Partager l'article ! Arandel - In D: Sortie : 28 juin 2010 Label : Infiné Genre : Techno, electronica Note : 8,5/10 ...
Sortie : 28 juin 2010
Label : Infiné
Genre : Techno, electronica
Note : 8,5/10
En s’imposant comme contrainte l’absence de sampleur et de sons de synthèse, en ayant recours uniquement à de vrais instruments, l’énigmatique Arandel tient à proposer un objet sonore singulier naviguant entre techno et électronica. Retrouver ce In D sur Infiné, le label d’Agoria, n’est pas une surprise, le boss de l’écurie lyonnaise étant réputé pour son ouverture musicale. Le risque est énorme de se planter dans les grandes largeurs quand on nomme avec autant d’assurance un album In D, référence immédiatement perceptible au In C de l'inestimable Terry Riley. Pourtant, l’œuvre proposée par Arandel est en tout point magistrale et maîtrisée.
On aurait pu craindre un exercice vaniteux et pompeux et on se retrouve avec une partition mélancolique d’une profondeur insondable. C’est simple, In D est une perfection de bout en bout, un album rare comme il en sort malheureusement trop peu. Il y a du Etienne Jaumet chez Arandel, notamment dans cette volonté de proposer une vision humaine de la techno, une vision dominée par l’âme et non les machines. Ceux qui pensent encore que la techno est seulement affaire de formatage peuvent se ruer sur In D, ils vont prendre une leçon d’échantillonnage savant sachant télescoper élitisme, intelligibilité et accessibilité.
Ce n’était pourtant pas gagné car In D supprime l’idée même de mélodie. C’est avec ce souci de purification qu’Arandel peut à sa guise laisser ses morceaux vivre et évoluer librement pour aboutir à des pièces puisant leurs forces dans la vibration. Le mariage amère sur In D#10 d’un sitar et d’un piano dysharmonique sur fond d’expérimentations électroniques contemporaines est une cinglante réussite pendant que le métronome impose la cadence à une basse lourde lentement couverte par des sonorités d’insectes rampants sur la techno minimal d’In D#5. Arandel n’en oublie pas pour autant ses aînés. On retrouve ainsi l’approche répétitive d’un Steve Reich avec ce xylophone insidieux accompagnant la lente progression d’In D#8. Et si jamais vous avez peur de manquer d’oxygène dans cet univers deep, la techno d’In D#3 se fera distillatrice d’images cinématographiques avec ses cordes et son violoncelle vibrant.
Brillant dans ses moindres recoins, In D est un album précieux, se jouant des courants actuels tout en en prenant la mesure. Le voyage proposé est d’une rare homogénéité et semble pouvoir se répéter à l’infini pour le plaisir de nos oreilles. Arandel délivre avec maestria un des meilleurs albums électro-techno de 2010.
par B2B