Partager l'article ! Agoria - Impermanence: Sortie : 31 janvier 2011 Label : InFiné Genre : Techno Note : 6,5/10 ...
Sortie : 31 janvier 2011
Label : InFiné
Genre : Techno
Note : 6,5/10
Sébastien Devaud, aka Agoria, mène une carrière irréprochable depuis ses débuts. Totalement acquis à la cause de l’école Garnier, celle qui veut qu’un DJ set soit plus qu’une simple parenthèse en privilégiant l’immersion et l’émotion aux autoroutes techno, le lyonnais y a toujours excellé. Je garde en tête des mixs légendaires tel la "all night long" des Nuits Sonores 2008 au côté de Laurent Garnier justement (et pour ceux qui veulent saisir la science du mix d’Agoria, ils n’ont qu’à se pencher avec respect sur le sublime Cute & Cult de 2005).
Ce sont davantage les productions perso d’Agoria qui nous intéressent ici avec la sortie de son troisième album, Impermanence. Le boss d’InFiné, label hautement intègre et respecté, reste fidèle à son ouverture et livre un album autant influencé par la techno de Detroit, que par le jazz ou la soul. Le pari était risqué à l’époque de Blossom et The Green Armchair mais pourtant les essais avaient été concluants. En effet, le Français a toujours su alterner longues plages de techno puissantes et racées avec de fines digressions plus introspectives.
A force de courir le monde pour délivrer la bonne parole, il a appris à s’assagir. Ceux qui attendent un nouveau Code1026 ou une nouvelle 11ème Marche seront déçus. Agoria préfère miser désormais sur une techno plus deep, toujours aérienne mais évitant un décollage trop violent. Panta Rei et Little Shaman apparaissent néanmoins comme de puissants satellites, à la tension expiatoire, mais dont l’énergie primaire s’efface pour mieux s’insinuer avec perversion dans nos cerveaux. Agoria est malin, il maîtrise ses gammes et sait comment satisfaire un clubber récalcitrant. L’aspect robotique et lancinant de Speechless, porté par les susurrements érotiques de Carl Craig, est le bonbon idéal pour une déambulation urbaine nocturne. Les 9 minutes n’en finissent plus de vous coller aux tympans pour vous laisser hagard sur le bord de la route. Il n’en oublie pas pour autant son amour des atmosphères cinématographiques (ce n’est pas pour rien qu’il a signé la B.O. de Go Fast) pour un Gran Torino misant sur de vastes nappes atmosphériques.
Mais tout n’est pas parfait dans le monde d’Impermanence et quand Agoria flirte de trop près avec la soul, Kiss My Soul, on regrette autant de mièvrerie. Et pourquoi avoir resservi Libellules, déjà sorti en EP en 2009 ? On pardonnera tout de même ces incartades au Lyonnais, son album restant homogène d’un bout à l’autre.
Agoria n’invente rien, il se contente seulement, mais avec talent, de se renouveler, de se repositionner sur l’échiquier techno. Il démontre que l’on peut évoluer sans renier ses origines, que l’on peut transformer la puissance adolescente en introspection adulte sans pour autant tomber dans la neurasthénie et la facilité. Impermanence possède une troublante sincérité méritant plus qu’un fugace détour.
par B2B
P.S. : à noter qu'Agoria fera sa release party au Rex (Paris) le 5 février prochain pour une all-night long.