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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 19:07

Sortie : avril 2010

Label : !K7 / ECM

 

Chroniques électroniques aime le jazz et le jazz aime de plus en plus la musique électronique. Deux exemples récents viennent confirmer cette tendance. Dans la série des jazzmen qui reprennent des classiques de la techno, Christian Prommer s'était fait remarquer en 2008 parmi d'autres artistes qui avaient tenté l'aventure avec plus ou moins de réussite. Il nous revient avec un deuxième volet dans lequel il continue de privilégier la réinterprétation à la conversion de ces titres au jazz.

Une démarche différente est opérée par les musiciens du Nord de l'Europe qui font tendre de plus en plus leurs son vers l'électronique tout en conservant une approche jazz. C'est par exemple le cas pour Food dont le duo d'origine est renforcé pour leur nouvelle livraison par deux recrues de choix : Nils Petter Molvær et Christian Fennesz. Pas vraiment des inconnus de la maison.

 

Les résultats sont bien entendu très différents. Dans le Drumlesson Zwei de l'Allemand, chacun va chercher à retrouver la trace des originaux, va guetter comment le beat de départ a été converti à la musique improvisée. Une démarche vite abandonnée car Prommer ne s'éloigne pas vraiment de la musique électronique par ses instrumentations léchées, rythmées, sans accent sur l'aspect acoustique attendu. La présence de différents instruments électriques, basse, guitare, clavier, renforce rapidement cette idée. Il est parfois proche des producteurs house qui cherchent à tendre vers le jazz, et à d'autres moments dans une mouvance plus rock instrumental. Le batteur conçoit en fait plus des remixs que des reprises. En effet, il n'est par exemple pas aisé de reconnaître le Acid Eiffel de Laurent Garnier. Le Jaguar de DJ Rolando est plus flagrant. Mais peu importe.

Ce disque est un hommage par l'appropriation. Il s'agit sans doute surtout de démontrer que Carl Craig (Sandstorms), Kruder & Dorfmeister (High Noon, clin d'oeil à Peter Kruder, coproducteur du disque) ou d'autres peuvent inspirer une musique organique complexe, jouée par des musiciens. Prommer prend son temps ou se dépêche, passe rapidement sur un Oxygène (part IV) de Jean-Michel Jarre un peu futile ou prend tout son temps sur une relecture hypnotique du Sandcastles de Dennis Ferrer et Jerome Sydenham. Une impressionnante puissance se dégage de ce dernier morceau avec une tension qui grandit au fil des mesures. Une magnifique conclusion qui rappelle les regrettés EST.

 

Oubliez donc le concept de ce Drumlesson et laissez vous porter par ces compositions qui démontrent une manière intéressante de produire de la musique électronique. Le résultat est un disque dense et bien pensé. C'est l'essentiel.

 

http://4.bp.blogspot.com/_zCvPofYid9M/S46crueR-OI/AAAAAAAAAQ0/VFt-rCalU4s/s400/K7257CD_cover.jpg

 

Excepté le rapport au jazz, Food n'offre finalement pas beaucoup de similitudes avec l'Allemand. Agissant depuis 12 ans dans l'électro-acoustique, le groupe composé de Thomas Strønen à la batterie et la programmation et de Iain Ballamy aux saxophones voit un trompettiste norvégien, Nils Petter Molvær, en remplacer un autre, Arve Henriksen parti en 2004, et arriver le guitariste autrichien Christian Fennesz dans ses rangs. De quoi se mettre en appétit. Les paysages sont bien plus minimalistes, chaque musicien venant poser humblement sa pierre à l'édifice totalement jazz. Difficile toutefois de ne pas penser ambient à l'écoute de ce Quiet Inlet. Sur Chimaera par exemple, le sax et la trompette se croisent sur fond de percussions dispensées au compte-goutte, le tout dans une atmosphère crépusculaire. Paisiblement, Nils Petter Molvær fait hurler sa trompette dans le désert de Becalmed et au long des sept pièces souvent dépouillées à l'extrême.

Ce disque au style typiquement nordique tourne malheureusement à la performance solo manquant un peu de consistance. L'espace est exploité avec bien trop de mesure. La sauce ne prend pas vraiment et la rencontre semble avoir mis ensemble des personnalités qui se regardent au lieu de fusionner. L'excès de sobriété de ce disque est gênant. On aimerait y trouver de la profondeur et ce n'est que de la simplicité qui en ressort. Les duos Molvær-Ballamy sont subtils sans être convaincants, tandis que Thomas Strønen brille surtout pas sa discrétion. Quant à Fennesz, il ne se fait entendre que de manière très lointaine. Ses nappes se détachent notamment sur Mictyris et Fathom, lors des rares moments où les percussions sont aussi en avant.

 

Food ne nous apporte pas la qualité à laquelle nous habitue le label ECM, avec ce disque d'une nudité un peu commune. Une déception.

http://player.ecmrecords.com/uploads/food/cover.jpg

par Tahiti Raph

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