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Sortie : 5 mai 2010
Label : Warp
Y a-t-il encore quelqu'un qui ne connaisse pas Flying Lotus ? De son vrai nom Steven Ellison, l'Américain est le fer de lance de la scène abstract hip-hop californienne (baptisée beat & bass par certains). Ses magistraux premiers essais, 1983 et Los Angeles, ont hissé ce jeune homme au panthéon des artistes majeurs du début du 21e siècle. Ceux qui doutaient que Warp puisse encore faire émerger des génies peuvent se foutre un compas dans l'oeil. Cosmogramma est donc plus que jamais attendu au tournant, par un éventail d'aficionados plus que large, allant du mélomane jazz, aux headbangers dubstep en passant par les puristes hip-hop de la première heure.
Autant le dire tout de suite, Cosmogramma est au hip-hop ce que Ben Hur est au peplum. Précisons que la production est néanmoins minorée de la mégalomanie d'un Robert Hossein sous béta-bloquants.
Ellison a ici repoussé les clivages de la scène qui l'avait couronné roi, et cela même si son style si inimitable demeure intact.
Celui que tous reconnaissent comme un technicien hors pair a choisi de s'entourer de musiciens plus que confirmés. Le résultat est pharaonique, même si cet album ne peut absolument pas être affublé de la mention "& friends" tant chaque collaboration intervient humblement, au service du chef d'orchestre pour qu'il ait les mains libres afin de communiquer sa vision psychédélique du hip-hop de demain. Futuriste, surréaliste, psychédélique... autant de qualificatifs qui sied parfaitement à cet opus. Il doit y en avoir tellement d'autres.
Le bassiste Thundercat (Young Jazz Giants) est présent tout au long du disque, ce qui évidemment renforce encore un peu plus l'ouverture jazz déjà entamée depuis longtemps par le lotus volant.
Celui qui a du sang Coltrane invite également son cousin saxophoniste Ravi, le trompettiste Todd Simon et la harpiste Rebekah Raff pour rendre hommage à ses illustres aïeuls et re-baptire des ponts (depuis trop longtemps effondrés) entre jazz des sources et hip-hop avant-gardiste.
On croise aussi des chanteuses, comme Niki Randa ou l'hypnotisante Laura Darlington.
Ceux qui se souviennent du Rabbit in the Headlights du désormais errant projet Unkle, savent que Thom Yorke ne posent pas son timbre plaintif sur n'importe quelle production. Même si son l'intervention est assez succincte sur ...And The WorldLaughs With You, Ellison a su poser un terrain plus que propice pour que le chanteur de Radiohead se sente dans son jardin.
Pour se faciliter la tâche face à ce projet dantesque, Ellison a choisi de demander à un de ces illustres concurrents de la scène underground de lui concocter des sonorités 8-bit. C'est sur Satellllliiiiiiteee que l'intervention de l'Autrichien génial Dorian Concept se fait le plus sentir.
Même si cet album est quasi-uniquement constitué de formats courts, on ne peut pas parler ici d'interludes tant la production est fourmillante et la dimension expérimentale omniprésente. Du côté des morceaux plus longs, on remarque plus particulièrement le titre Mmmhmm, qui s'élève comme un murmure d'ouverture pop futuriste du meilleur cru. Mais le meilleur intervient sur Do The Astral Plane, véritable invitation house moodymanienne imprégnée d'une dimension soul blaxploitation où la trompette de Simon intervient comme une piqûre de rappel.
Flying Lotus réalise ici l'album qui permet de confirmer sa probable influence dans la musique électronique des années à venir. Il fait péter toutes les frontières avec ce projet ambitieux, qui n'a pour seul garde fou que de transmettre un témoignage musical dont les racines naissent bien avant les premiers balbutiement du hip-hop de la côte ouest. Reste à savoir si ce joyeux bordel saura résister au temps. Pas si sûr...
par Ed Loxapac