Partager l'article ! Brian Eno - Small Craft On A Milk Sea: Sortie : novembre 2010 Label : Warp Genre : Ambient Note : 7,5/10 ...
Sortie : novembre 2010
Label : Warp
Genre : Ambient
Note : 7,5/10
Faire un semblant de biographie en ce qui concerne Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno est plus que périlleux. Soyons fous, appelons le Brian, et disons que ce pape de l'ambient a traversé les révolutions technologiques et musicales, influençant aussi bien John Cale que Kraftwerk, en passant par la trilogie berlinoise de Sir David Bowie. En clair, l'empreinte de Brian Eno laisse une trace indélébile aussi bien dans le rock que dans les musiques électroniques. Souvenons nous de Music for Airports. Celui qui sculpte littéralement des bandes originales de films avant même de les avoir vus, s'acoquine cette fois-ci avec Warp et deux jeunes compositeurs dans le vent : Jon Hopkins et Leo Abrahams.
Soyons franc sans être méchant. Lorsque l'annonce de la parution d'un album de Brian Eno chez Warp est tombée, j'ai d'abord pouffé. Je me suis dit que ça sentait la compilation de faces B, une petite arnaque bien buzzée en somme. J'ai fait une autre tête en voyant les noms des collaborateurs. Le musicien producteur britannique est-il encore dans le coup ? Est-il capable de faire de la merde ? Surtout en pareille compagnie ? Assurément non. Small Craft On A Milk Sea est un très bel album, qui ne brusquera pas les inconditionnels du lascar certes, mais qui aura le don de témoigner à toute une jeunesse de ces exploits présents et surtout passés. C'est là que c'est très intelligent d'avoir choisi Warp pour sortir ce disque. Tout comme le choix du guitariste Leo Abrahams et de Jon Hopkins (vous savez, ce beau gosse qui fait aimer l'électronica aux gens que ça fait chier d'habitude).
Derrière les lumières et le brouhaha des villes industrielles, les éléments et la nature tiennent toujours leur place. C'est un peu ça que décrit le disque, enfonçant les touches du légendaire piano et en se lançant dans du soundscaping mi-improvisé pour dépeindre les morceaux extérieurs à la cité, et en domptant les guitares et devenant plus noisy pour accrocher la vibration citadine. Les trois premiers titres sont excellents mais n'ont rien de surprenants, faisant presque office de mise à jour pour ceux qui n'auraient pas encore compris à qui ils avaient à faire. Viennent alors les superbes et brumeux Flint March (court et martial), Horse (écorché et indomptable) et 2 Forms Anger (tout bonnement terrifiant). Bone Jump, titre pas mauvais mais dispensable, semble faire le lien entre les époques et les virages technologiques pris par l'auteur. Dust Shuffle est quand même beaucoup plus intéressant. L'album prend alors un tournant plus expérimental, plus aérien et plus atmosphérique. Plus Enoien quoi. Se détacheront les indispensables Paleosonic, Slow Ice Old Moon et Emerald And Stone. Sur cette deuxième partie, le style inimitable au piano de Jon Hopkins est reconnaissable immédiatement.
Toujours dotée d'un potentiel cinématographique exceptionnel, on s'aperçoit que la musique de Brian Eno peut également se montrer parfois "plus percussive", facette trop rarement entr'aperçue. Malgré la complicité qui semble entourer le trio, les deux jeunes gens ne sont là que pour souligner l'immense talent de composition et de production du maître. Car, Small Craft On A Milk Sea est avant tout, un album de Brian Eno pur sucre.
Tout sauf une arnaque donc, même si cet album est très long et que certains titres ne s'imposaient pas. Même si dans dix ans, il est peu probable que Small Craft On A Milk Sea fasse partie des travaux majeurs cités par les fans, peu importe, avec la discrétion et le mystère qui ont toujours entouré Sir Brian, il répondra à côté de la question, disant que la révolution numérique a faussé les cartes, que l'offre musicale n'a que beaucoup trop surpassé la demande. La bonne nouvelle est ailleurs. Si Warp a toujours dans son escarcelle certains rois de l'IDM, le légendaire label de Sheffield peut aussi nous surprendre autrement qu'en sortant de l'ornière des groupes pop anémiques et faussement hype, qui n'auront heureusement survécu que le temps d'un été.
par Ed Loxapac