans un paysage de désolation.
Mais étrangement, derrière cet enrobage mélancolique, se trouve un album fier. Jamais l’impression de tomber n’est ressentie. On avance indubitablement, face au vent. Impossible de mettre un genou à terre tant l’album vous pousse à poursuivre votre quête. Quand je vous dis que The Caretaker est capable de vous ensorceler, croyez-moi.
The Caretaker semble avoir retrouvé ces pistes de Schubert dans un manoir du XVIIIè siècle. Les partitions sont jouées par un fantôme dans une immense salle de bal, ouverte aux quatre vents. Vous devenez un simple spectateur, un spectre évoluant parmi les ombres. Vous fermez alors les yeux et vous n’êtes plus, vous vous contentez de ressentir cette musique traversant les époques pour devenir indatable, indéchiffrable et impalpable.
P.S. : The Caretaker vient de publier les chutes de l'album. Vous pouvez prolonger l'expérience ici.
par B2B
Sortie : janvier 2012
Label : Tench
Genre : Drone, Ambient, Abstract, Experimental
Note : 8,5/10
Il y a encore peu de temps, Marcus Fischer était simplement connu par les quelques érudits qui parcouraient son blog : Dust Breeding. Puis il y eut la rencontre avec Taylor Deupree et son label 12k. Si ses deux albums publiés sur la crémerie abstraite de Brooklyn, Monocoastal et In A Place Of Such Graceful Shapes (en collaboration avec Deupree) sont souvent cités comme des albums d'exception, son Arctic/Antarctic vaut également plus que le détour. Le Collected Dust dont il est aujourd'hui question, offre des versions différentes et re-travaillées à des titre déjà existants sélectionnées par M. Ostermeier, artiste et chef du label Tench. Comme si cela ne suffisait pas, le mastering de l'oeuvre a été fait chez 12k.
On savait Marcus Fischer orfèvre de la texture polaire. Mais son véritable tour de force prend son essence dans sa capacité à donner à sa musique froide et minimaliste, des compétences de couverture laineuse épaisse. Il émancipe les drones de leurs chaînes hermétiques, leur offrant une errance libre sur une banquise mélodique ponctuée de fields recordings aussi subtils que les guitares acoustiques sont discrètes et graciles. Collected Dust est conçu sur un équilibre fragile, et offre des émotions pures.
L'amplitude entre les fréquences basses et les aigus est troublante. Mais ce grand écart sublime l'aspect pénétrant et contribue à l'immersion totale. Des lignes droites et infinies semblent se former dans la poudreuse immaculée (Nearly There), traçant le chemin vers un point de chaleur revigorant. Un oued perdu sur les fjords (Cold Days). Des sommets de volupté sont atteints sur la fresque pleine de paix durable Halfway To Six tandis qu'un vent frais et sucré envahit les immensités gelées de Span. Un semblant de phénomène de fonte semble s'entamer. Le jour et sa lumière blanche incandescente apparaissant par la suite sur Wires On Carpet et Sixteen Shapes, ne sauraient rompre cette étrange sensation de sainte plénitude et de symbiose avec un paysage qui reste à deviner. L'effort est à porter de main, et l'album en vaut bien la chandelle.
Collected Dust est avec Ballads Of The Research Department de The Boats (ici) l'oeuvre abstraite de ce froid début d'année. Car telle une succession de captures instantanées dans le grand nord, traversant la nuit et l'aurore, Marcus Fischer se joue des contrastes et ravive les lueurs de l'ambient polaire. Un coup de sirocco à destination des coeurs transis.
par Ed Loxapac
Sortie : janvier 2012 (en digital)
Label : Pan European Recording
Genre : Musique Concrète, Minimalist, Experimental
Note : 8/10
Comme le dit son site officiel, Jonathan Fitoussi est un musicien trentenaire parisien. Fusionnant les sphères acoustiques et électroniques à l'aide d'un matériel le plus souvent analogique, il peut légitimement se réclamer des artistes qui ont forgé sa culture musicale. Je parle de Pierre Schaeffer, de Pierre Henry ou plus tard de Steve Reich, pionniers des musiques concrètes et ou contemporaines. Il rencontre en 2008 Alexandre Bazin, avec qui il fondera le duo Two Colors, par l'intermédiaire du Groupe de Recherches Musicales. Il travaille aussi pour l'INA, où il restaure des enregistrements radiophoniques parfois légendaires. Voilà un moment qu'il est fidéle au label Pan European Recording, propriété de Arthur Peschaud, qui a sorti les albums de Koudlam parmi d'autres. Pluralis est sorti en toute confidentialité en 2011 au format vinyle, et renaît en digital au début du mois dernier.
Derrière la fourre tout étiquette du minimalisme se cache une musique exigeante, composée avec d'importantes contraintes, puisant son répertoire dans l'héritage sans limites et sans fonds des musiques occidentales. La dimension répétitive de certains tracks n'est pas seulement là pour asseoir des vertus hypnotiques, mais aussi pour positionner autrement l'angle d'écoute de l'auditeur éclairé. Le reflet de la texture ou de la nappe étant bien sûr forcément différent en fonction de comment on l'envisage dans l'investissement sonore de l'espace. C'est comme ça qu'on nomme vulgairement la démarche de spatialisation du son, et à terme, l'empreinte si "concrète" d'une musique finalement moins minimaliste qu'il n'y paraît.
Pluralis est un album de funambule, dont la musique est en permanence située entre les cieux et le gouffre. Même si la guitare y prend une place tout à fait importante, ce sont bien les synthétiseurs et les tape recorders qui témoignent de toute cette profondeur, de cette dimension si contemporaine et de ces quasi vestiges de musique tonale. Si laptop il y a, ce n'est sûrement pas pour geeker mais plutôt dans un souci de synchronisation et de gain en maîtrise. Et peu importe si certaines fréquences se révèlent plus éprouvantes, la contrainte est également valable pour l'écoutant.
Alors signalons plus particulièrement l'épopée hypnotique, progressive et syncopée de Cycle 500. Les ondes absorbantes de Pluralis (qui est la raison de mon couplet pré-cité sur la répétition). Les textures ondulées, cristallines et pleines d'echo du soyeux Dreamscape. La guitare écorchée agonisante du superbe Errance. Les drones plombants et l'atmosphère stellaire de l'apocalyptique Resonnance Magnétique. Les odeurs de conclave en plein désert de Surimpression. En fait, il faudrait tout signaler particulièrement, jusqu'à la lente descente vers les profondeurs de Souffle Continu ou Abysses.
Pluralis est un excellent album de musiques expérimentales, définitivement bien installé dans son époque (et même dans les autres). Il est plus que dommage qu'il n'ai pas bénéficié de plus de visibilité. Les acteurs de la chronique et de la critique en France en ont parlé mais n'ont finalement rien dit à son propos. Espérons que cette humble chronique participe à sa justifiée réhabilitation.
par Ed Loxapac
Et c’est reparti pour un tour !
On pourra toujours fustiger le Time Warp concernant son line-up qui est quasiment le même depuis 10 ans, il n’en demeure pas moins qu’on ne trouve pas mieux sur le sol européen. Mieux, chaque année, le festival s’améliore via des ajouts tout en finesse. Ainsi, le 30 mars 2012, c’est au tour des DJ techno références Marcel Dettmann et Ben Klock, ainsi que de l’excellent DJ deep-house Jamie Jones ou encore du monstre sacré Kevin Saunderson, de faire leurs entrées dans le cercle très fermé du Time Warp. Ajoutons y Richie Hawtin, Ricardo Villalobos, Loco Dice, Laurent Garnier, DJ Rush et encore une bonne trentaine de noms et vous aurez compris que la nuit fera plus qu’empiéter sur la matinée qui s’en suit, tant le line-up est gargantuesque.
Comme on n’est pas radin chez Chroniques Electroniques, on vous file des places pour le festival. Pour cela, rendez-vous dans la section concours.
Aux confins de l'ambient sombre et polaire, du drone et du noise, aussi impénétrable que pénétrant, The Oansome Orbit est une des réussites abstraites et expérimentales de l'année passée. Même si elle est réservée à un auditoire plus qu'averti, ses rayons ambigus sont aptes à mettre sur le grill les plus coutumiers du genre. Bouleversant.
par Ed Loxapac
Sortie : Février 2012 (première sortie : 1996)
Label : Type
Genre : Dub-techno, techno organique
Note : 8,5/10
Toi, l’ami autiste qui ne prend son plaisir que sur une musique sourde et omnisciente, prépare toi à prendre une leçon de dub-techno. Te voilà prévenu. L’exigeant label Type a cherché à taper fort, très fort, pour sa 100ème release. Au lieu de faire appel à une tête de gondole, le label a préféré exhumer un album méconnu de Porter Ricks, Biokinetics, sorti en 1996 sur le séminal Chain Reaction.
Mais comment un tel album a-t-il pu passer les années sans jamais être cité comme une référence absolue du genre ? Moi le premier, je dois bien avouer être un inconnu de Porter Ricks et lorsque j’ai écouté Biokinetics pour la première fois, j’ai cru avoir entre les oreilles un album de 2012. L’étonnement est total quand on apprend que qu’il a plus de 15 ans et la leçon d’humilité est grande quand on se rend compte que Biokinetics renvoie dans la cour d’école des labels actuels de référence comme Ostgut Ton, Stroboscopic Artefacts ou encore Echochord.
D’ailleurs, c’est qui ce foutu Porter Ricks ? Il s’agit des allemands Thomas Köner et Andy Mellwig. Nos deux gaziers ont sorti trois albums à la fin des 90’s et puis rideau. Mais, non content d’avoir emprunté l’entité de Porter Ricks à Flipper le dauphin, ils ont aussi puisé leur son dans l’univers aquatique.
Pourtant, il est impossible de prédire le fait que l’on va boire la tasse alors que l’ouverture nous promet le contraire. Les 12 minutes inaugural de Port Gentil nous malaxent les neurones avec un gant de velours en imposant un rythmique métronomique tout droit sorti d’une locomotive lointaine. La lancinance s’installe avec docilité, vous prenant ainsi à revers pour le reste de l’album.
Biokinetics est un album vivant dont chaque respiration semble humaine. Implacablement, il étend son voile sur tout l’espace sonore, s’accaparant la moindre parcelle d’oxygène restante. Vous vous retrouvez la tête sous l’eau, sans échappatoire possible. La noyade étant assurée, il ne vous reste plus qu’à accepter la défaite et vous laisser couler. Les sons se répercutent sur votre corps, tentent de pénétrer votre organisme. Ne lutter pas, vous pourriez souffrir. Ainsi, de Nautical Dub à Nautical Nuba, vous vous retrouvez à errer au fond de l’eau, sans lumière pour vous guider. Etrangement, vous vous sentez bien. Cela est dû au fort pouvoir hypnotique des créations du duo.
Mais là où le duo subjugue davantage c’est dans son aspect précurseur. La techno organique et rampante n’a pas été inventée avec le Berghain, loin de là. Port Of Call ou Port Of Nuba vont vous faire gratter votre épiderme jusqu’au sang pour stopper ce putain d’eczéma qui n’en finit plus de proliférer. Si en plus, l’appel du vide se fait sentir à coups de puissantes rafales de vents, vous n’avez plus rien à faire, si ce n’est subir votre lente déliquescence.
Soyons clair, à l’écoute de ce Biokinetics, vous allez prendre une fulgurante leçon de dub-techno organique dans la tronche. L’album n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, il demande une implication totale de la part de l’auditeur. On n’écoute pas Porter Ricks en dilettante, il faut vivre le trip totalement, le casque sur les oreilles, le volume au maximum. Si au bout du voyage, vous avez l’impression que vos jambes se dérobent et que votre cerveau fait de la mousseline, c’est tout à fait normal, vous venez de découvrir un chef d’œuvre.
par B2B
Sortie : Février 2011
Label : Karlrecords
Genre : Modern Classical, Electronica, IDM, Dub
Note : 8/10
Karlrecords est un label allemand, basé sur Hamburg, se cantonnant à une sphère néo-classical et électroacoustique. Bonne pioche, l'espagnol
Stefano Ruggeri et son projet afarOne révèlent une maîtrise incroyable du sujet, érigeant un univers profond et dépressif,
pour un film imaginaire d'épouvante psychologique.
La richesse sonore de l'album se puise dans la finesse des reverbs électroniques contrastant les timbres acoustiques ressentis, palpables par nos oreilles. C'est un univers tridimensionnel, dont
chaque particule de l'espace est captée par les yeux humains. Les mouvements sonores se croisent et se décroisent. Lucen est une noyade, un album d'un souffle tendre qui place l'auditeur
dans un abri, à contempler un monde extérieur grisé par le vide.
La lumière s'installe au fur et à mesure de l'album. Le film Wavelenght (1967) de Michael Snow est une illustration similaire de ce zoom progressif sur le rêve. En
l’occurrence, chez l'américain l'échappatoire de ce quotidien new-yorkais est la mer et son calme naturel. Chez l'européen, il est question d'un zoom en contre plongée sur cette lumière
vacillante, cet espoir lunatique impossible à capter qui plane au dessus ne nos têtes éternellement. C'est une histoire d'amour propre qui n'arrive pas à se stabiliser. Mais la problématique est
peut-être ailleurs. Ce cocon, bercé par les mouvements incessants, refuserait-il sa mutation ? Rejeter la violence du monde est-il un acte de lâcheté ? Le musicien se fait psychologue
de l'homme qui dort et le console par les arguments musicaux. Le quotidien est une prison à ciel ouvert où l'on est bien nourri. L'amour n'est pas suffisant, la liberté est la seconde partie
manquante du diptyque.
Pour continuer dans les comparaisons, Remembranza (2005) de Murcof se calque sur le même modèle et, d'ailleurs, il n'est pas extraordinaire de trouver une multitude de
points communs entre les deux œuvres. Cependant, afarOne expérimente moins dans la dissonance et dans le nihilisme. Le genre hispanophone est toujours d'une incroyable efficacité sur les
sensations physiques, à la croisée des rythmiques Techno/IDM incolores, des cordes suintantes de larmes et des pianos maladifs. Lucen manque peut-être de détachements supplémentaires
face à ses influences pour être qualifié de chef-d’œuvre par les cinglants qui lisent ces lignes. Mais cela serait entretenir un éternel débat intellectuel quand il suffit juste de laisser la
musique se glisser sous la peau. Les neurones ne sont pas les plus aptes à qualifier la valeur d'un orfèvre.
Il suffit d'une heure après le réveil, blotti sous la couette, pour ressentir son corps dématérialisé et tenu en haleine par l'intrigue attentive au moindre fragment de l'espace. Il n'est pas
étonnant d'apprendre que l'homme compose souvent pour de la vidéo. L'aspect cinématographique de la musique est toujours jouissif. Nous somme libre de composer notre propre univers sur la musique
d'afarOne, et d'en tirer une connaissance plus profonde sur nous-même. Lucen ? Quel beau prénom.
par Pneu Rouillé
Sortie : décembre 2011
Label : Abstrakt Reflections
Genre : IDM, Ambient
Note : 7/10
Philippe Vandal aka VNDL est québécois, âgé de 20 ans et fortement inspiré par une scène allant de Gridlock à Access To Arasaka. Son premier Ep est sorti sur Abstrakt Reflections, netlabel de l'Argentin Pablo Benjamin. Prometteur, son premier album lui, est prévu sur Hymen Records, d'autres le sont également sur Raumklang Music et Gradient Audio. Mais restons-en à ce dont il est question, à savoir Something For Someone.
Le titre ne ment pas, ce premier Ep est bien dédié à quelqu'un. Composé au stade mélancolique de la post-déchirure amoureuse, en 6 morceaux, Something For Someone explore le vide, le trouble et les brusques sautes de tempérament. Vandal fait le choix d'un parcours accidentel et déréglé. Aux beats sobrement déchiquetés répond l'ambient ectoplasmique, aux limbes graves et poudrées s'opposent une IDM arbitrant la lutte du glitch et du métal en décomposition. L'ouverture sur Don't Forget The Machine (Part 1) pose un décor froid et immuable, à peine ponctué de la complainte éthérée d'une guitare, de pas hésitants et d'allure de petit jour. Rien ne semble tenace et pourtant tout demeure figé. Cette introduction compte parmi ce qui a de plus joli dans cet Ep. A la blancheur fendillée succède des giboulées pour le moins acides. Des tracks comme When It Rains attestent de toute l'admiration que porte le Canadien à Robert Lioy. D'autres parviennent à se maintenir dans des jeux d'ombres et de lumière, confinant le beat dans des progressions bancales et anti-mélodiques (Corpus Textural). L'ambient funèbre cette fois-ci, de Don't Forget The Machine (Part 2), opère comme un prisme qui démultiplierait les brumes, l'intensité grandissante prodiguant des sensations libératrices. Composé avec Access To Arasaka, 960BXK s'ouvre sur un espace dépeuplé, réformé en un joyeux chaos. Sans être exceptionnel, le titre bâtit un pont tangible entre les deux artistes.
Riche en arrangements de qualité, la musique de VNDL a parfois des goûts de collage. Si la confusion rythmique pourrait gagner à se structurer – le morceau éponyme semble partir dans tous les sens - le travail de texturation du bonhomme s'avère lui plus qu'engageant. On peut discrètement poser la question de l'émotion dans tout ça... Something For Someone est une composition froide. Ses détours vers l'ambient apparaissent comme les plus aboutis. On attend dés lors Gahrena, à paraître chez la passionnante division idm-oïde d'ant-zen.
par Manolito
Sortie : décembre 2011
Label : From A Tree
Genre : Electronica, Ambient
Note : 7,5/10
Après avoir parcouru les sillons du trip-hop et du abstract hip-hop, le grec John Trifonopoulos décide de donner des angles plus ambient à son side project Esoteric Sob. Il fait partie ce ces artistes que beaucoup surveillent du coin de l'oeil depuis un moment, attendant avec bienveillance la sortie d'une première galette. Il faut dire qu'on constate depuis quelques temps l'émergence d'une greek "connection" dans les sphères électroniques downtempo. Comme Miktek (présent ici pour un remix), Melorman, Spyweirdos ou Magnitophono. Esoteric Sob sort donc son premier long format sur le label méconnu From A Tree, tout aussi grec que lui. A noter que le packaging ici proposé a quelque chose de frais et surprenant. Le plastique c'est fantastique.
Je l'ai maintes fois répété. J'ai parfois du mal avec les albums qui privilégient la musicalité et l'aspect langoureux des nappes ambient, au détriment d'une implication rythmique souvent ennuyeuse. Pour surpasser cet écueil, il faut avoir le don de déployer une ferveur émotionnelle importante. C'est le cas de Abnormal Psychology, qui sans aucune prétention, se révèle aussi charmant que profondément atmosphérique.
Des glitchy beats tombent comme des grelots fragiles sur les strates, et savent se décaler pour démontrer leur caractère non dispensable (le rayonnant, mélancolique et iodé Little Moments). Après le joli Hypocrisy et le stellaire People Without Face, on peut supposer que toute la mélancolie qu'il a su développer dans sa musique trouve sa raison d'être dans une déception à l'égard du genre humain. On retiendra aussi facilement les très poétiques Strange Portrait et Changes, ainsi que le plus varié en terme de rythme Life (en compagnie du souvent très bon belge, Amorph). J'émettrais simplement quelques réserves à propos des trois derniers titres. La relecture de Road To Happiness est probablement la pièce la plus faible de l'ensemble. Tandis que le remix de Miktek n'apporte que trop peu à l'original, tout comme la magré tout jolie voix de Cellar Door sur la deuxième version de Little Moments.
Esoteric Sob délivre ici une oeuvre charmante et plus que prometteuse. Ajoutons le donc avec plaisir, à la déjà longue liste d'artistes grecs à surveiller de près.
par Ed Loxapac
Sortie : 6 février 2012
Label : Smalltown Supersound
Genre : Nu-disco, house
Note : 6/10
Lindstrøm est la figure incontournable de la musique électronique norvégienne mais demeure principalement celui qui a propulsé la nu-disco sur le devant de la scène dans les années 00’s avec son pote Prins Thomas, via des albums hautement sexués. En 2005, en solo, il sortait la bombe I Feel Space, odyssée indémodable de 7 minutes, morceau moite qui en a rendu dingue plus d’un. S’en est suivi la sortie en 2008 du très réussi Where You Go I Go Too (avec son éponyme morceau de 30 minutes orgiaques au possible). Le norvégien revient enfin aux choses sérieuses avec son nouvel exercice solo, Six Cups Of Rebel.
Mais qu’est-il arrivé à notre scandinave ? Autant, le trip nu-disco qu’il nous avait servi jusqu’à maintenant était prenant, autant ce Six Cups Of Rebel n’arrive jamais à nous émoustiller. La nu-disco de Lindstrøm possédait cet attrait purement sexuel lui conférant une énergie très personnelle. Lindstrøm c’était de la musique pour baiser, des productions qui avaient le mérite de ne pas nous prendre la tête tout en ne nous prenant pas pour des cons.
Six Cups of Rebel débute pourtant avec les honneurs avec un No Release prometteur. Un orgue n’en finit plus de s’immiscer dans nos conduits auditifs, l’ambiance est sombre et solennelle. La montée est alors infinie et on finit noyé par la masse sonore. On se dit que l'on est parti pour un trip total, que l'on va encore avoir des sueurs et puis tout s’effrite. Le trompe l’œil inaugural laisse place à une cosmic disco vite épuisante. De Javu a beau offrir un kick massif, la rythmique se fait étonnamment musclée de la part de Lindstrøm et le principal souci vient de l’ajout de vocalises éreintantes. Mais pourquoi diable Lindstrøm s’est-il senti obligé de poser sa voix sur autant de morceaux ? Parce que les pistes ont beau s’enchaîner, nous plongeant dans une house sémillante et aérienne, on ne peut s’empêcher de trouver cela étouffe-chrétien tant il y a quelque chose de tristement agité dans ces morceaux. Ainsi, le côté luxuriant de Magik se révèle fatigant par son excès de lumières et de flashs pour, au final, laisser une impression d’épuisement. Que Lindstrøm est lâché le côté ouvertement sexuel de sa musique, pourquoi pas après tout, mais il en perd considérablement en consistance et surtout, il apparaît bien moins prenant.
Passé les 4 premiers morceaux indissociables (tout s’enchaîne sans aucun blanc), s’en suit une deuxième partie de l’album encore plus surprenante. Ce coup-ci, Lindstrøm nous l’a joue plus audacieux (on serait presque tenté de dire expérimental mais n’exagérons tout de même pas). L’aspect foncièrement plus instrumental de la deuxième partie est tout de même plus intéressante sur le papier. Sur le papier seulement car, au bout du compte, on s’ennuie rapidement hormis sur un Call Me Anytime à la construction alambiquée intrigante. Le reste n’est que tentative vaine de jouer avec des synthés vintage, mais il ne suffit pas de triturer des vieux instruments pour en sortir des morceaux passionnants.
Ce Six Cups Of Rebel est une déception de la part de Lindstrøm. En se consacrant totalement à une cosmic disco épuisante car trop luxuriante, il en perd son potentiel d’attraction salace. Six Cups Of Rebel est à l'image d'une fête foraine ; attirante mais bruyante, fascinante mais anéantissante. Maintenant, le mec est tellement prolifique, qu’il est bien capable de nous surprendre positivement rapidement.
par B2B
Sortie : 10 février 2012
Label : Hymen Records
Genre : IDM (?), Sound Design, Expérimental
Note : 8,5/10
Voilà quelques temps que le franco-sicilien Frank Riggio voulait donner un nouvel élan à sa musique. Après des releases hybrides et abstract hip-hop en free download, très inspirées par sa passion pour Amon Tobin, il sortait l'année dernière un double EP (Texturtion Distosolista, ici) plus que prometteur. Sa technique globale avait franchi un levier supérieur, annonçant peu à peu une distance vis à vis du sampling. Seulement voilà, Frank Riggio est un homme qui doute. On a rarement vu (dans ces sphères musicales) un homme donner autant d'enjeu dans sa vie à la conception musicale. Après des flirts bien poussés avec deux des plus reconnus labels du genre, la conclusion est finalement sans appel. La musique du sudiste serait trop atypique et pas encore assez mûre pour figurer au catalogue de ces deux maisons renommées. Entre prises de têtes et profondes remises en question, Riggio ne renonce pourtant pas. La rencontre virtuelle avec Stefan Alt , patron de chez Hymen, sera salvatrice, lui qui a un véritable coup de coeur pour son univers. Pressentism est le premier volet de la trilogie Psychexcess, dont la vocation est d'illustrer les trajectoires inconscientes de cette machine complexe qu'est l'inconscient et son moteur : le cerveau. Ceci est assez évident à la vue de l'artwork, nouvelle réussite du graphiste Shift que certains connaissent mieux sous son nom de Timothée Mathelin.
Dès les premières minutes de l'album, on se dit que les tracks présents sur le dernier double EP n'étaient presque que des chutes, des brouillons du véritable investissement personnel et donc mental à venir. Il a ici laissé de côté sa classique volonté d'être à tout prix dans la démonstration de ce qu'il sait faire, et de ce qu'il a appris. Parce qu'il a probablement encore plus à prouver à lui-même qu'aux autres, il a décidé de mettre ses doutes, ses angoisses, ses questions de musicien et de père au centre de sa musique. Inutile de rajouter qu'il y a mis aussi ses couilles de mec, pour donner encore plus d'ampleur à la dimension personnelle de l'oeuvre. Précisons que c'est le visage de sa fille qui surplombe cet artwork définitivement torturé. La musique et cet enfant, ou les deux plus grandes passions de sa vie, sont illustrées ici en ce qui pourrait être le sujet d'une psychanalyse au long cours.
Beaucoup d'éléments surprennent et impressionnent dès les premières écoutes. Cet aspect ultra affiné et ultra texturé qui trahit des heures et et des heures de travail en studio (en même temps, ça fait trois ans que cette trilogie lui hante l'esprit). Le quasi renoncement de l'utilisation des samples (il y en a encore quelques uns, et utilisés dans de sacrés séquences). L'intégration de cordes et de crins non digitales (Pressentism, Higher Ailleurs). Une étrange, rythmique et cavalière dimension tribale. Et même si de très bons titres comme Big Tunnel Recordist, Flowing Magma sont empreints de résidus hip-hop mutants de ses débuts, c'est bien cette véritable palette de sound designer qui bluffe le plus. Comme sur les très Hecquiens dans le style et l'approche Venusian Philosopher ou Fractal D. Ou encore le cryptique Kranqr et son piano aussi humble que subtil. Signalons aussi le spatial et synthétique Infinie Galaxie II, dont les tribulations et l'issue surprenante viennent rompre avec les schémas de canevas classiques. A aucun moment malgré l'incontestable richesse de l'espace sonore, il n'y a de sensation de surcharge. Riggio est vraiment un mec old-school, puisqu'il intègre même une fin masquée à son V I S L A R M final. Mais ne vous y trompez pas, il a su combiner ses nouvelles velléités artistiques et techniques avec son utilisation régulière des synthés hardware et sa maîtrise de Cubase. Bien que pharaonique, l'oeuvre est intelligente dans son tracklisting et dans le maintien du dédale psychédélique souhaité et transformé.
Les recommandations de gens comme Access To Arasaka ou Hecq ont fini par payer. Frank Riggio peut être fier de lui. Sa musique a atteint des sommets de qualité et de confiance en elle même. Hymen a eu le nez fin, contrairement à d'autres à mon humble avis, signant dès le début d'année une oeuvre époustouflante. Bravo à tout ce petit monde. Ceux que ces humbles lignes auront convaincu d'en savoir plus à propos du français sont invités à (re)découvrir l'interview réalisée il y a quelques temps (ici).
par Ed Loxapac
Sortie : 7 Février 2012
Label : Rvng Intl.
Note : 5,5/10
Genre : House, deep-house
Zach Steinmann et Sam Haar sont deux potes d’enfance, originaire de la Big Apple. Après avoir traîné leurs guêtres du côté de Berlin où ils ont fondé l’entité Blondes, les voilà de retour à Brooklyn, leur QG et, accessoirement, dernière mecque en date de la branchitude mondiale. Depuis un an, on observe une émulation exponentielle autour de deux gaziers. Il aura suffit d’une poignée de maxis pour que la house instrumentale (à base de séquenceurs, boites à rythmes et synthés) du groupe explose à la gueule du commun des mortels.
Blondes n’est pas à proprement parler un album tout frais puisqu’il se contente de regrouper six morceaux déjà sortis, plus deux nouveautés. Le duo fonctionne sur un principe très simple, mais aussi fortement casse gueule, puisque chaque création est structurée en binôme. La construction en diptyque permet ainsi de conceptualiser cette house évolutive. Et ça commence d’ailleurs de fort belle manière avec Lover / Hater. Le premier se fait aérien au possible et arrive à provoquer la transe via sa chorale païenne bouffant l’espace sonore. Le morceau est imparable de densité et d’hédonisme intelligent (si si, ça peut parfois arriver). Le second repose sur sa puissance contenue tout en faisant preuve d’une étrange spontanéité. On pense alors tenir l’album par le bon bout en se disant que Blondes a su subtilement jouer avec ses propres règles du jeu. Mais passé l’efficacité immédiate, que reste-t-il ? Pas grand-chose, à moins d’aimer le vide.
De Business / Pleasure à Gold / Amber, le groupe semble fonctionner en roue libre. Il ne suffit pas d’installer un climax, de raconter une histoire, pour tenir en haleine l’auditeur. Les ficelles de Blondes sont bien trop grosses avec ces gimmicks redondants et cette bassline mélancolique surgissant le plus souvent au bout de 3 minutes. Il est évident aussi que le duo new-yorkais s’inspire largement de la scène nu-disco scandinave pour ses envolées shoegaze et son approche lascive de la danse. On pense tantôt à The Field, tantôt à Lindstrom, sans pour autant y trouver la même approche mûrement réfléchie et cette tension amenant à l'explosion salvatrice. Blondes mise uniquement sur la réceptivité primaire, supprime toute tentative de recul. En soit, cela peut être louable mais ici, l’enrobage est tellement étouffe-chrétien qu’il empêche de pleinement adhérer au principe. Blondes, c’est donc du bluff ? Non, simplement de l’esbroufe. Parfois pourtant, on se laisse prendre au jeu de l’abandon physique comme lors de la spirale infernale de Wine mais quand le groupe tombe dans la deep-house calibrée, c’est l’hécatombe et on se dit que nos compères auraient été bien plus futés de ne pas se limiter à une seule prise directe pour enregistrer le tristement routinier Gold.
Mais vous pouvez dormir en paix car la presse indie va se tripoter sur le groupe pendant que les hipsters vont crier au génie. Vive le triomphe de l’ignorance ! Blondes est uniquement un groupe jetable proposant une musique immédiatement consommable mais immédiatement oubliable.
par B2B