Dimanche 28 février 2010
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Sortie : février 2010
Label : Symbolic Interaction
L'Angevin Laurent Girard, ou Melodium, a réalisé plus de 15 albums en même pas dix ans. Les habitués - de bon goût - d'Autres Directions
in Music se souviennent probablement d'albums tels que La Tête Qui Flotte ou Music for Invisible People. Nous avions nous même rédigé une chronique à propos du très humble et
soyeux Lullabies for Adults (ici), gorgée d'une électronica subtile et empreinte de sonorités rappelant le
doux âge de l'enfance. Cette fois-ci, Melodium s'associe au bien trop rare label asiatique Symbolic Interaction pour publier Palimpse, confectionné
entre 2006 et 2007.
Kentaro Togawa, tête de proue de ce label ô combien enchanteur, a participé à l'élaboration de l'artwork, sobre mais terriblement évocateur du contenu à venir.
Il y a des albums capables de terrasser n'importe quel aigri par leur apparente et désarmante simplicité. Palimpse fait partie de ceux là, même si la réalisation de cet album n'a pas dû
être si simple.
Véritable diamant pop sur lit ouaté de field recordings, Palimpse évoque des territoires naturels innocents et majestueux. La tentation de qualifier cette musique de folktronica est forte.
Cette appellation d'origine peu contrôlée est réfutée par son auteur lui même.
En effet, la quasi totale absence de "rythmique percussive" (batterie, boîte à rythme) tend à lui donner raison. On ne peut tout de même s'empêcher de penser que le sieur Girard est allé se nourrir
au sein de l'héritage des musiques concrètes.
Les cordes, délicates et mélancoliques, cohabitent avec des pianos et des sonorités de pleines natures. Le moindre craquement ou bruissement venteux nous fait fermer les yeux en nous transportant
vers des contrées vierges, tels des spectateurs témoins des bouleversements saisonniers.
Conçus majoritairement en format court, chaque morceau recèle sa propre émotion, sa propre histoire. In the Forest at Night, Wreckage, Guitare Theme ou
Landscapes s'élèvent tous comme des petits joyaux.
Il arrive même d'entendre des voix, chuchotées ou subtilement trafiquées comme sur les somptueux German Voice et Kissing Disease (first version). Le très beau Bombs
d'ouverture est lui aussi accompagné des mots d'une mystérieuse femme, qui s'est excusée auprès de tous ceux qui la connaisse.
L'intriguant The Hole vient rompre avec le climat rassurant en se livrant à des expérimentations proches du drone et de l'ambient. Pourtant très réussi, on ne comprend pas bien pourquoi ce
titre est placé là. Peut-être préparait-il déjà, l'aventureux et très ambitieux morceau fleuve Insomnia (plus de 28 min), où toutes nos certitudes s'effondrent sur la conception des
compositions électro-acoustiques. Littéralement envoûtante, cette fresque tend à confirmer mon idée au sujet de l'influence des musiques concrètes.
Cet album est donc un petit trésor, qui probablement ne parviendra qu'à un nombre trop peu important d'oreilles. Espérons que les chroniques rédigées par des sites voisins et amis (ici et ici) aideront cet opus à sortir de son
injuste confidentialité.

par Ed Loxapac