Vous avez aussi enregistré avec Mike Patton ?
Nous avons beaucoup de morceaux que nous gardons en stock. Trois ou quatre morceaux ont été enregistrés avec Mike Patton. Ils sont presque terminés mais, pour des raisons d'emploi du
temps, pas assez pour être publiés.
Pourquoi ces titres, ou Dobro et United Snakes joués en concert, ne figurent pas sur l'album ?
Le choix des titres est le nôtre, en fonction de notre jugement, mais c'est peut-être le mauvais. Un album est avant tout un album car nous le décidons. Mais à l'époque d'Internet et des
playlists, chacun peut faire son choix de titres. Un CD ne fait que 70 min, mais ce n'est que le début. Les artistes doivent donner plus, car les gens n'achètent plus de disques. Avant on allait
dans les magasins, on touchait les disques, on les sentait. Aujourd'hui, il faut travailler le packaging, l'artwork ou offrir des titres en téléchargement. Peut-être que certains de nos morceaux
seront disponibles sur Internet ou sur un prochain album.
Sur Live With Me avec Terry Callier, il y avait plus d'instruments et une plus forte présence de l'orchestration. L'utilisation d'instruments et une production moins chargée que sur
100th Window ont-elles guidé la création d'Heligoland ?
Nous avons cherché à faire quelque chose de plus immédiat, de plus simple que sur l'album précédent. 100th Window est très froid, reflet de la manière dont il été produit et
l'environnement qui n'était pas facile. Mushroom était déjà parti, je m'étais absenté. 3D était donc seul. L'atmosphère n'était pas très chaude autour de lui. Ce disque n'attirait pas
vraiment vers lui. Sur Heligoland, nous nous sommes retrouvés avec 3D et l'ambiance était plus conviviale. Tous les morceaux ont leur identité propre, il y a plus de chansons qui peuvent
facilement vous submerger. Nous voulions redonner de la chaleur avec la présence des orchestrations, mais pas sur tous les titres, certains restant assez sombres.
propos recueillis par Ed Loxapac et Tahiti Raph
Quand nous avons commencé à tourner, nous sommes devenus un groupe et notre vision a changé, notamment car nous pouvions voir la réaction du public par rapport à notre musique. Nous avons alors élaboré nos albums avec l'idée qu'ils soient joués en concert. Nous avons alors introduit plus d'instruments. A la platine et aux samples se sont ajoutées la basse, puis les percussions de Talvin Singh, la guitare, etc. apportant aussi une puissance sur scène. D'autres influences sont venues ensuite nourrir nos expérimentations.
Pour résumer, les deux premiers albums étaient influencés par la scène punk avec des incursions funky, reggae, etc. Mezzanine est plus new wave, 100th
Window... je ne sais pas ce que c'est !
Pouvez-vous nous expliquer le concept des messages qui passent sur des écrans durant vos concerts ?
Nous ne voulons pas mettre la politique dans la tête des gens, mais nous voulons qu'ils soient au courant, car il se passe beaucoup de choses dans le monde et ils ne peuvent pas tout remarquer.
Les hommes politiques nous la mettent parfois bien profond. Massive Attack est très impliqué politiquement, il y a différentes causes qui nous tiennent à cœur, notamment la Hoping Foundation (Association d'aide aux Palestiniens, NDLR). Pour ces raisons, dans toutes les villes où nous allons, nous
rencontrons des étudiants en journalisme et nous les interrogeons sur l'actualité. Nous passons ensuite ces informations sur les écrans pendant les concerts. Notre public est surpris par ces
messages dont il n'avait pas toujours connaissance.
Quelle image avez-vous de la France au niveau politique ?
J'ai entendu parler du débat sur l'identité nationale la dernière fois que nous sommes passés en France. C'est un débat très actuel sur qui est représenté par un drapeau. Est-ce que cela signifie
être français d'origine ? Etre arrivé en France dans les années 1950 ? Qui fait partie de ce drapeau ? Cela signifie quelque chose, notamment pour les pays colonisateurs pour qui il était normal
au siècle dernier d'aller en Afrique et aux Caraïbes et décider qu'ils étaient chez eux, tuant ensuite les indigènes. Mais ces colonies ne sont pas la France, c'est l'Afrique. Les Américains ont
aussi fait la même chose avec les Indiens à qui appartenait le pays à l'origine.
Ce n'est pas la même chose pour une personne qui vient dans notre pays et qui se bat pour survivre. Il vient en se foutant du drapeau. Pour un pays comme la France,
le fait de coloniser un pays revient à s'approprier les terres, mais aussi les habitants. Mais si vous ne les autorisez pas à venir dans votre pays pour partager vos richesses, vous ne devriez
pas exploiter ce pays.
N'est-ce pas pénible que les journalistes continuent de vous coller l'étiquette trip-hop, qui semble bien trop étriquée pour Massive Attack ?
Nous comprenons ce qu'est le trip-hop, qui à l'origine fut créée par James Lavelle. Cela permet aux gens de trouver les disques dans les magasins. Mais nous combattons le fait que cette
étiquette nous soit collée. Massive Attack est mis dans une boîte qui nous emprisonne. Nous faisons une musique plus large que le trip-hop, mais c'est un nom qui décrit bien ce que nous faisions
à l'origine : une musique à base de hip-hop mais qui va plus loin que cela.
(à suivre...)
propos recueillis par Ed Loxapac et Tahiti Raph
histoire", en y incluant des choses anciennes, ou bien "ré-écrire mon histoire" en me concentrant sur les morceaux récents. J'ai choisi la première
option, qui a aussi accouché du titre Red Black And Blue, comme trois périodes de ma vie de remixeur. Les titres anciens sont plus simples, plus dépouillés, plus rap aussi. C'est comme ça
que j'ai commencé, c'est comme un petit témoignage. Enfin, parmi ceux que je voulais vraiment inclure, il y a eu plusieurs déceptions liées aux maisons de disques impliquées. Certaines major,
Universal notamment, n'ont pas souhaité me laisser ré-utiliser des remixs que j'avais réalisé pour eux. Busta Rhymes par exemple, Ghostface Killa ou Akenaton. Pour ça, j'ai
fait un autre disque, gratuit celui-là, qui s'appelle Black Black And Black, et qui reprend tous les tracks interdits. Il est en téléchargement gratuit sur mon site.
Après l'avoir vu à La Maroquinerie et avant de l'apprécier à nouveau aux Eurockéennes, nous avons contacté Chapelier Fou pour en savoir plus sur son parcours, l'origine de cette douce musique qu'il produit et les secrets de son live. Le Metzin, qui tourne actuellement pour présenter son LP Darling, Darling, Darling... sorti chez Ici D'Ailleurs en mai, vous dit tout (ou presque) sur son futur album, suer au violon et son organisation en concert.
Peux-tu tout d'abord résumer ton parcours musical, comment tu t'es mis à la musique, quels artistes t'y ont poussé ?
J’ai eu au départ une formation classique, en commençant par le violon, au conservatoire de Metz, puis quelques années de clavecin, plus tard. J’ai arrêté vers 16 ans, mais j’y suis vite revenu pour terminer mes études en formation musicale, analyse, et je suis aussi passé par un peu d’écriture et de composition.
J’ai également fait quelques années de fac de musicologie, qui m’auront ouvert à d’autres musiques, contemporaine notamment, et qui m’ont laissé pas mal de temps à moi.
Enfin, j’ai passé mon diplôme d’état de prof de formation musicale.
Pour ce qui est de la musique électronique, j’y suis venu vers l’âge de 15 ans, par le sampling. Je décortiquai alors toute le discothèque de mon père (classique, jazz, musiques du monde, etc.) pour en extraire des tous petits bouts que j’organisais dans fruityloops, une sorte de sampler/boite a rythme logiciel. A l’époque, j’étais assez influencé par ce qui se faisait chez Ninja Tune - Amon Tobin, The Herbaliser, Bonobo, Kid Koala, etc. - et Warp - AFX, Plaid.
Tu viens de sortir un nouveau EP, quel est sa couleur, son esprit ?
Cet EP est en fait un fragment d’un album que j’ai réalisé il y a quelques temps et qui n’a jamais été commercialisé. A vrai dire, je l’ai vendu moi-même par correspondance grâce aux concerts et à internet. Mais c’est resté limité, peut-être 200 exemplaires ?
Les morceaux de cet EP sont très représentatifs de ma musique en général. Même sur six titres, ça part un peu dans toutes les directions. Il y a du violon, de la mandoline, des petits objets samplés et rejoués, des claviers, etc. Enfin bref, c’est le bordel et j’aime ça. J’aime bien concevoir un morceau comme une petite "étude" au sens musical du terme. Darling… explore l’utilisation du violon comme une espèce de machine à riffs, et travaille aussi sur la voix humaine, sa décontextualisation et son harmonisation. Trèfle est une étude sur les microboucles, car tous les accords du début sont réalisés à partir d’un sample d’un instrument à cordes africain dont l’attaque est mise en boucle. GmbH a été conçu avec un jouet musical à lamelles métalliques. Superstitions est une sorte de dance extraterrestre truffée de samples et de synthés et de sons de Nintendo, alors que je l’ai composé dans le Jura, en plein dans la montagne. Bizarre…
Comment as-tu travaillé sur ce disque ?
Tout est fait dans ma chambre, de l’enregistrement au mastering. Tout sauf la pochette, qui vient de mon colloc’, la chambre d’en face.
J’ai enregistré pas mal de trucs quand il faisait super chaud. J’aime me foutre en caleçon quand il fait 40°, et suer sur ma 20e prise de violon.
A la Maroquinerie, tu dégageais une grande maîtrise de tes instruments et de tes machines, comment abordes-tu le live ?
La problématique du live est essentielle pour moi. J’essaye de créer une manière de fonctionner qui me soit propre et qui soit évidente, affichée, mise à nue, avec pour ligne de conduite la volonté d’en faire le maximum, de prendre des risques, de laisser une part à l’imprévu.
Ceci a débouché sur plusieurs principes, voire dogmes : jouer un maximum d’instruments live : claviers, violon, guitares, mandolines ; boucler live tous ces instruments pour construire des orchestrations plus ou moins fournies ; pour les parties programmées, tout déclencher à la main. Je me refuse à utiliser une structure préprogrammée, une timeline définie, qui enferme le morceau dans un carcan rigide. A cet effet, j’utilise un monome qui me sert à déclencher et stopper des séquences et boucles, et qui me donne aussi des infos sur ce qui se passe ; Utiliser l’aléatoire pour créer des variations autonomes.
Sinon, je ne dirais pas que j’ai une grande maîtrise de mes instruments. Je suis même assez médiocre dans tout ce que je joue. La performance réside surtout dans le fait de tout faire en même temps, ce qui nécessite un travail monstre de répétitions ainsi qu’une concentration extrême sur scène. Je suis constamment en train de penser à ce que je vais faire dans les secondes qui suivent.
Comment se sont passés les dernières dates et à quoi t'attends-tu pour les quelques festivals à ton programme ?
Bien. Mais je ne suis pas fan des festivals et des gros machins. Pour moi c’est un peu la foire à la musique, c’est super fatigant. Je ne comprends pas vraiment pourquoi le public aime ça.
Quels sont tes projets acuels ?
Actuellement, et comme toujours, j’ai plein de trucs sur le feu. Le gros morceau, c’est mon album, qui est à peu près terminé. En ce moment, je mixe, j’agence, et j’enregistre encore quelques trucs.
Sinon, je bosse sur des remixs du prochain album de Tiersen, et je viens de finir un titre pour le disque This Immortal Coil qui sort en octobre.
Il est aussi question que je bosse avec Matt Elliott pour les lives de Third Eye Foundation, j’espère que ça se fera, car Matt a une idée du live qui me branche bien.
On vient aussi de me proposer de faire la BO d’un premier film.
Enfin, j’ai pas mal de concerts de prévus pour la rentrée, donc ça représente beaucoup de boulot et d’organisation.
par Tahiti Raph
Du 8 au 11 août 2009, la terrasse du Palais des festivals de Cannes accueillera le charmant festival Pantiero qui propose depuis quelques années une programmation de qualité entre rock, rap et électro. Nous avons profité des Nuits sonores pour échanger sur la prochaine édition avec son programmateur, Jean-Marie Sevain.
A quel point en est la programmation et quel visage aura-t-elle cette année ?
Les artistes de la terrasse sont tous bouclés, mais nous avons quelques difficultés pour les after. Cette année, mon postulat de départ a été d'avoir plus de rock, au sens large, que d'habitude. Chaque année, j'essaie sans succès de faire une grosse soirée rock. Lors de la prochaine édition, il y en aura donc deux. Je suis notamment très heureux d'accueillir The Chap, Fujiya & Miyagi ou Ebony Bones. Depuis quelques années je voudrais avoir Phoenix, mais ils seront au Japon au moment de Pantiero...
Il y aura donc moins d'électro cette année ?
Il y a moins de groupes qui me bottaient cette année. Je suis toutefois content de programmer Mr Oizo car il suscite une grosse attente et se sera sa seule date en France cet été. Je suis aussi très satisfait qu'Arnaud Rebotini vienne. La dernière soirée sera plus rap.
Comment prépares-tu ta programmation ?
J'écoute beaucoup de son, notamment sur Internet. Quand j'aime, je commande. Je me déplace aussi pas mal en concert pour voir les groupes repérés. Mais il m'est
arrivé de booker des groupes que je n'avais pas vu sur scène... après tout de même m'être rencardé !
Je raisonne beaucoup en terme de plateau pour choisir les artistes, avec un côté thématique. Il y a vraiment un style Pantiero, que je souhaiterais d'ailleurs faire évoluer. J'ai d'autres envies
qui ne seront pas toujours faciles à mettre en œuvre. J'aimerais par exemple faire venir Omar Souleyman, un chanteur Syrien génial qui fait une pop complètement psychéé.
Propos recueillis par Tahiti Raph et B2B