Date : 24 et 25 février
Lieu : Gaîté Lyrique, Paris
2 mois pour fêter un bicentenaire qui aura lieu dans 50 ans. C'est le concept du projet 2062, Aller-retour vers le futur mis en place par la Gaîté Lyrique du 1er février au 25 mars.
Développés autour des idées de futur, de modes sociaux et d'innovation, expos, pièces de théâtre, expériences, performances et concerts auront lieu pour l'occasion. Le dernier point nous intéresse particulièrement dans la mesure où Raster Noton en profite pour fêter son anniversaire. Le label allemand qui fait osciller le minimalisme sonore entre l'art et la science a été fondé en 1996 par Carsten Nicolai (Alva Noto), Olaf Bender (Byetone), Frank Bretschneider (Komet).
Deux soirées sont prévues. La première est celle des fondateurs, durant laquelle joueront Byetone, Alva Noto (live) et l'exceptionnel Kangding Ray. La seconde s'intitule Décade et convie Andy Moor, Anne-James Chaton et Alva Noto.
Chroniques Electroniques ne loupera pas ce qui promet d'être une performance fusionnant arts visuels et musiques électroniques d'un troisième type. Rendez-vous le 24 février.
Carsten Nicolai, 2009, Taiwan (c)Summer Yen
Date : 2 & 3 décembre 2011
Lieu : Rennes
C’est la fleur au fusil que nous nous rendons au Parc Expo de Rennes dans un bus sage comme une image. En même temps, les puristes le savent, c’est toujours dans les premières heures d’une longue soirée que les concerts sont les plus intéressants… et qu’ensuite tout se délite. 33ème Rencontres des Transmusicales, nous voilà.
Vendredi 2 décembre
A peine le temps de prendre nos marques qu’au détour du Hall 4, des sonorités math-rock nous interpellent. Voici les catalans Za!, jeune duo de poly-instrumentistes. Les deux compères sont survoltés ce soir, malgré un public encore très peu nombreux. Leur math-rock est de bonne qualité, les couleurs mélodiques et rythmiques s’enchaînent à vitesse grand V. Curiosité : un solo du batteur qui tape sur tout sauf sur son instrument, transformant la totalité de l’espace scénique en batterie géante. Une des meilleures découvertes de cette première soirée.
S’ensuit un passage plus que rapide à Kakkmaddafakka dans un hall 3 acquis à la cause pop, un hall qu’on fera en sorte de fuir pendant ces deux jours, tant la prog ne nous intéresse pas. Le Hall 9 voit Souleance partir dans du turntablism pas dégueulasse mais un brin austère avant l’arrivée d’Hollie Cook, sorte de tête d’affiche de la soirée. Si je vous dis que c’est la Lily Allen du reggae, ça vous suffit pour comprendre l’étendue du carnage ? Non parce que sincèrement, des bouses comme ça, on n’a pas l’occasion d’en entendre tous les jours ! On reprend nos esprits sur Robin Foster. L’indie pop-rock du groupe n’est pas désagréable, les morceaux fonctionnent bien avec leurs structures progressives même si dans le genre, c’est du vu et revu. Heureusement que le meilleur est à venir.
Protégé scandinave de Lindström et Prins Thomas, jeune espoir de la scène nu-disco, Todd Terje n’a pas démérité ce soir. Parti sur les chapeaux de roues, son set a déroulé une nu-disco de qualité, aux basses chaleureuses et aux nappes de synthés planantes et futuristes. Refusant de trancher entre le old et le new pour mieux les entrelacer, le norvégien a représenté haut la main les couleurs d’une scène musicale trop représentée.
Mais on commence à avoir envie d’en découdre plus sérieusement avec de la musique d’adulte. Heureusement, pour ça, il y a la Green Room d’Heineken, toute petite scène qui vient à point nommée pour satisfaire nos désirs, avec ce soir un plateau 100% français. Arrivés sur la fin du set des deux minettes de Nekochan, Childrum prend immédiatement le relais en balançant des beats lourds comme du plomb pour un DJ set efficace sans être couillon. Les deux rennais semblent se faire plaisir et le public est réceptif. Passé une demi-heure de défouloir salvateur, s’ensuit un inévitable moment d’errance. Comme tout le monde, parce que paraît-il que « c’est trop bien, tu vois », on file écouter SBTRKT. Et bien entendu, comme on pouvait s’y attendre, c’est très mauvais. Décidément, quand les dubsteppeurs décident de sortir les instruments (batterie électronique), et les voix (chanteur insupportable), leur musique passée à la moulinette electro devient une bouillie indigeste.
On passe donc écouter Alexander Tucker, dont le nom circulait beaucoup, et son ambient-drone-folk aux contours relativement insaisissables. Difficile d’en dire du mal, mais l’horaire tardif n’est pas propice à une écoute lascive. On préfère donc partir à la découverte de Silverio. Le mexicain est déchaîné, il balance des disques comme un bourrin, saute en slip, le cul à l’air, dans tous les sens. C’est rigolo mais rapidement épuisant pour les nerfs, tant les rythmiques sont concassées. On se dit que ce n’est pas grave, qu’il y a Motor City Drum Ensemble qui nous promet un DJ set de qualité. Et bien non, on s’est fourré le doigt dans l’œil, dupé par l’excellent DJ Kicks livré par l’allemand en milieu d’année. Le mec nous livre un set faiblard, un peu chiant, enchaînant sans grande conviction des titres house sans génie.
Il est 4h du mat’, c’est le moment de se finir en beauté sur Niveau Zero et son dubstep de guerrier. Le son de la Green Room est fort, trop fort, mais ça a l’avantage de sérieusement bastonner la foule de teufeurs bretons venue en découdre avec tout le monde, y compris le public. C’est bourrin dans tous les sens du terme. Même si le français assure très correctement son job, on tient une demi-heure et on décide de se barrer, grâce une navette de retour surréaliste, à la faune gentiment bigarrée, et roulant tous phares éteints à travers la nuit rennaise.
Samedi 3 décembre
Premier concert, première déception. On attendait de pied ferme le set de Zomby, jeune espoir de la scène dubstep. Mais passées dix petites minutes sympathiques, tout déraille : le gars appuie sur play plus qu’il ne mixe, et enchaîne sans coup férir électro sans intérêt, mauvais hip-hop et Rn‘B hyper vulgaire. Tant pis ! On enchaîne avec Rivoli, sympathique duo de DJ au look vintage, qui distille perles et raretés tropicales bien groovy. S’ensuit le trio du Mexican Institute of Sound, qui mélange une cumbia énergique et chaleureuse à des sons et rythmiques hip-hop plus traditionnels. L’ensemble passe très bien pour euphoriser ce début de soirée.
Le parc expo se remplit rapidement, le jeune public rennais est présent en masse ce samedi (permission de minuit) et le festival affiche sold-out avec 12500 personnes présentes. Et c’est là que les 33 ans d’expérience des Trans portent leurs fruits puisque malgré la foule, la circulation est toujours fluide, les concerts à l’heure, le site praticable.
On a à peine le temps de retrouver le Hall 9 que débarque l’épiphénomène du festival, les minots de Carbon Airways. A 14 et 15 ans, le frangin et la frangine dynamitent le public avec leur electro-punk à la Atari Teenage Riot. C’est d’une redoutable efficacité, même si on devine l’énorme management derrière le duo. Tout est calibré, la mise en scène millimétrée, et quoiqu’éphémère, difficile de ne pas accrocher face à cette décharge d’énergie primaire.
Une galette-saucisse plus tard, et on file assister au live de Shabazz Palaces. Le duo abstract hip-hop de Seattle est attendu par un public visiblement connaisseur. Débute alors un concert aux basses particulièrement massives. Malgré cela, le flow est noyé dans des effets inutiles, l’ambiance se fait pesante et le groupe semble prendre un malin plaisir à saborder ses propres morceaux. On ne tient pas longtemps pour s’éclipser, déçus. C’est con, car en plein ventre mou du festival, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. On erre donc quelques instants, tentant d’éviter la foule de p’tits jeunes titubants, avant de découvrir une énième scène planquée, investie par l’équipe du Mouv’. On aurait mieux fait de l’éviter puisque le temps d’un mini-battle, Don Rimini et Baadman se sont associés pour nous faire du mal. L’électro typiquement parisienne des 2 DJ est une horreur. A part faire sauter comme des crétins des ados éméchés, ça ne sert à rien, vraiment à rien.
Heureusement, Agoria va sauver notre soirée. Le lyonnais a préparé un set totalement old-school, puisant ses racines dans la tech-house des 90’s. Le résultat est à tomber. Agoria nous claque un best-of retournant tout sur son passage et ponctué par des moments épiques, comme ce remix dément du Spastik de Plastikman. Le public est connaisseur, réagit à quart de tour quand retenti le Crispy Bacon de Laurent Garnier. Agoria ne nous laisse pas respirer, les bras sont levés. Il dépasse d’ailleurs allègrement l’horaire prévu, mais aurait pu encore mixer des heures sans jamais nous lasser.
Que faire après un tel set quand on constate que sur le papier, il ne reste plus rien de transcendant ? Il est près de 3h et désormais, c’est aux jeunes de s’amuser. Pour nous, impossible d’aller voir Huoratron, Don Rimini ou Fukkk Offf, parce que bordel, on a des principes chez Chroniques Electroniques ! On préfère se retirer tranquillement.
Malgré une absence de réelle tête d’affiche, le public rennais est toujours fidèle au rendez-vous, confiant dans la programmation de ce festival qui n’a rien perdu de son esprit défricheur. Même si nous n’avons pas vécu de véritable révélation scénique (notamment en électro où la prog' était finalement plutôt consensuelle), il y a avait largement de quoi s’occuper durant ces deux nuits !
par Pingouin Anonyme & B2B
Date : mardi 22 novembre
Lieu : Divan du Monde, Paris
En ce mardi 22, le crew de Jarring Effects a quitté le Rhône pour l'Ile-de-France à l'occasion du live de Picore. La formation lyonnaise joue au Divan du Monde, petite salle de Pigalle circulaire, repère de poètes décadents au XIXème, en compagnie de Aucan et de Idem. Les premiers, célèbres pour leur carton Black Rainbow, que même notre aigri en chef n'avait pas réussi à détester (chronique ici) et les seconds dont je n'avais personnellement jamais entendu parlé.
La soirée s'annonce sous le signe de la conjonction guitare/basse/batterie et électronique. Lorsqu'on pénètre dans la salle, le trio de musiciens d'Idem est déjà sur scène. Le groupe distille du noise rock aux textures brouillées. Ils sont rapidement rejoins par la chanteuse, dont la voix grave et caverneuse nimbe les riffs d'une fièvre un peu hantée. La musique du groupe de révolutionne rien, mais le processus fonctionne. Les morceaux des ligériens sont de bonnes mises-en-bouches à la rafale qui va suivre, et cela se préssent. Des phases calmes, à la lisère du dub, répondent à des flambées plus intenses durant lesquelles le batteur surexcité se penche à en avoir la tête sur les cymbales. Après un changement de plateau proportionnellement long à la quantité d'instruments nécessaire, arrive enfin ce pour quoi le Pingouin et moi-même étions venus, Picore, qui a sorti le mois dernier un troisième album, l'incroyable, le sublime et irrespirable Assyrian Vertigo (chroniqué ici).
Le groupe trimballe une réputation d'ouragan scénique, qui n'a rien, mais alors rien d'empruntée. Les six membres démarrent tous azimuts, sur un Ziggurat hystérique. Le batteur/percussionniste joue à la fois assis et debout, le joueur de clarinette est à genoux, les mecs font crisser leur matos et déversent furie et sueur par litres. Le deuxième morceau s'ouvre sur les doux martèlements de l'introduction de l'exceptionnel Meure Menace. La dimension progressive, la tension paroxysmique qui imprègne Assyrian Vertigo se trouvent sur scène démultipliées. Leurs effets sur le corps aussi. Alors que les vrilles me perforent consciencieusement le crâne, le chanteur, qui s'est masqué d'une tête de zèbre, mime des rapaces à l'agonie. Son compère, sortant un extincteur, lui crache à la gueule des gerbes de mousse du plus bel effet. L'attitude, les paroles libertaires, le son sans une once de compromis, les mises-en-scènes et les instruments improvisés de Picore sont d'une ingénieuse et géniale sauvagerie. Je bondis en entendant le batteur prononcer « Gilgamesh, sérieux? ». Comme le reste, mon morceau préféré se retrouve transcendé par les conditions du concert. Alors qu'il semblait qu'ils avaient joués trois morceaux (sept en réalité), le groupe clôt sa prestation par un Sardanapal III dont les drones n'en finissent de monter en intensité. Les deux chanteurs se sont alors recouverts d'une bâche blanche. Equipés d'une petite meule et d'un fusil à aiguiser, ils font gicler des étincelles, qui fusent sous leur tipi de plastique. Le batteur renverse ses caisses claires et la prestation de Picore s'achève comme une explosion. Une mi-temps s'impose après une telle claque. Lorsque l'on re-rentre, les Italiens d'Aucan ont débuté leur live. Si je ne suis que très moyennement friande de leur musique sur disque, il va sans dire qu'Aucan est un très bon groupe live. La puissance des instruments prend le pas sur les modulations électroniques, leur son est prenant, poisseux, entêtant, et tend parfois vers le doom. Les voix (dieu merci) sont noyées dans la masse mélodique et seules de minimes incursions de synthés entachent un poil l'ensemble. Aucan en fait, c'est comme une bande d'habiles grateux qui voudraient singulariser leur musique à coup de gimmicks électroniques. Ca peut fonctionner, ou pas.
Entre leur flamme punk et le fait d'apprécier leur album en live, Picore a plus que comblé les attentes. Ils ont même dû en souffler plus d'un qui n'étaient pas forcément venu les voir eux à l'origine. Ajouté a cela, la qualité de la prestation d'Aucan et des Idem pas mauvais du tout, vous repartez avec l'impression d'avoir passé une très très bonne soirée.
Date : 18 novembre 2011
Lieu : Rex Club, Paris
Quatre jours seulement après la sortie de son dernier et excellent mix (ici), Marcel Dettmann était de passage à Paris accompagné de son acolyte Ben Klock, dans le cadre des Nuits Capitales. Séparément, les deux DJ sont grands ; ensemble, c’est une véritable machine de guerre sonore qui ouvre le feu, et en mode all night long s’il vous plaît. En l’absence de warm-up, il n’est plus suicidaire de se rendre au Rex Club dès son ouverture, pour y entendre la paire préparer tranquillement leur terrain musical… il est minuit. Minuit trente-six, premier kick, et c’est parti pour plus de six heures d’assauts électroniques. Dépourvue à 95% de mélodies, la techno des berlinois est frondeuse, brutale et sans concession, confiante dans l’efficacité virile des seuls beats et basslines. Et les mecs ont envoyé du très lourd : setlist pointue, zéro temps mort, l’ambiance qui se dégage de l’ensemble oscille entre stupre, dope et règne post-apocalyptique des machines. Sans surprise donc, Dettmann & Klock se posent encore et toujours parmi les tous meilleurs DJ de ce bas-monde, merci pour nous !
Mais alors il fallait bien ça pour rendre cette soirée supportable ! La faute à un nombre spectaculaire de blarfs, péteuses et péteux (les dames d’abord), qui ont mis les nerfs des simples auditeurs/danseurs à rude épreuve. Entendons-nous, je ne suis pas en train de me lancer dans un couplet maintes fois entendu sur l’ambiance général du Rex Club. Mais de mémoire de Pingouin, jamais le phénomène « cours de récré pour sales gosses semi-bourges de moins de vingt ans » n’avait pris une telle proportion. Impossible de passer trente secondes sans se faire percuter par de la viande saoule quasi mineure faisant la navette entre bar et fumoir à la recherche de leurs congénères éparpillés dans le club. Certes, je ne suis pas un mec hyper-tactile, mais tout de même ! Aller fumer une simple clope relève de l’exploit physique et psychologique, et même la connasse de 19 ans au bord du coma éthylique qui m’a roulé un patin pour me remercier de lui avoir refilé une taffe ne suffira à me réconcilier avec ces foutus dégénérés. Ajoutez à cela un Rex surbondé de la cabine DJ aux chiottes, un staff habituellement peu amène et ce soir particulièrement sur les dents, et vous avez tous les ingrédients pour vous donner une furieuse envie de fuir ce véritable merdier ou de droiter le prochain mec qui vous rentre dedans avec son air d’ado débile qui semble dire : « ouais chuis con, j’te fais chier et j’t’emmerde »… et ce, répétons-le, malgré le set immense auquel on assiste pourtant ! Qu’on n’aille pas me dire que j’abuse : il suffisait d’entendre les conversations de mecs normaux pour entendre un son de cloche identique. A cinq heures du matin, la pression électronique commençant à redescendre, c’est avec un réel soulagement que j’ai retrouvé la rue parisienne, où même les petites renois de la rue Saint-Denis vous paraissent des anges de douceur et de délicatesse. Bordel, pas facile de devoir fréquenter les clubbers…
par Pingouin Anonyme
Date : 30 novembre - 4 décembre 2011
Lieu : Rennes
S'il y a bien un festival défricheur en France, c'est les Transmusicales de Rennes.
Cette année, Chroniques Electroniques ira faire son marché, le temps d'un weekend, afin d'y dénicher des groupes, artistes intéressants. Mais on ira aussi voir et écouter Agoria, Niveau Zéro, Shabazz Palaces, Todd Terje,...
On vous racontera tout cela en détail dès notre retour.
Date : 9 novembre 2011
Lieu : La Machine du Moulin Rouge (Paris)
Hier soir, la Machine était le lieu de convergence hip-hop incontournable de la capitale puisque tout le gratin du collectif Rhymesayers était de sortie. Rhymesayers reste un des bastions du hip-hop indépendant, le label de Minneapolis n’en finit plus depuis 1995 d’enchaîner les sorties de qualités au profit d’un rap autant classique d’audacieux. Dans le cadre du Rhymesayers European Tour, c’est plus de 5 entités qui vont se suivre sur scène : Grieves & Budo, Blueprint, Brother Ali, Evidence et Atmosphère.
Il est un peu plus de 22h lorsque nous pénétrons dans le labyrinthe de la Machine. La soirée est sold-out mais le public a déjà pris largement possession des lieux. Nous tentons de franchir le mur humain qui empêche de s’approcher à moins de 15m de la scène. Une ouverture se profile, nous plongeons. En descendant les marches, l’impression d’être dans un putain de film se fait sentir. Le son est massif, la scène vibre et le public est en ébullition. L’ambiance est impressionnante et confirme le fait que le meilleur public reste le public hip-hop. Grieves & Budo se chargent d’haranguer la foule avec leur hip-hop ludique. Budo s’éclate comme un môme à la guitare pendant que Grieves squatte le micro. Sans être brillant, le rap du duo n’en demeure pas moins remuant et sympathique et fait figure de warm-up idéal.
La soirée étant bien calibrée (pour ça, les rappeurs américains sont balaises mais c’est aussi une des limites du genre), il suffit d’attendre à peine 10 minutes pour que Blueprint déboule sur scène. Le rappeur de l’Ohio dévisage la foule avant de s’engouffrer dans un hip-hop plus abrasif. Changement total d’ambiance. Accompagné par une guitare massive, le rap de Blueprint y va à la machette. Cela est renforcé par la présence du DJ qui n’hésite pas à s’engouffrer dans un abstract hip-hop rêche. Les morceaux sont progressifs, prennent à la gorge et font monter la tension. Mais au bout de 15 min, Blueprint s’égare dans une électro tristement dansante, tristement inconsistante, tristement laide. Radio-Inactive se retrouve ainsi bloqué entre deux morceaux de seconde zone. Dommage.
Une bière à 5 euros plus tard, c’est au tour de Brother Ali de squatter la scène. Le public est chauffé à blanc. Exit l’abstract, retour aux sources avec un hip-hop plus direct dans les samples et plus engagé dans les lyrics. Le flow de Jason Newman met tout le monde d’accord. Il s’en sert avec malice pour dynamiter totalement le public. Tous les codes du hip-hop sont exploités avec justesse. Alors même si les samples sont répétitifs, force est de reconnaitre le talent de conteur de Brother Ali (notamment sur un Truth Is prenant) et sa propension à transformer la Machine en arène.
Mais si le public s’est massivement tassé près de la scène c’est pour mieux vivre l’expérience Evidence. Exilé des mythiques Dilated Peoples, Evidence est une machine de guerre sur scène. Le niveau monte d’un cran à tous points de vue. Le concert s'ouvre sur un It wasn't me harangueur. Le flow nonchalant du MC et son jeu de scène sont principalement portés par un rap aux samples brillants. Misant principalement sur des samples vocaux et sur des standards (des Beastie aux Beatles), il y a une réelle volonté de créer à partir d’un objet déjà parfait. En plus d’être d’une efficacité redoutable, c’est d’une intelligence folle. Le public connaît ses classiques sur le bout des doigts, ce qui propulse le concert au rang des moments mythiques, de Chase The Clouds Away à The Layover, tout s'enchaîne très vite, trop vite.
Il n’est pas loin d’1h du mat’, et comme un parisien docile, je prends le dernier métro sans attendre la prestation d’Atmosphère (qui aurait livré un concert inégal, entre rap tendu et digressions sirupeuses). Honte à moi sans doute mais ce que j’ai vécu fait plus que me contenter et me conforte dans l’idée que rien ne vaut un putain de concert de hip-hop.
par B2B
Date : Lundi 31 octobre 2011
Lieu : New Morning, Paris
Lorsque l'emblématique club de jazz parisien ouvre ses portes au Moritz Von Oswald Trio, on peut imaginer l'expérience feutrée que représente la fusion des deux univers. Ce pionnier de la dub-techno, derrière le nom de Maurizio et comme partie intégrante des légendaires Basic Channel ou Rhythm & Sound, s'est entouré, dans le cadre de ce projet, de musiciens aux casquettes tout aussi nombreuses, Max Loderbauer (NSI, Sun Electric) et Sasu Ripatti (Vladislav Delay, Luomo). Leur concert est précédé d'une première partie, celle des poulains du jeune label Dement3d, qui organise cette soirée en collaboration avec l'équipe de Sonotown. Ainsi le Pingouin et moi-même pénétrons le lieu en ce début de soirée pour la prestation de DSCRD (prononcez discordance).
Les places assises, autour de petites tables de bar, représentent des positions d'écoutes idéalement commodes. Les groupe qui s'installe est composé de cinq jeunes types, lunettes à monture épaisse et chemises à carreaux pour quatre d'entre eux (j'ai rien contre les carreaux). Chacun s'installe derrière un laptop et le groupe commence par emplir la salle de crissements et claquements en tous genres. Un mec semble en charge de la caution Nature & Découvertes, assumant les interventions d'une flute, d'une cymbale, d'un bol tibétain, avec une concentration contrastant avec l'apport sonore, si bien qu'on puisse en questionner furtivement l'utilité. En attendant, DSCRD évolue vers un son à mi-chemin entre une électronica moite et répétitive et une techno organique, bancale, se réclamant de textures noise et d'infiltrations de dub. Une fois sur deux cela fonctionne. Le reste du temps, les schémas ne cessent ne se reproduire, les tracks pèchent par manque d'évolution et la vision des membres du groupe, headbanguant à qui mieux mieux sur des sons qui se voudraient immersifs ébranle d'un poil leur crédibilité. La première partie durera autant de temps (1h30) que la prestation du Trio, que l'on commence à attendre de pied ferme.
Enfin, Von Oswald et Loderbauer se placent aux machines, tandis que Ripatti se range derrière ses percussions, un ensemble auquel s'ajoute un mobile de lames de métal et de ressorts dont les résonances insufflent à la musique du Trio ces vibrations si particulières. Dès les premières minutes l'alchimie opère et l'engourdissement gagne. Il est impressionnant de juger un live à l'envie qu'il vous donne de fermer les yeux. Improvisée, fusion d'électro-acoustique, d'électronica et de free-jazz, la musique des trois hommes libère des fluides narcotiques et hypnotisants. J'ai la sensation d'être scotchée à mon siège, et l'impression me gagne que les vapeurs s'échappant de la scène m'endommagent réellement le cerveau. A la fois euphorisantes, cotonneuses et complètement aléatoires, les manipulations du Trio sont des berceuses cabalistiques qui plongent l'auditoire dans une transe immobile et ouatée. En live et sur disque, le Moritz Von Oswald Trio n'a rien a voir, aucune des Horizontal Stucture de leur dernier opus (chroniqué ici) n'est ici re-crée. Après une heure qui dura 10 minutes, les Allemands et le Finlandais reviennent pour un rappel. Sous une intro dubby, le Pingouin se réjouira d'entendre enfin un peu de dub-techno. Raté, le Trio s'attache une nouvelle fois à découdre tous les fils tissés et nous accordent une dernière perle carillonante. Un type est chargé d'achever la soirée (sur une Roland TR-808, quelqu'un dira dans la salle « au moins c'est plus rock'n'roll »), mais pour vos dévoués chroniqueurs, l'intérêt n'est plus.
Un live du Moritz Von Oswald a donc des effets de drogue tranquillisante, c'est bon à savoir. Dommage pour DSCRD qui, sans être indigne d'intérêt, ne constituaient pas exactement le warm-up adéquat. Quand bien même, la qualité du lieu et de la prestation du Trio ont fait de ce concert une expérience à part.
par Manolito
Date : 30 septembre 2011
Lieu : Gaîté Lyrique
Amusant de déambuler ce soir dans la Gaîté Lyrique, qui accueille via le Festival d’Île de France (Factory) Arnaud Rebotini et les légendaires Front 242, pour une trop rare soirée EBM à Paris. De fait, le public a l’âge de ces musiciens, et l’on pouvait y croiser autant de d’acteurs historiques du mouvement goth français que de trentenaires en petite chemise.
Lorsque Rebotini prend les commandes, la tache est difficile : introduire Front 242, et faire se remuer la petite centaine de personnes présentes au départ dans la salle à 20h30. Et pour ça, le parisien a trouvé la solution : à fond au début, à fond au milieu, à fond à la fin. Et il ne faut pas deux minutes pour comprendre que la soirée va être énorme. Entouré de sept machines, c’est à un véritable hommage au matos Roland que nous convie ce fameux set « 2ton Vision Live » du parisien. Très concentré, Rebotini envoie donc sans discontinuer une EBM au groove ravageur et boostée à l’énergie techno, tandis que des vidéos de claviers vintages ou du public en live tapissent les murs de la salle. Une grosse heure plus tard, Rebotini lève son verre devant un public conquis et aussi réceptif que possible, vu l’heure et le lieu.
Lorsque Front 242 débarque sur scène une demi-heure plus tard, l’ambiance a pourtant radicalement changé, la salle est pleine et surchauffée. Et le miracle a eu lieu dans ce temple de la hype et de la bourgeoisie parisienne : dès le premier morceau, la Gaité Lyrique se transforme en salle de concert metal, avec slams et pogos sur les dix premiers mètres devant la scène pendant tout le show ! Le Pingouin a donc eu l’occasion de balancer une bonne série de coups de nageoires sur les classiques des belges, qui s’enchaînent à un rythme effréné (parmi lesquels Headhunter, Body to Body, Welcome to paradise, No Shuffle, In Rythmous Bleiben…). On aura droit également avec plaisir à quelques morceaux de leur dernier album en date, Pulse, qui remonte tout de même à 2003. Le son est assez old-school, et la structure des morceaux très proches du Reboot Live de 1998, mais l’ensemble (oh joie !) est hyper-violent, puissant et implacable. Une chose est sûre, les membres de Front 242 n’ont rien perdu de leur légendaire bodybuilding ! Une heure et demie plus tard, après un rappel d’anthologie sous la forme d’un medley de Happiness et Punsih your Machine, les lumières se rallument sur un public lessivé, et à essorer vu la chaleur infernale de la salle, mais un public heureux. Putain de merci les gars, c’était dantesque !
par Pingouin Anonyme
Date : 24 septembre 2011
Lieu : La Dynamo – Banlieues bleues (Pantin)
Drôle d’ambiance hier soir à la Dynamo de Pantin, qui accueillait Biosphere et le trompetiste Jon Hassell dans le cadre du Festival d’Île de France - Factory (que nous continuerons à suivre dans ces pages). Sold-out à la dernière minute, c’est sous le regard courroucé d’une vingtaine de personnes refoulées que nous retirons notre place, afin de pénétrer dans la salle de concert. Première surprise : la Dynamo ressemble beaucoup plus à une salle de théâtre qu’à autre chose. Le staff a l’air au taquet : pas de bière, pas de bruit, pas de gens debout, bref c’est un parterre de 200 blogueurs et quinquas branchouilles qui attend sagement assis le début du set de Biosphere.
Geir Jenssen déboule sur scène sans chichi, s’assoit devant ses machines, envoie une première boucle, une seconde… puis arrête tout pour demander aux ingés-son d’envoyer la vidéo qui doit accompagner le set. Au bout d’une minute, un type parvient à trouver le bouton play sur sa télécommande, et le norvégien relance son set, qui consistera en une version live de son dernier LP N-Plants. Premier problème : le volume sonore est effroyablement faible. On entend jusqu’aux double-clics de Jenssen sur son laptop, et je ne vous parle pas des soupirs dans le public, qu’on peut percevoir de l’autre bout de la salle. De plus, le son est mauvais, aucune profondeur dans les basses, qui grésillent à l’agonie. Troisième problème : le son comme la vidéo sautent régulièrement. Et pour arranger le tout, le set de Biosphere ne parvient pas à décoller. Ni les vidéos conceptuelles sur la liquidité spatio-temporelle, ni les boucles de N-Plants ne semblent pouvoir tirer la salle de la léthargie. Le set s’arrête sur une pirouette, et même si l’accueil du public a l’air bon, Jenssen n’en mène visiblement pas large.
Après l’entracte et un tour au bar, dont les tarifs sont plus que raisonnables, Jon Hassell s’assoit lentement sur scène, accompagné pour l’occasion de Werner Hasler au laptop. Les problèmes de son demeurent, tandis que Hasler envoie ses premières boucles d’un jazz désespérant, loungy jusqu’aux tréfonds de l’ennui. Jon Hassell est pourtant un très grand trompettiste, et lorsqu’il daigne porter son instrument à ses lèvres, le résultat fonctionne immédiatement, et on entrevoie le « quatrième monde » promis. Malheureusement, visiblement agacé par les problèmes techniques à répétition, il passera plus de temps à pianoter sur son synthé des mélodies sans génie. Les spectateurs s’en vont d’ailleurs un par un, jusqu’à ce que tous soient invités à quitter les lieux, le concert s’étant finalement terminé sous les applaudissements désabusés d’un public lassé. Vivement les prochains rendez-vous !
par Pingouin Anonyme
Dates : 31 août-11 septembre 2011
Lieu : La Villette (Paris)
Le festival Jazz à La Villette a su construire au fil des années une réputation de qualité et d'éclectisme, avec une vision extra large de ce qu'est le jazz. Si nous aurions eu cette année envie de faire de nombreuses dates, pour voir par exemple la combinaison Tom Harrell, Roy Hargrove et Stéphane Belmondo, et que les retours ont été très bons pour Abdullah Ibrahim et Archie Shepp accompagné du MC Napoleon Maddox, ce sont quatre autres soirs que nous vous rapportons.
Zu + The Ex (Dimanche 4 septembre - Cabaret Sauvage)
par Pingouin Anonyme
C’est dans un Cabaret sauvage à moitié rempli que le trio italien Zu (basse, saxo baryton, batterie) ouvre la soirée. Coqueluche de la scène metal intello depuis quelques temps grâce à son excellent album Carboniferous en 2009, Zu aura pourtant bien du mal à s’imposer. Mélange hybride de drone, de math-rock et de free-jazz, le magma sonore déjà touffu et complexe du groupe se trouve desservi par un son ingrat, incapable d’en restituer les subtilités réelles. Quelques morceaux enchaînés sans temps mort en 30 petites minutes, et Zu remballe ses instruments sous l'accueil finalement chaleureux d’un public respectueux, mais un peu déçu d’en avoir si peu entendu.
Une petite demi-heure plus tard, et les Hollandais de The Ex débarquent sur scène sourire aux lèvres, accompagnés du Brass Unbound, soit un sympathique quatuor de cuivres (deux saxos, une trompette, un trombone). La rencontre des deux formations est une aubaine, le Brass Unbound relevant les compos classiques de The Ex, puisées dans leur interminable discographie : tour à tour festif, latino ou franchement free, c’est un relief nouveau que prend le post-rock noisy des bataves grâce à cet apport musical rafraîchissant. Le trio de guitares de The Ex fonctionne à la perfection, la qualité du son s’étant nettement relevée, et le chant très typé d'Arnold de Boer fait mouche, rappelant souvent le style, tant physique que vocal, de feu Ian Curtis de Joy Division. Mention spéciale à Katherina Bornefeld, à la batterie et parfois au chant, qui parvient à communiquer à un public enthousiaste une énergie solaire. Une heure quarante-cinq et trois rappels plus tard, les huit musiciens quittent la scène visiblement lessivés, mais laissant un parterre de fans conquis et heureux.
Poni Hoax + ESG (Jeudi 8 septembre - Cabaret Sauvage)
par B2B
Ca m’apprendra à arriver en retard, même de 20 minutes. J’aurai pourtant du me douter que les horaires d’un festival de jazz sont toujours respectés. Poni Hoax est en pleine représentation lorsque je pénêtre dans le Cabaret Sauvage. Le public ne bronche pas devant la cold-wave abrasive de la bande de Nicolas Ker. Alternant envolées rock viscérales et rythmique robotique, le chanteur balaie l’espace scénique avec gravité avant d’achever le concert par un Antibodies rageur.
A peine le temps de reprendre son souffle, d’observer le public se masser devant la scène (le concert est sold-out) que la bande d’ESG déboule sur scène. La famille Scroggins va littéralement emporter le public dans un punk-funk dansant en diable. En quelques minutes, les cries se multiplient, les corps se contorsionnent. La rythmique se fait autant animal qu’urbaine donnant l’impression d’assister à un concert dans la jungle new-yorkaise. Le batteur est impressionnant de maitrise, la basse de Nicole Nicholas parle directement aux tripes pendant que les percus des Scroggins provoquent les jambes. La répétitivité devient alors une arme provoquant une transe extatique. Les danses ultras sexuelles font monter dangereusement le taux d’hormones de la salle, les paroles mi-chantés, mi-scandés n’en finissent plus de résonner dans les têtes. L’aspect minimaliste des chansons d’ESG prend alors une vertigineuse proportion en live et leur musique devient imparable. 1h de concert plus tard, le public peut aller s’essorer dehors, conquis.
Brad Mehldau (Vendredi 9 septembre - Cité de la Musique)
par Tahiti Raph
La parfaite salle de la Cité de la musique accueille quelques jours plus tard un Américain à la fois pianiste classique virtuose, au swing jazz et à la culture pop. Après l'avoir vu au Châtelet en novembre dernier pour jouer, largement accompagné, son dernier et magnifique album Highway Rider, Brad Mehldau est seul cette fois ci. Il se présente sobrement au public, attitude respectueuse et costume discret. Les mains sont placés, le jeu peut commencer.
Car le garçon est joueur. Il s'amuse à débuter lentement puis à densifier ses morceaux. La main gauche pose les bases, déroule, entretient le feu, tandis que la main droite se promène, enrichie, voire intensifie la mesure en doublant la mise. Sa musique est faite de ruptures, de moments de grâce et de crispations. Le tempo peut s'accélérer ou se complexifier en fonction de l'humeur des aigüs. l'Américain ne joue pas vraiment du jazz au sens propre du terme. Même s'il répond à l'idée de musique improvisée et bien qu'il parte d'un thème auquel il revient généralement après de longues minutes de pérégrinations, le ton est plus libre, plus large que le jazz.
Habitué des reprises pop, il ne faut attendre que trois titres pour un hommage à Radiohead, groupe qu'il place très souvent dans son répertoire en solo (Paranoïd Androïd dans son Live à Tokyo) ou en trio (Exit Music (For A Film) ou Knives Out dans sa série Art Of The Trio). Il s'attaque pour l'occasion à Jigsaw Falling Into Place issu d'In Rainbows, morceau qui correspond à sa facilité à marteler nerveusement son clavier avec une grande finesse. La guitare de Johnny Greenwood fait vibrer sa main gauche quand la voix de Thom Yorke anime la droite. Le thème est tricoté, détricoté, puis ne sert que de prétexte à l'improvisation de plus en plus lointaine. Après un passage moins en rondeur, Mehldau se lance dans un Teardrop de Massive Attack hypnotisant et langoureux. Avec le risque que le concert tourne au blindtest, la pianiste assume son goût de la musique moderne et démontre comment elle peut sonner autre. Pas jazz pour autant.
Encore complétement dans cette réflexion sur ces nombreux emprunts au répertoire pop, le premier rappel enfonce le clou avec le Blackbird du duo Lennon/Mc Cartney qu'il jouait déjà sur le premier Art Of The Trio. Un retour sur scène relativement court par rapport à ce qu'il avait montré jusque-là. Trois autres suivront, plus longs. Même si les ritournelles de sa main droite lassent parfois, qu'il semble combattre le trop de technique par des morceaux grands publics, le public est conquis par sa sincérité et son inventivité.
Questlove's Afro Picks (Dimanche 11 septembre - Grande Halle de la Villette)
par B2B
Le voilà le fameux évènement du festival, la soirée au line-up en forme de all-star game. Il faut réussir à s’imaginer une escouade de l’afro-beat venu frapper votre cul le temps d’un unique concert. 20 musiciens prennent ainsi place sur scène pour la Questlove's Afro Picks, gigantesque projet mis en place par RBMA (Red Bull Music Academy).
Le début est pourtant poussif, la soul prend l’ascendant avec une Macy Gray par forcément adaptée pour ce projet. Les premiers solos de cuivres des membres d'Antibalas tentent de réveiller difficilement une hall de la Villette au son trop plat, à l’architecture froide (c’est à vous faire regretter un Zénith, c’est vous dire). Si en plus le public devient chiant et braillard, ça n’arrange rien. Puis, au bout de 40 minutes, le Love Is Natural Feeling de Tony Allen, tout sourire sur scène du début à la fin, devient élastique. Macy Gray s’oppose à un Amp Fiddler de classe internationale. Questlove, le légendaire batteur des Roots et le chef d'orchestre de ce projet, entame alors un battle avec Tony Allen annonçant une suite explosive.
L’afro-beat reprend ses droits, la foule peut commencer à bouger, il était temps. David Murray dirige les cuivres tout en se permettant des solos de saxos euphorisant. Quand retenti Sorrow Tears and Blood de Fela Kuti, la foule qui connait ses gammes se laisse prendre au jeu. Black Thought (MC des Roots) prend le timbre de Fela tout en imposant un flow hip-hop actuel. Les paroles militantes de ces morceaux africains des 70’s commencent à prendre sens. Malgré la longueur des morceaux, tout semble s’enchaîner vite. Questlove accentue ses frappes, le son prend du relief pour mieux capter l'attention. Le Peace de Bongi Makeka interprété par Mamani Keita et ses choristes annonce la fin alors qu’on a tout juste l’impression de commencer à vivre quelque chose. 11 morceaux et 1h50 plus tard, le combo quitte la scène sous une longue ovation. On en aurait voulu plus, bien plus.
par Pingouin Anonyme, Tahiti Raph et B2B
Date : 24 septembre - 8 octobre 2011
Lieu : Paris et banlieue
Le festival Factory revient avec une programmation électronique toujours aussi pertinente et aventureuse. En 5 soirées, il y a largement de quoi divertir les esgourdes les plus intransigeantes.
Cette année, on pourra entre autres entendre : Front 242, Carl Craig, Biosphère, Arnaud Rebotini, Urban Tribe, Jon Hassell, Pascal Comelade, etc.
Chroniques électroniques sera présent et vous racontera tout cela en détail.
Lieu : Paris
Date : du 31 août au 11 septembre 2011
Le toujours irréprochable festival Jazz à la Villette permet de clotûrer brillamment l'été. La programmation flirte avec le sans faute. On pourra notamment y entendre Archie Shepp, Roy Hargrove, Brad Mehldau, Maceo Parker, Questlove (et pleins de potes pour une soirée afrobeat qui s'annonce dantesque), The Ex, Zu, ESG, Poni Hoax, Cinematic Orchestra, etc.
Chroniques Electroniques piochera dans cette prog afin de vous en livrer, dans la foulée, un compte-rendu détaillé.
Date : 15 et 16 juillet 2011
Lieu : Juan-les-Pins (France)
Il est des lieux que tout amateur de jazz se doit d'avoir foulé un jour. Le festival Jazz à Juan en fait incontestablement partie. L'affiche de cette année limite de toute façon les hésitations. Direction le sud donc, pour découvrir cette mythique scène perchée devant la mer, au milieu d'une reposante pinède, rare pause naturelle au sein d'une ville sururbanisée. Entre plages privées, parade de voitures de luxe et touristes en représentation, se pressent fans de jazz et locaux qui ne veulent pas rater l'événement même s'il les dépasse. Rien que pour le cadre magnifique, le déplacement vaut la peine.
Gros programme pour l'ouverture de cette 51e édition avec deux concerts et un défilé de stars. Le couchant brûle la scène alors que les derniers spectateurs tardent à s'asseoir et que différents musiciens ayant épaulé Miles Davis pendant sa carrière s'installent discrètement. Cette soirée est un hommage au célèbre trompettiste. Elle débute avec un groupe qui se présente sous le nom de Bitches Brew Beyond (photo ci-dessous), référence à l'album du maître sortie en 1969 et à son jazz futuriste alors expérimenté. La trompette sera à l'honneur, avec un Wallace Roney tout de suite très en jambe quand son frère Antoine Roney au sax et Bennie Maupin à la clarinette basse ou à la flûte sont plus en retrait. Leur musique est cool, parfois même un peu trop, et heureusement que Bobby Irving aux claviers booste un peu l'ambiance adoucie par le charme des lieux.
Le sourire et la technique d'Al Foster à la batterie font plaisir à entendre, bien plus que les interventions rares et abstraites de DJ Logic aux platines. Hormis un question-réponse scratch-trompette un peu simpliste avec Wallace Roney en fin de prestation, sa présence interroge. Le son assez inhabituel qui prévaut semble laisser un peu dubitatif le public qui se retrouve plus dans les classiques joués au terme de la playlist, dont un Round Midnight sobre. Un court rappel laissera au final un peu dubitatif, malgré quelques bonnes séquences.
Place au gros morceau. Il est presque 23 h et la nuit est tombée sur le site quand Marcus Miller (photo ci-dessous) se saisit de sa basse, Herbie Hancock se place derrière son piano et Wayne Shorter s'avance sax en main. Les trois hommes se sont succédés dans les années 1960 et 1980 aux côtés de Miles Davis et se retrouvent aujourd'hui ensemble. Ils jouent ce soir avec deux musiciens plus jeunes mais qui s'avèrent tout à fait au niveau de l'événement, Sean Jones posant sa trompette avec justesse et parcimonie et Sean Rickman démontrant un swing à toute épreuve à la batterie. Mais c'est surtout Marcus Miller qui va impressionner les spectateurs. Sur ses deux basses Fender, l'Américain s'éclate et donne le souffle de compositions qui n'en demandent pas tant. Sa complicité avec Hancock est communicative. Les séquences animées par les deux hommes, magnifiquement soutenus par le batteur, sont impressionnantes de maîtrise et d'inventivité. A l'inverse, Wayne Shorter semble un peu en retrait. Ses solos sont légers et il n'y a qu'en duo avec Sean Jones qu'il prend du volume.
Le groupe tente de jouer l'accompagnement des rêves de Miles Davis, explique Marcus Miller au micro. Pour cela, le bassiste peut souffler un instant dans une clarinette - basse bien sûr - ou relever la contrebasse posée à ses pieds. C'est en électrique qu'il reste toutefois le plus en verve, tout à la fois dynamique et technique. Il laisse ainsi un grand espace à Herbie Hancock pour s'amuser avec des samples de voix enregistrés sur son clavier ou pour sortir en rappel son bon vieux synthé portable et s'approcher enfin de celui avec qui il a conversé toute la soirée. Les titres s'enchaînent dans cette fusion qui rapproche Miller et Miles. Un subtil Someday My Prince Will Come vient calmer les ardeurs avant un final explosif qui fait lever le public.
La soirée n'a été qu'une lente montée pour atteindre les sommets passé minuit.
Le lendemain le vent souffle sur la pinède. Keith Jarrett (photo ci-dessous) et ses deux inséparables soutiens, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie, font la balance à l'abri d'une tente dressée sur la scène. Le pianiste masque difficilement son agacement face aux photographes, et pourtant il arrive à s'éclater sur les bribes de morceaux ébauchés. L'Américain a ses humeurs et peut arrêter un concert si un élément lui déplaît. L'organisation est donc adaptée à Juan, où il a déjà joué un bon paquet de fois, n'ayant notamment pas raté avec son trio une seule édition depuis 2000, lui dont la présence est plutôt rare en Europe. Les messages de prévention sont ainsi fermement répétés deux heures plus tard avant son arrivée sur scène : portable éteint, pas de photo, pas de vidéo. Les tentes ont été démontés. Le vent est tombé.
Avec un Summertime en finesse, le duo débute subtilement la première partie. Keith Jarrett peut se laisser aller, lui qui est expressif derrière son instrument. Il se lève, se dandine, se tortille et laisse - comme sur album - laisser échapper quelques cris d'approbation. Les dernières lueurs du jour disparaissent alors que Jack DeJohnette caresse ses fûts plus qu'il ne les frappe, fait scintiller ses cymbales, charley et ride en tête. Même dans ses rares solos, le batteur ne hausse pas le ton et retient ses baguettes. Gary Peacock est lui aussi discret avec des passages d'improvisation justes et inspirés. Keith Jarrett lui reste toujours aussi précis et surprenant, répondant à une mouette qui salue la performance d'un cri, frôlant les touches de son Steinway pour accompagner le ressac. Car quand Peacock et DeJohnette s'effacent, c'est bien en duo avec la mer que l'Américain se retrouve dans un romantisme absolu. L'obscurité est totale à l'entracte.
Les trois hommes reprennent leur position après une courte pause. Le triangle est formé de Jarrett, presque dos au public, et DeJohnette à l'avant de la scène quand Peacock est placé un peu en retrait. Une formation compacte qui permet au trio de jouer à un volume faible et d'être toujours à portée de coup d'oeil. Comme la veille, le groupe nous gratifie d'un Someday My Prince Will Come à la reprise. Keith Jarrett est maintenant chaud et s'enflamme un peu plus, dansant presque, les doigts toujours accrochés à son instrument. Les morceaux s'étirent nettement plus en longueur et gagnent en intensité avant de revenir dans la douceur pour le final. Les trois musiciens se plient en deux en guise de salue et ne tardent pas à revenir pour un premier rappel vite interrompu... le pianiste se dirige vers le micro et d'aucuns craignent qu'il n'ait été fâché par le comportement d'un spectateur. Il n'en est rien, Jarrett ne fait que demander à l'ingénieur du son de modifier le son de la basse. Souci de perfectionnisme avant un morceau qui ressemble à ses improvisations en solo, avec un motif répété de manière hypnotisante à la main gauche et une main droite très libre.
Le deuxième rappel est plus calme, laissant retomber l'engouement de ce concert passionné, poignant, poétique. Le batteur et le contrebassiste laissent le dernier mot à Jarrett dont les dernières notes vont se perdre dans les vaguelettes qui s'échouent à quelques pas de là. Magnifique.
par Tahiti Raph
Date : 29 juin 2011
Lieu : Cabaret Sauvage (Paris)
La canicule est arrivée sans coup férir hier soir dans la salle du Cabaret Sauvage. Lorsque les effluves lubriques de Nicolas Jaar se sont stoppées à 00h30, le public en transe avait du mal à contenir son excitation. Pour mieux comprendre cet état, il faut faire un bond en arrière de quelques heures.
Le Rex Club prend ses quartiers dans le jardin de la Villette le temps d'un festival, le ME.002, à la programmation exemplaire. On retrouve le public habituel des nuits du Rex. A 21h, on a encore l'impression que c'est l'heure du petit déj' pour tous ces clubbers. Mais Acid Pauli va faire monter la pression avec intelligence. Son DJ set progressif est finement mené en prenant comme principe de superposer une chanson (uniquement la voix) sur un beat house langoureux. Toujours sur le fil du rasoir, à la limite du mauvais goût par moment, follement branché, ce DJ set dynamite la foule et prépare ainsi le terrain à John Roberts.
L'Américain prend possession de la scène à 22h afin de présenter son live tant attendu. L'auteur du chef d'oeuvre deep-house Glass Eights (chronique ici) ne va pas décevoir. John Roberts réinvente ses morceaux en live en superposant ses créations. L'enchevêtrement des formes permet de maintenir l'attention pendant que ce malin de John utilise avec parcimonie des gimmicks de club volontiers plus frontaux. Pendant 1h, la quasi intégralité de l'album est passé en revue sans avoir l'impression d'une quelconque redondance. C'est d'une rare finesse et il est objectivement impossible de remettre en cause un tel talent.
Mais c'est surtout Nicolas Jaar qui est attendu ce soir par un public de plus en plus impliqué. Mais comment le très éthérée Space Is Only Noise (chronique ici) va-t-il passer en live ? La crainte de voir l'ambiance retomber est grande. Nicolas s'installe aux machines avec le reste de son groupe (batterie, claviers, saxo, guitare). Dès l'ouverture, le ton est donné. Nicolas Jaar part dans un downtempo moite sidérant de tension contenue. Lorsque le beat est lâché, la foule explose. Le tour de force de Nicolas Jaar est de provoquer l'euphorie avec un beat n'excédant jamais les 100 BPM. C'est impressionnant de maîtrise. Les corps se mettent à chalouper, les gouttes de transpiration ruissellent sur la piste. Plus le concert avance et plus la lubricité s'impose. Rarement un concert d'électro n'aura été autant imbibé de sexe. Nicolas commence alors à jouer avec nos jambes en multipliant les accélérations et les chutes de rythmes avec une aisance folle. Il suffira d'un rappel pour achever la foule, d'un morceau électronica, à la limite de la musique concrète, au finish malaxant une rythmique d'n'b avant un Space Is Only Noise If You Can See phénoménal et s'arrêtant net, laissant ainsi les gens transi.
C'est rare une telle qualité sonore dans une soirée, une telle progression dans la luxure. Rien ne fut à jeter dans ce line-up qui a su imposer sa puissance dans sa retenue. Brillant !
par B2B
Date : 21 juin 2011
Lieu : Grand Palais (Paris)
Les accointances entre l’art contemporain et la techno relèvent d’une logique implacable tant les deux mondes se chevauchent s’en jamais se télescoper, tant chaque domaine se complait à redéfinir les normes pour mieux jongler avec nos sens. Quand l’un invite l’autre, c’est uniquement dans l’optique de créer une synergie parfaite. C’est ainsi que deux figures incontournables se retrouvent dans l’imposante nef du Grand Palais afin de confronter leurs créations.
Anish Kapoor a investi le cadre de la verrière, dans le cadre de l’exposition Monumenta, via une installation aux dimensions étourdissantes. L’Indien, comme à son habitude, mise uniquement sur une réception sensorielle et les réactions et critiques sont pour le moins dithyrambiques (à tort ou à raison, la question n’est pas là). Mais que vient donc faire le minimaliste Richie Hawtin face à une telle démesure ? Il avoue s’être inspiré de l’œuvre de Kapoor lors de la conception de Consumed (sous l’entité Plastikman) en 1998 et on le sait adepte des nouveaux courants artistiques. Tout cela n’est donc pas une surprise.
Kapoor a donc invité le Canadien afin que ce dernier puisse proposer un set-live de 3h en s’inspirant des formes arrondies de ce Leviathan. Sous l’impulsion de The Creators Project et We Love, c’est un moment particulièrement fascinant qui était attendu (et vu le bordel pour se procurer une place, je vous laisse imaginer l’impact d’une telle soirée).
Lorsque je pénètre dans l’ossature du Grand Palais, ma première crainte se confirme : le trop plein d’espace dilue le son. Le frangin Matthew Hawtin impose un mix ambient aussi abscons pour le lieu que pour le public. L’impression de se retrouver face à une masse sonore indéchiffrable est rapidement désagréable mais le public prend son mal en patience.
Petit à petit, la foule se presse au pied du Leviathan pour attendre le messie. A 22h, Richie Hawtin apparaît enfin et prend place en haut de l’imposant escalier pour s’installer face aux milliers de danseurs potentiels. La mise en (s)cène est quasi christique, d’autant que la nuit tombe et que les jeux de lumières, sobrement inspirés, déforment les volumes de l’installation d’Anish Kapoor.
Comme toujours avec Richie, l’intro est du petit lait. Il maintient le public sous pression pendant 20 minutes avec de lâcher une première rythmique électronica imparable. J’y crois comme jamais mais l’improbable se produit, un problème technique/une erreur du DJ vient couper le son. Richie doit réitérer sa mise en préparation. Le public, soutenu par de belles têtes à claques, semble ne pas être habitué à ce conditionnement nécessaire et commet alors l’irréparable en sifflant Hawtin. Il n’en faut pas plus pour que ce dernier balance immédiatement un beat techno afin de contenter les crevards. Lorsque le premier kick massif résonne, je ressens une légère euphorie… qui sera de courte durée. Richie s’adapte. Le public veut du vulgaire, il aura du vulgaire. Commence alors un DJ set indigne du niveau du Canadien. Lui qui construit habituellement ses sets avec une rare cohérence (cf Time Warp 2011 ici), il est ici tombé dans l’écueil de l’enchaînement banal de tracks percussives en se permettant d’impardonnables erreurs rythmiques. Ajoutons à cela un son de plus en plus inaudible, couvert par des basses trop présentes.
Je décide de reculer, file au bar (toujours ce racket désolant avec la bière à 7 euros) et constate dépité que rien, plus rien, ne pourra sauver ce naufrage. Je préfère m’éclipser à minuit en me persuadant que cela était bien tenté mais malheureusement inévitable. Comment voulez-vous concilier un lieu imposant, un DJ exigeant et un public épuisant ? Les intentions étaient louables, le résultat est oubliable.
par B2B
Crédit photos : Lana D.