Partager l'article ! Blacastan - Blac Sabbath: Sortie : mai 2010 Label : Brick Genre : Rap Old-school, Hip-Hop Note : 9/10 &nb ...
Sortie : mai 2010
Label : Brick
Genre : Rap Old-school, Hip-Hop
Note : 9/10
C'est de Hartford dans le Connecticut que déboule le méconnu Blacastan. Après avoir pondu un paquet de mixtapes sur des labels underground, son premier album est enfin sorti en mai dernier chez Brick.
Des magazines pointus et certains membres crédibles de la blogosphère s'étaient enflammés pour ce LP dès sa sortie en multipliant les éloges et les superlatifs. Il était donc plus que nécessaire que nous venions aussi y mettre notre truffe. Grand bien nous en a pris...
Nos lecteurs proches de la trentaine se souviennent probablement d'une époque où de jeunes MC qui n'avaient rien à perdre et tout à offrir avaient pris le micro comme un peuple spolié vient prendre les armes. Des privations subies depuis trop longtemps, une fine observation de leur environnement alliée à une spontanéité qui n'avait d'égale que leur immense et inaltérable foi en leur art avaient suffi. Je vous parle d'un temps où le hip-hop était encore un peu trempé dans la sueur, le sang et les larmes. Une époque où des mecs comme Nas, Pete Rock, le Wu-Tang, plus tard imités par Mos Def où Talib Kweli, déposèrent leurs couilles sur la table et changèrent à jamais la face du hip-hop.
Blac Sabbath est un de ces albums là. Un de ceux qu'on attendait plus en cette période où le fric et la hype (intimement liés) ont gangrené la scène hip-hop internationale jusqu'à la garde.
La production, majoritairement exécutée par Colombeyond n'a pourtant rien de révolutionnaire. Esoteric, Celph Titled, Mark Fury et Bad Newz sont crédités du côté des featurings. Le producteur Colombeyond vient même parfois arracher le mic pour poser sa voix. Le flow de Blacastan est quant à lui affûté, haché et rageur, pour mieux se montrer hardcore et conscient. Contrairement aux nababs du genre bien installés dans les charts et trop occupés à péter dans la soie, Blacastan est encore ancré dans un milieu social qui lui permet de s'élever en chroniqueur de la rue. On sent dans ses lyrics le temps passé à errer sur le bitume ou dans les barbershop, à écorcher ses poings dans une cellule trop petite et à pester contre les radios et l'industrie ne s'intéressant qu'aux délires East coast/West coast.
Certains diront que les forces de cet album reflètent mieux ses faiblesses, que la production de Colombeyond est trop linéaire... Blacastan s'éparpille effectivement lors de la première partie du disque d'où se dégagent les magistraux Blac Magic, 3010, le cuivré The Way It's Done et l'inattendu, étrange et bien trop court Returnin' To Nam. La deuxième partie ne souffre d'aucune faute et laisse le goût qu'un uppercut provoque au fond de la glotte. Une véritable déflagration. Tout d'abord avec l'effréné et fougueux Anything Less. Ensuite avec le terrible Crac House et ses scratchs endiablés, ses samples faisant figures d'hommages. On reconnaîtra plus particulièrement une courte saisie du Life Is A Bitch de Nas. Tout un symbole... Mais c'est Life Is A Tape qui donnera toute sa couleur et son ton à l'album, nous replongeant à une époque où les vulgaires K7 traînaient chez tous les crevards du quartier. C'est pas Biggie qui dira le contraire. Sur Life Is Not A Game, outro idéale, Colombeyond vient aider notre nouveau MC préféré à clore ce qui pourrait bien être le meilleur album de rap depuis dix ans et plus. Tout simplement.
A ceux qui se demandent si il y a une filiation avec le groupe légendaire de heavy Black Sabbath, la réponse est non mais la présence d'un riff reconnaissable devrait leur faire plaisir. A contre pied des sucreries molles de la bite qui pullulent actuellement, Blacastan éclabousse toute concurrence avec ce LP. En véritable hommage à toutes les petites frappes tombées au combat sur le champ de bataille et l'autel du hip-hop, c'est un peu l'anti Big Boi que nous vous présentons ici. Un prochain album avec des producteurs plus nombreux et différents pourraient bien lui apporter la clé du succès commercial. Mais est-ce vraiment souhaitable ? Le message est passé.
par Ed Loxapac