Partager l'article ! Scratch Massive - Nuit de Rêve: Sortie : 31 octobre 2011 Label : Pschent Genre : Electro 80’s, n ...
Sortie : 31 octobre 2011
Label : Pschent
Genre : Electro 80’s, new-wave
Note : 6,5/10
Quelles sont les frontières du mauvais goût ? On est en droit de se poser la question à l’écoute de Nuit de Rêve, troisième album studio de Scratch Massive. Le duo, formé par Maud Geffray et Sébastien Chenut, revient avec un album à contre-courant de leurs exercices précédents. Exit les envolées rock de Enemy & Lovers et les offensives techno de Time, cette fois-ci, c’est tout un pan de la musique des 80’s qui est convoqué avec la résurrection du courant new-wave. En ne tablant que sur des synthétiseurs outrageusement vintages, le risque n’est-il pas trop grand de se prendre une énorme gamelle ?
Paradoxalement, l’album tient grâce à cela. En étant à la limite du grand guignol, Scratch Massive avance tel un funambule, ne regardant jamais sous ses pieds, évitant de trop près le regard du public. Nuit de Rêve développe à l’aveugle ses improbables épopées avec un talent de composition indéniable. La bonne idée est de supprimer l’hédonisme crétin des classiques des 80’s pour uniquement se focaliser sur l’aspect sombre de cette musique synthétique. Ainsi, le fait de convier Koudlam donne de la gravité à Waiting For A Sign, tout comme la présence de Chloé permet de rendre Closer caverneux.
Mais parfois, ces fameuses limites du mauvais goût sont allègrement dépassées. On peut dénombrer trois limites à cet album. La première étant de vouloir ressusciter des stars frelatées tel Jimmy Somerville sur le kitsch Take Me There, la deuxième étant de tomber dans l’hommage surappuyé au risque d’en oublier les 20 ans d’innovations musicales qui ont suivi et la troisième étant de persévérer dans cette veine tout au long de l’album.
Mais en fait, il faut surtout voir Nuit de Rêve comme une B.O. fantasmée d’une série B. A partir de ce moment là, ça peut fonctionner à plein régime. Prenons exemple sur le récent film Drive. Dans ce bijou de réalisation, l’agencement des séquences permet non pas d’oublier une musique mais plutôt de la sublimer. Ainsi, l’ignoble Nightcall de Kavinsky se trouve transfiguré par la puissance d’une course poursuite magistralement menée. Et bien le constat est le même avec l’album de Scratch Massive. Si tant est que l'on veuille bien adhérer au principe de la B.O., on peut alors croire à ses visions nocturnes ouvertement datées. Les nappes de synthés prennent alors tous leurs sens et on se prend à s’imaginer un scénario improbable à l’écoute de morceaux aussi évocateurs que Pleine Lune ou Golden Dreams.
Scratch Massive risque d’en dérouter plus d’un avec ce Nuit de Rêve anachronique au possible. Il y a même fort à penser que la plupart vont crier à l’imposture tant on est loin, très loin, de ce que la musique électronique est capable d’inventer aujourd’hui. Il faut prendre Nuit de Rêve comme un hommage à la part sombre de la new-wave des 80’s. C’est lourd, parfois indigeste, mais finalement loin d’être ridicule.
par B2B