Mercredi 3 février 2010
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19:31
Sortie : janvier 2010
Label : Non Projects
Ne vous y méprenez pas. Ceci n'est pas l'annonce d'une nouvelle réalisation de Charles Farewell, dont l'excellent avatar homonyme est un habitué du label Ultimae.
Effectivement, le pseudonyme Asura est utilisé par de multiples artistes, tous dotés d'un potentiel relatif. Nul ne saurait dire qui est vraiment cet Asura là. On sait qu'il s'appelle Ryan York, qu'il vient de Los Angeles et... c'est tout.
L'Américain a chosi son pseudonyme en référence aux poésies du regretté Kenji Miyasawa, plus précisément son recueil An Asura In Spring. L'univers du poète est luxuriant et
chimérique, avec des orientations psychanalytiques traitant du conscient et de l'inconscient. Notons également que cet album est le premier disque sorti sur le label Non Projects.
Cet opus se doit d'être envisagé comme un véritable trompe l'oeil. Glissant en permanence de l'objectif au subjectif, du concret à l'abstrait. Comme dans un film de David Lynch, chaque objet
ou détail recèle d'infinies boites de Pandore. Rien n'est prévisible dans la musique d'Asura, qui ne semble connaître aucune inertie. L'évolution et la variation sont ici des
maîtres-mots.
L'influence du poète japonais n'est donc pas usurpée. Inétiquetable, ce son ainsi que l'émotion qu'il procure sont donc difficilement descriptibles. N'étant pas coutumier du name dropping et de
l'étalage des influences, j'espère que vous autres, honorables lecteurs, me pardonnerez l'humble incartade qui va suivre.
Autant inspiré par l'approche concrète et acousmatique des travaux de Pierre Henry ou de Pierre Schaeffer que par les premiers essais de Boards Of Canada, Ryan York navigue
dans des eaux troubles mais délicieuses où cohabitent field recordings, glitch et compositions électro-acoustiques.
Sur Asura II et son blast effervescent, on pense même aux compositions les plus expérimentales du duo synt/noise Fuck Buttons. Sur l'exceptionnel et onirique Manzanita, on
pourrait croire en la collaboration des violoncelles de Richard Skelton, en aval de choeurs champêtres et bienveillants.
Au début de Voxels, on a même droit a une introduction rythmique clairement jazz proche de la jam session. Ce traitement réapparaît de temps à autre, comme sur le très aquatique Her
Tearing. On se délectera également de la présence de cuivres bienvenus sur le bien trop court Asura III. On dénombre peu de parties vocales, à l'exception de certaines parties
samplées ou de l'éclairée intervention d'Ana Caravelle sur Timber.
Comme une déchirure et malgré la digne prétention au sublime, Feathers vient clore ce véritable voyage auditif et mental.
Ceux qui peuvent profiter d'un matériel ou d'un casque d'écoute dignes de ce nom pourront prétendre à une expérience hors du commun. Je me doute bien évidemment que nombreux seront ceux qui ne
partageront pas mon euphorie. Asura ne peut à mon sens, laisser quiconque indemne.

par Ed Loxapac