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Sortie : 31 octobre 2011
Label : Raster-Noton
Genre : Techno anxiogène
Note : 7/10
2011 est définitivement l’année Raster-Noton. Bien que déjà à la pointe des musiques électroniques depuis plusieurs années, le cru 2011 aura permis de consolider définitivement l’identité sonore du label. A l’instar d’autres maisons défendant avec conviction une certaine idée de la musique électronique, Raster Noton s’est petit à petit rassemblé autour d’un son de plus en plus froid et expérimentale sans non plus tomber dans l’écueil de l’élitisme abscons. De Kangding Ray à Alva Noto, rien ne fut à jeter cette année. Mais 2011 n’est pas encore finie et d’autres projets continuent d’affluer.
Dernière sortie en date : Symeta de Byetone. Derrière cette entité se cache Olaf Bender, co-fondateur et surtout graphiste principal du label. Toutes ces superbes pochettes minimalistes, c’est lui. Olaf Bender fait aussi parti de Signal, monstre électronique tricéphale, aux côtés d’Alva Noto et Frank Bretschneider. Symeta est le troisième album de Byetone et il permet de retrouver cette techno fichtrement anxiogène.
Se découpant en seulement 7 morceaux. Symeta est un album étrangement accessible de la part de Raster-Noton. Cela est loin d’être un reproche d’ailleurs puisqu’il nous cueille à froid dès les premiers instants. Le diptyque Topas/T-E-L-E-G-R-A-M-M est une intelligente progression mentale vers une techno sombre. L’atmosphère est lourde et vous place d’emblée dans un état d’esprit délétère.
Sans être non plus rugueuse, la techno de Byetone n’en rappelle pas moins les désolants paysages industriels d’une Europe de l’Est engoncée dans le froid et la misère. Symeta est un album tendu, ne laissant rien passer. A l’heure où le krokodil (la nouvelle drogue « tendance » des ex-communistes) bouffe le cerveau et l’épiderme de milliers d’est-européens laissés pour compte, les compositions de Byetone apparaissent comme la bande-son de cette descente aux enfers insidieuse. Les boucles se font lancinantes et l’énergie contenue dans la superposition des strates sonores. Constamment parcouru par des grésillements, la techno de Byetone ne peut s’empêcher de convoquer la claustrophobie alors même que l'on a l’impression de déambuler dans une vaste friche industrielle à l’architecture stalinienne. Symeta ne cède pourtant jamais et refuse la rythmique techno frontale. Seul Opal tente l’ouverture berghainienne (avec succès d’ailleurs). Le reste n’est qu’une frustration contenue afin de maintenir une tension permanente.
Mais cela ne suffira pas à Symeta d’être un putain d’album. On pense en permanence au Or de Kangding Ray (chronique ici) et à l’Univrs d’Alva Noto (chronique ici). Byetone nous la joue bien plus facile et plus direct et à terme, cela lui joue des tours. Symeta provoque un plaisir immédiat s’estompant avec le temps et on finit pas se rendre compte que les morceaux manquent de profondeur.
Byetone poursuit son approche sans compromis de la musique techno. Symeta est un album sombre qui vous fera grincer des dents sans pour autant vous clouer au sol. Mais cet album ne vient aucunement remettre en cause la discographie de Raster-Noton, au contraire, Symeta s’inscrit parfaitement dans le travail sonore actuel du label, le souci de l’expérimentation en moins.
par B2B